PROSTITUTION AU SÉNÉGAL

Prostitution au Sénégal: quand la loi transgresse et entrave la situation

Le VIH/Sida faisant son apparition au début des années quatre-vingt , n’épargne aujourd’hui, aucune personne. Nous sommes toutes et tous touchés par cette pandémie dans le sens que si nous ne sommes pas infectés, nous en sommes affectés.
Au Sénégal, nous connaissons une épidémie du VIH/Sida dite concentrée malgré les résultats de notoriété obtenus dans le domaine. La Prévalence est faible au niveau de la population générale avec moins de 1% mais elle reste élevée dans certains corps group à l’instar des professionnelles du sexe avec une moyenne d’infection nationale de plus ou moins 20% (19,8%). Cette prévalence varie selon les localités au Sénégal, les touchées restent Ziguinchor (48%), Dakar (16,4%), Kaolack (37%), Thiès (17%) et Mbour (28%). Des ratios forts inquiétants.
Cependant très peu de personnes se posent la question de savoir si les politiques actuelles, ainsi que les textes couramment interprétés et appliqués ne les éloignent pas davantage des initiatives de santé publique, et par conséquent, n’augmentent pas les risques liés au VIH pour les communautés. Si la face visible de la prostitution est le commerce sexuel, il y a dans le ce milieu de nombreuses femmes qui vivent dans la souffrance.
Peut-on continuer à rester insensible à leur situation ?
Certains se demandent si le plus vieux métier du monde bénéficie d’un silence complice ou d’un déficit de communication. En tout cas aucune famille au Sénégal, ne peut se prévaloir de ne connaître quelqu’un qui lui est plus ou moins proche et qui s’adonne au travail du sexe pour ne pas dire à la prostitution.
Pour rappel les politiques et textes qui régissent la prostitution au Sénégal datent de… 1969 et se définissent comment suit :
Toute personne qui désire se livrer à la prostitution doit se présenter ou être présente pour être inscrite au fichier sanitaire et social. Parmi les conditions exigées par la loi, il faut :
*Être âgé de 21 ans
*Présenter une carte d’identité pour les Sénégalaises, la même pièce ou un passeport pour les étrangères
* L’inscription est volontaire
*Se munir de 4 photos nécessaires au dossier social du fichier.
Une fois inscrite, un carnet sanitaire est délivré à la travailleuse du sexe. Elle est soumise à d’autres obligations telles que :
1.Des visites médicales de contrôle gynécologique tous les quinze jours
2. Présentation du carnet sanitaire lors des interpellations de police ou de gendarmerie.
3.La prostituée inscrite peut être poursuivie pour :
Racolage
4. Non-présentation du carnet sanitaire lors de l’interpellation par la police ou la gendarmerie
5. Non-respect de la date de visite médicale.
Par contre, lorsqu’elle n’est pas inscrite, il y a délit pour non-inscription au fichier sanitaire.
Cette présentation nous amène à distinguer une prostitution dite “officielle” qui désigne les prostituées qui se conforment à la réglementation d’une prostitution “clandestine” qui désigne les travailleuses du sexe qui officient en contre-courant. ».
On estimait les professionnelles du sexe fichées au Sénégal à 30 000 au début des années 2000. Cette activité est celle « maîtrisée » par les autorités. Il semble que la population qui échappe au contrôle des autorités représente 70 % et soit donc plus nombreuse.
Face à ces chiffres ahurissant, le premier probleme que pose la loi est son coté antique, obselete et non acquis à la cause de la santé publique. Si dans son sens premier, la majorité requis pour s’adonner à une telle activité est de 21 ans, il n’en demeure pas moins que les autorités en se focalisant toujours sur cet age (ancien) de la majorité civile au Sénégal n’est plus d’actualités.
Depuis plus d’une vingtaine d’années l’age legal du vote, de la maturité, de choix legal de l’indvidu est revenu à..18 ans et il est incomprehensible que ce texte ne soit pas mis à jour pour permettre à toute personne de jouir de ses droits et prérogatives.
Le Sénégal en restant muet sur cette disposition viole la charte des Nations Unis en ce qui est la Déclaration Universelle des Droit de l’homme qu’il a ratifié par ailleurs.
Oui une Prise en charge « Responsable » voudrait qu’on soit en phase dans un premier temps avec nos engagements. Pour rappel la DUDH en son article 3 stipule queTout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne.
