LE LIVRE FRANCOPHONE AU SENEGAL

Le livre francophone, un bon tremplin pour les industries culturelles

Grâce à des institutions dédiées, des manifestations et des réseaux porteurs, le potentiel de marché attendu en 2030 est de 50 millions d’euros.

L’édition du livre francophone au Sénégal est fortement tirée par le secteur scolaire où les structures locales bénéficient du concours d’institutions dédiées comme la Direction du livre et la lecture au ministère de la Culture.

Lorsqu’on pense à la littérature sénégalaise francophone, un nom vient naturellement à l’esprit : Léopold Sédar Senghor. Parmi les plus grands écrivains et poètes de la littérature francophone, le premier président de la République du Sénégal a impulsé l’essor du marché du livre sénégalais avec la création des Nouvelles éditions africaines (NEA) du Sénégal en 1972. Des textes législatifs pour le livre avaient déjà été introduits dès 1972 et une politique d’ampleur a réellement été mise en place en 2001, matérialisée notamment par la création d’une Direction du livre et de la lecture au sein du ministère sénégalais de la Culture. Ce développement progressif est marqué par l’engagement des pouvoirs publics et constitue une caractéristique de la filière du livre sénégalaise qui bénéficie par exemple d’un Fonds d’aide à l’édition doté de 225 millions de francs CFA. En 2019, cela a représenté 1 % du budget global du ministère de la Culture.

Le français, principale langue d’édition

Dans un pays où l’on dénombre 30 langues nationales, la langue française semble être la principale langue d’édition, même s’il n’existe pas de statistiques officielles qui permettent d’évaluer le marché. Si le français est généralement la langue des usages officiels, de la vie économique et de l’enseignement, le wolof est la langue principale du quotidien et il gagne peu à peu le monde du livre avec l’essor d’éditions en wolof par des éditeurs spécialisés ou pour des éditions scolaires et jeunesse.

Des programmes de bailleurs du développement comme l’Américain USAID soutiennent ces initiatives, avec des appels d’offres de plusieurs dizaines de millions de dollars dédiés aux éditions scolaires ou jeunesse en langues nationales (wolof principalement, mais aussi en peul ou en sérère).
Un marché scolaire porteur pour les éditeurs locaux

Le marché scolaire est d’ailleurs le principal segment du marché du livre sénégalais, renforcé récemment par une clause de préférence nationale introduite dans les procédures d’attribution des marchés publics de manuels scolaires : les éditeurs sénégalais peuvent ainsi proposer des offres à des prix 15 % supérieurs aux normes du marché sans impact sur la notation de leur dossier. Soutenue notamment par des partenaires publics canadiens, actifs au Sénégal, cette mesure a permis aux éditeurs sénégalais de remporter la plupart des marchés publics de manuels scolaires du Sénégal entre 2014 et 2017 selon l’ancien ministre de l’Éducation nationale, Serigne Mbaye Thiam. En prenant des hypothèses sur ce marché scolaire et sur les autres segments éditoriaux, les ventes de livres en langue française édités au Sénégal étaient estimées à 24 millions d’euros en 2019 pour 5 millions d’exemplaires vendus, la plupart étant des éditions scolaires. Le livre sénégalais peut s’appuyer sur des éditeurs et des libraires historiques, mais il fait face aux difficultés à développer des modèles économiques rentables, souvent compensés par les aides publiques.

Le prix moyen des livres édités localement, situé entre 10 euros et 20 euros, est particulièrement élevé par rapport à des marchés voisins comparables, ce qui ne facilite pas cet équilibre. Le piratage est aussi un fléau pour l’économie du livre sénégalaise, comme dans toute la sous-région.
Un fort bénéfice tiré des foires et des réseaux de lecture

Ces difficultés sont néanmoins atténuées par une filière dynamique, qui se réunit chaque année lors de la Foire internationale du livre et du matériel didactique de Dakar (FILDAK) financée par la Direction du livre et de la lecture et des partenaires internationaux, comme l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Ce rendez-vous est un coup de projecteur important pour le livre sénégalais. D’autres initiatives de promotion du livre existent dans le pays, prenant le relais d’un réseau de lecture publique particulièrement bien fourni. Ce réseau relativement riche est permis par des collaborations entre les municipalités, les écoles et les acteurs associatifs présents sur le terrain, dont notamment l’association Lire en Afrique ou les Centres de lecture et d’animation culturelle (CLAC) gérés par l’OIF. Ces bibliothèques sont des atouts majeurs pour diffuser le livre en langue française auprès de la jeunesse d’un pays où 43 % de la population avait moins de 14 ans en 2019.

