CONFINEMENT NON CONSEILLÉ

Des experts écartent le confinement total

Le Groupe de recherche interdisciplinaire Gri-Covid19 qui regroupe des universitaires et des chercheurs, n’est pas pour un confinement total de la population. Dans un rapport publié le 27 avril dernier, il met en garde contre une probable dégradation de l’économie déjà impactée par la crise sanitaire, en cas d’application de cette mesure.
Le Sénégal a franchi la barre des 1000 cas positifs au Covid-19. Malgré cette hausse assez considérable en deux mois et un bilan quotidien qui avoisine maintenant la centaine, des experts écartent toute hypothèse d’un confinement total de la population. Dans un rapport rendu public le 27 avril dernier, le Groupe de recherche interdisciplinaire Gri-Covid19, composé d’universitaires et d’analystes, n’envisage que de conséquences négatives en cas de confinement total. Dans le document qui nous est parvenu, ces experts soutiennent qu’outre « les craintes inhérentes à l’effondrement de l’économie nationale, le sort des couches sociales vulnérables suscite des inquiétudes majeures, à l’idée d’un confinement total du pays ». En effet, ajoutent-ils, « c’est la menace d’un abîme généralisé qui s’opère avec la perspective du confinement avec une chute de l’activité productive, un secteur informel à genoux, une aggravation de la baisse du chiffre d’affaires des entreprises en proie déjà au marasme ambiant, des pertes colossales de recettes pour l’Etat et le chômage massif…..».
D’un autre côté, au titre des dommages sociaux, la famine pourrait s’installer dans le pays. « Les Sénégalais sont, pour une large part, aux prises avec la pauvreté, obligés de pourvoir chaque jour aux besoins vitaux les plus élémentaires au bénéfice de leurs familles souvent nombreuses. Aussi, il y a le secteur informel qui serait entièrement affecté alors qu’il génère plus de 95% des emplois dans le pays ». Par ailleurs, ajoute le groupe d’experts, « Il y a, en effet, un important risque de perturbation, voire de rupture des chaines de production et de distribution des produits de consommation de masse. Ce qui en augmenterait les prix et favoriserait par là-même l’instabilité sociale, en particulier dans les zones urbaines, du fait de la nature sensible des produits concernés ». De plus, « les moyens de subsistance de l’écrasante majorité des Sénégalais deviennent menacés ».
Par ailleurs, les effets collatéraux néfastes sur le système hospitalier pourraient à terme entrainer une mortalité hors Covid-19 plus importante que celle liée au Coronavirus. Enfin, le confinement total pourrait ralentir, selon Gri-Covid19, l’installation de l’immunisation collective de la population qui est absolument nécessaire en l’absence d’un traitement clairement identifié pour l’instant.
1485 MILLIARDS DE BAISSE DU PIB, EN CAS DE CONFINEMENT TOTAL
D’après les estimations du groupe d’experts, en cas de confinement total au Sénégal, « l’année 2020 connaitrait une récession économique de -9,9% par rapport au PIB de 2019, c’est-à-dire 1485 milliards de baisse du produit intérieur brut ». Pis, avancent-ils, « le Sénégal, dans un scénario de confinement total d’un mois, se retrouverait à -9,9% de récession avec un taux d’activité de 33,64%. La perte fiscale serait de 297 milliards ou 7,4% du budget 2020. Le secteur informel subirait une perte de revenus de 594 milliards. Le coût économique total d’un mois de confinement total pour le Sénégal serait supérieur à 2485 milliards CFA (16,56% du PIB) et aurait son corollaire en termes de chômeurs, d’augmentation de la pauvreté et d’instabilité sociale et politique ».En somme, « l’économie sénégalaise, qui espérait réaliser un taux de croissance de 6,8% à la fin de cette année, pourrait en faire seulement 3%», conclut-il.
PROMOUVOIR LE DEPISTAGE MASSIF
Il convient, selon les experts, de « mieux protéger les groupes à risque, notamment les personnes âgées et porteuses de comorbidités avec un système de confinement adapté à leur situation, le pic épidémique étant prévu entre mi-mai et début juin 2020 après modélisation. Par ailleurs, la stratégie du dépistage massif accompagné de la généralisation du port du masque semble plus efficace ». En revanche, arguent-ils, « une stratégie alternative de dépistage serait plus efficiente. En effet, le coût de dépistage s’élève à un peu plus de de 310 milliards de francs CFA, soit presque 5 fois inférieur au coût fiscal d’un mois de confinement. Mais cela représente un coût 8 fois inférieur au coût économique total d’un mois de confinement ». Le port de masque et le dépistage massif sont beaucoup moins coûteux que le confinement total, analysent-ils. « Si le dépistage massif est accompagné de la généralisation du port du masque, nous obtenons un coût économique plus faible. En effet, si les masques sont produits localement et destinés à la population de plus de 5 ans, la valeur de la production sera de 34 milliards 560 millions de CFA. Si l’on déduit ce montant du coût du dépistage, nous aurons un coût économique final de 275 milliards 460 millions de CFA pour l’économie ; ce qui représente un coût 9 fois inférieur au coût économique total d’un mois de confinement ».
PRETER PLUS D’ATTENTION AU SECTEUR INFORMEL
« Les mesures de résilience économique et sociale arrêtées par le gouvernement pour un budget de 1000 milliards CFA dans l’ensemble vont dans le bon sens mais il convient de dire que le secteur informel et le secteur agro-sylvo-pastoral doivent mériter une attention particulière. D’une part, parce qu’ils contribuent pour près de 50% au PIB et d’autre part, parce qu’ils regroupent 95% des emplois», préconisent les experts. Ils soutiennent en outre que « cette crise appelle un changement de paradigme de la politique économique. L’urgence, c’est la transformation sur place des produits de base. Elle est la voie salutaire pour enclencher un développement endogène et durable qui réduirait notre vulnérabilité aux chocs externes ». Les mesures restrictives doivent aussi être amoindries. « Nous préconisons d’alléger certaines mesures de restriction collectives et de promouvoir rigoureusement les mesures barrières individuelles qui peuvent être efficaces et suffisantes si elles sont bien suivies. En particulier, il nous semble sage de généraliser le port de masques barrières de qualité avec une bonne communication ciblée sur leur fonction et leur bon usage, et aussi d’évaluer de façon dynamique leur impact ainsi que celui des autres mesures de lutte entreprises ».
Fatou NDIAYE.sudonline.sn

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