Répondre aux attentes de cette disposition de la DUDH voudrait que les travailleuses du sexe soient mises dans de telles conditions, du respect de leur droit à la vie, à une santé saine, au libre choix de leur activité tout en les mettant dans des conditions de sécurité qui garantissent leur épanouissement dans leur domaine. Répondre à cette disposition est déjà un premier pas vers l’encouragement des efforts préventifs au pays, domaine dans lequel, notre Etat excelle et dépense une bonne partie de son budget en promotion de a santé, IEC et activités grand Public.
Au Sénégal, la contrainte de cette loi, inscrit de facto toute personne de moins de 21 ans et qui veut faire du travail de sexe son activité, dans la.. Clandestinité. Le paradoxe de l’âge légal du vote à 18 ans et de l’âge légal pour le travail du sexe à 21 ans révolu est frappant si l’on sait que le premier rapport sexuel se situe dans la tranche d’âge de 14-15 ans.
Le travail du sexe est un vécu au quotidien au Sénégal, de la mariée, à la divorcée, de la fille mère à la célibataire, de la majeure à la mineure, de la professionnelle à la clandestine. La nier est un crime et essayer de la supprimer est mission impossible. Cela nous amène d’ailleurs aussi à se demander dans quelle mesure la disparition de la prostitution de l’espace public constitue un progrès.
Peut être certes un progrès pour ceux qui veulent pacifier les rues ou moraliser les mœurs soutenait Jérôme Bougazelli, (L’ambiguïté des textes sur la prostitution au Sénégal), mais ce type de procéder ne fait que déplacer le problème vers la clandestinité.
Cette clandestinité éloigne les prostituées des dispositifs sanitaires et augmente le risque de violence, d’insécurité et de transmission des IST et du sida. Or parmi les objectifs de santé publique, la lutte contre les maladies vénériennes occupe une place importante.
A kaolack, les travailleuses du sexe qui viennent s’inscrire au Fichier sanitaire à 21 ans se trouvent à plus de 80% déjà infectées au VIH/Sida du fait d’une activité non protégée, non suivi depuis leur.18 ans, l’analphabétisme n’aidant pas aussi. Il en est ainsi de Dakar, Mbour Ziguinchor entre autres.
Mieux vaut prévenir que Guérir avait on l’habitude de nous dire dans les messages de prévention, ici la politique de l’Etat est attentiste et limite complice de la propagation du VIH dans ce milieu.
Oui Monsieur le législateur, vous participez à l’évolution de l’infection à VIH dans ce corp group que fréquente une population dite passerelle.
Oui Monsieur le Législateur, le Sénégal n’est pas un pays islamique mais bien une république et cette activité de travail de sexe touche toutes les couches de la population, tous les secteurs, toutes les familles et la crise n’aidant point.
Oui Monsieur le législateur, votre texte est obsolète et transgresse les droits humains.
Oui Monsieur le Législateur, vous ne participez pas à l’effort de prévention en maintenant cette disposition intacte depuis…44 ans.
Monsieur le législateur,
il vous revient dans une prise en charge responsable de mettre à jour cette loi qui organise le travail du sexe, disons qui Tolère cette activité.. Tolérance, le mot est lâché, oui nous savons que la tolérance est l’acceptation d’une situation malgré soi. Dans ce cas d’espèce on doit parler de droit de la personne non de tolérance.
Faudrait –il vous rappeler Monsieur le législateur l’adhésion du Sénégal à la convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui, approuvée par l’Assemblée générale des Nations Unies (loi n° 79-48 du 11 avril 1979).
Des pays comme la France, depuis la ratification de cette convention de l’ONU du 2 décembre 1949, répriment le proxénétisme en tenant compte de ses diverses évolutions, mais n’interdisent pas la prostitution qui est une activité libre à condition seulement qu’elle ne trouble pas l’ordre public.
N’ayons pas peur du sujet et encore moins du débat, la santé publique en vaut la peine, Nos enfants, freres et sœurs, vous et moi ne sommes pas à l’abri de l’infection à VIH/Sida si tant est-il que nous prospérons dans le déni.
Au Sénégal notre silence est coupable et invite à ne pas déranger le silence assourdissant des autorités sur ce problème et de les laisser librement transgresser et entraver…
Non il n’en sera rien.
Cheikh Doudou MBAYE – Master en Santé Publique – SeneNews

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