Un potentiel de marché de 50 millions en 2030

C’est sur ce socle porteur que peut se fonder une vision optimiste du marché du livre en langue française au Sénégal. L’étude « Le livre en langue française en 2030 et 2050 », réalisée dans le cadre des États généraux du livre en langue française dans le monde, propose différentes trajectoires des marchés francophones du livre. Le scénario dynamique pour le Sénégal permet d’envisager un marché à plus de 50 millions d’euros en 2030, soit un doublement en une décennie permis par des politiques favorables à la langue française, des facteurs porteurs en matière de démographie, d’éducation, de pouvoir d’achat ou encore d’encadrement du marché livre. En 2050, le scénario du rayonnement proposé par l’étude permet de projeter un marché du livre francophone en Afrique de l’Ouest de 120 millions d’euros en 2019 à plus de 500 millions d’euros en 2050, dont le Sénégal serait l’un des moteurs majeurs aux côtés de la Côte d’Ivoire ou de la Guinée par exemple.

Au bout, des industries culturelles encouragées par le brassage de plusieurs écosystèmes

Le cadre institutionnel du livre déjà structuré du Sénégal, son développement économique porteur favorisé par le Plan Sénégal Emergent notamment, ainsi que sa richesse culturelle unique sont des atouts majeurs pour le rayonnement du marché du livre sénégalais. Dans un contexte où l’État encourage fortement l’essor des industries culturelles et créatives, des initiatives globales pour favoriser les synergies pourraient même permettre d’aller encore plus loin. Ainsi, des rencontres interprofessionnelles dans la culture pourraient être généralisées, avec par exemple des ponts à créer entre les écosystèmes littéraires et cinématographiques à l’instar de l’initiative de l’Institut français « Shoot the book ! » : elle permet des rencontres entre des producteurs de cinéma du monde entier et des éditeurs français pour aborder des projets d’adaptation cinématographique. Le projet de Cité sénégalaise du cinéma et de l’audiovisuel, sur lequel travaillent actuellement le Ministère de la Culture sénégalais et l’Agence française de développement (AFD), pourrait favoriser de telles synergies et mettre en avant des auteurs ou éditeurs sénégalais. Un contexte porteur et une cohésion essentiels pour permettre le rayonnement de la filière sénégalaise du livre en langue française.

lepoint.fr

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3 réponses

  1. Le chaman dit :

    Pas sûr qu’en 2030 le Français soit encore à l’ordre du jour au Sénégal.. Encore des têtes chercheuses qui ponde des études sans jamais sortir de leurs bureaux.

  2. stephane dit :

    Le Français ouvre des portes ,celle de la CAF est particulièrement ouverte par nos amis Africains

  3. issa gibb dit :

    Cet article laisse un goût amer et un sacré doute pour la pratique du Français au Sénégal d’ici 2030, même si il reste la langue oficielle dans la Constitution du Sénégal, la langue pour faire des études à l’Université, la langue pour passer des examens, la langue dans les Administrations et sur les brochures administratives, etc … => Mais, dans le cas contraire : Quand on sait que les anti-Français et les Islamistes qui ont envahi l’Education Nationale comme toutes les autres strates du pays, en particulier la Protection de l’Enfance au Sénégal, qui s’évertuent à faire disparaitre l’enseignement du français à l’école, auprès des enfants Sénégalais… => Quand on sait qu’il n’y a plus que 34 % de la population sénégalaise qui possède et pratique le Français dans le pays…
    Pour preuves : Quand j’appelle mes anciens élèves au téléphone, ils sont 9 sur 10 à être incapables de me tirer 2 phrases en Français de suite, ils ne comprennent même pas mes questions simples et quand ils lisent un document, on assiste à des ânonnements dignes des élèves de maternelle à qui on apprend à lire et pourtant ceux ne sont plus des enfants, mais des ados de 14-18 ans pour la plus part d’entre eux, encore scolarisés… Chercher l’erreur ???
    => Comme quoi la mafia islamo-antifrançaise à détruire le Français au Sénégal est entrain de réussir son coup et Léopold Sedar Senghor peut se retourner dans sa tombe et pleurer… In chà Allah !

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