CAMPAGNE ÉLECTORALE EN MUSIQUE

Une campagne présidentielle en musique!

Au Sénégal, l’élection présidentielle a lieu ce dimanche 24 février. Jusqu’au bout, les candidats battent campagne. Ousmane Sonko, Issa Sall, le président sortant Macky Sall, Madické Niang et Idrissa Seck continuent leur campagne jusqu’à ce vendredi 22 février. Une campagne qui se joue sur le terrain mais aussi en musique, moyen de communication privilégié pour exister face à ses adversaires.
Stationné sur le bas-côté, un car rapide a été investi par des militantes de Macky Sall. Vêtues de tissus aux couleurs de leur candidat, ces femmes viennent de quitter un meeting dans le centre de Dakar. Comme pour encourager leur chauffeur, elles chantent à la gloire du président. La mélodie, traditionnelle, n’a rien d’une improvisation mais provient d’un titre de Youssou N’dour, composé spécialement pour la campagne.
Ce titre dévoilé le 1er décembre lors de l’investiture du candidat par sa coalition, est joué à quelques jours du scrutin un peu partout dans les rues de Dakar, par les caravanes de la mouvance présidentielle. L’hymne de campagne est construit autour du Mbalax, rythme de percussions proprement sénégalaises. « Je veux voler, je veux vivre » : les paroles ont été écrites pour Macky Sall, sur la base d’un ancien tube de Youssou N’dour.
L’imaginaire populaire pour inspiration
« Cette chanson évoque à l’origine un combat de lutte sénégalaise, explique Massamba Gueye, chercheur spécialiste de l’oralité dans la capitale. La rythmique n’a pas changé, seul le texte a bougé à des fins politiques. Le tout demande au président de gagner rapidement. On part de l’imaginaire populaire pour y implanter un texte politique. »
Dans l’opposition, tous les candidats ont fait commande d’une chanson aux artistes du moment. Mais la sortie de Saï saï au coeur de Keurgui a rebattu les cartes. Le 31 décembre 2018, jour des vœux à la nation de Macky Sall, le duo poste un titre au vitriol. Le bilan du président est violemment critiqué par les rappeurs Thiat et Kilifeu, par ailleurs engagés dans la société civile. La chanson fait polémique.
Dans le refrain, le mot « Saï saï » est prononcé plusieurs fois. Un mot en wolof qui a plusieurs sens, dont un qui ne plaît pas au camp présidentiel. « Saï saï » peut sonner comme une injure envers le président, décrit comme un « voyou » ou un « tordu » par les deux rappeurs. Acide, l’hymne est largement partagé sur les réseaux sociaux. Il devient viral et s’invite dans les meetings.
« Macky ! Saï saï ! »
Dans leurs meetings, pour chauffer les militants, Saï saï est passé en boucle par les équipes des candidats de l’opposition. C’est devenu le cri de ralliement des opposants pour Massamba Gueye. « Les deux rappeurs permettent de dire ce que les candidats ne peuvent pas dire : une attaque injurieuse et violente du septennat. » Lors du retour d’Abdoulaye Wade, lorsque l’ancien chef de l’Etat a attaqué son successeur, les jeunes dans la foule ont parfois scandé « Macky ! Saï saï ! »
Une longue tradition
Les titres produits sur mesure permettent également de façonner l’image politique du candidat auprès de l’opinion. Issa Sall, candidat du Parti unité et rassemblement, souvent décrit comme « rigide » par ses détracteurs, mais aussi par ses propres militants, a fait appel à une mélodie commerciale et entraînante. Objectif, montrer sa proximité avec un électorat jeune, dynamique, et faire oublier son appartenance à la branche religieuse rigoriste des moustarchidines.
La musique est de toutes les campagnes et les rendez-vous politiques. Sa place prépondérante provient des griots, chanteurs traditionnels sénégalais. « Etre chanté est encore aujourd’hui très important pour les hautes personnalités au Sénégal. Cela montre qu’on est entouré, puissant. L’hymne de campagne, facilement diffusable, n’est qu’un héritage des griots », décrit Massamba Gaye.
Dans un pays où le wolof est compris par la majorité des Sénégalais, les hymnes sont une arme de communication politique qui vise souvent juste. « Un candidat sans chanson, c’est impossible au Sénégal. Cela fait partie de la culture politique depuis de nombreuses années », souligne Massamba Gueye. Quitte à prendre le pas sur les discours et le fond des programmes. « Une grande partie de la politique repose sur l’affect, ce que vient flatter la musique de campagne ». Les mélodies font partie du charisme, une des composantes essentielles du pouvoir. Reste à savoir si une chanson réussie fera la différence dans les urnes ce dimanche 24 février.
William de Lesseux/RFI

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