SURCHARGE ET MALTRAITANCE DES HIPPOMOBILES

Le Sénégal comble le vide juridique

L’Etat du Sénégal, en partenariat avec l’ONG Brooke, cherche des solutions durables à la maltraitance et à la surexploitation des équidés de trait. Pour ce faire, un arrêté interministériel portant réglementation du transport par des véhicules à traction animale est en cours de vulgarisation.
L’on ne compte plus le nombre de scènes d’animaux à bout de force, du fait de la surcharge des marchandises qu’ils transportent. A cela s’ajoutent les coups de cravache. Pour y remédier, l’organisation internationale Brooke a initié une campagne de formation et de sensibilisation des utilisateurs d’équidés de trait (le cheval, l’âne, le mulet).
Hier, s’est tenu un atelier de vulgarisation de l’arrêté interministériel portant réglementation du transport par des véhicules à traction animale. Selon le directeur régional de l’ONG, ‘’la première évidence immédiate est que les chevaux et les ânes sont des moteurs économiques et sociaux pour le développement de nos pays. Point besoin d’études scientifiques pour le démontrer ; il faut juste emprunter les sentiers ruraux ou les voies de la capitale pour en faire le constat. Ils sont impliqués dans les travaux agricoles, le transport de personnes, de marchandises, le transport de l’eau. A Dakar, ils assurent le transport de matériau de construction (ciment, fer, béton) le transport des ordures ménagères, des produits alimentaires…’’.
La version réactualisée du document a été signée en décembre 2016 par les ministères de l’Elevage, de l’Intérieur et des Transports terrestres. Il introduit la notion d’assurance, en cas d’accident entre un véhicule automobile et hippomobile (tiré par des chevaux, des ânes ou des mulets). ‘’Chaque jour, nous sommes témoins, dans la circulation, de scènes de surcharge ahurissantes et émouvantes. Ces pauvres animaux, non seulement peinent à tirer leur charge, mais reçoivent, de surcroit, des coups de toutes sortes. Combien de fois avons-nous vu des chevaux ou des ânes les quatre pattes en l’air, sous l’effet du contrepoids de la charrette ? Chaque jour, nous croisons dans la circulation des enfants de moins de 15 ans conduisant des animaux puissants, dont la non-maitrise peut entrainer des problèmes graves mettant en danger leur propre vie et celle d’autres personnes. Chaque jour, nous assistons à des accidents de circulation entre véhicules automobiles et véhicules hippomobiles’’, détaille Emmanuel Bouré Sarr.
‘’L’aspect le plus important est la protection de l’animal’’
L’atelier a vu la participation d’autorités administratives, d’élus locaux, des propriétaires de calèches et de charrettes, de cochers, des forces de défense et de sécurité. Il s’est agi, pour ces derniers, de faire des recommandations en vue d’enrichir le document. ‘’Nous sommes là pour passer en revue l’arrêté, en vue de son application immédiate sur le terrain. L’aspect le plus important de l’arrêté consiste à protéger l’animal. Nul n’ignore la maltraitance des chevaux. Malheureusement, ces véhicules à traction animale sont conduits par des gens mal formés, qui ne connaissent pas le Code de la route. Ce qui donne lieu à beaucoup d’accidents et d’incidents. L’arrêté nous permet donc de résoudre pas mal de problèmes, et l’objectif est de le mettre en application de manière progressive’’, affirme, pour sa part l’adjoint au gouverneur de Dakar, Modou Diagne.
En outre, l’arrêté interministériel fixe à 15 ans l’âge minimal des cochers et règlemente la charge de ces véhicules. Il n’aborde pas cependant l’autorisation ou non des calèches ou charrettes de circuler sur les routes et autoroutes. D’après M. Diagne ‘’des signes apparents doivent être fixés au niveau des charrettes pour que, pendant la nuit, les autres chauffeurs puissent les identifier de loin et prendre à temps leurs dispositions. On a besoin du cheval, car il participe à l’économie et il est beau, il fait partie du décor. Ce qu’il faut éviter, c’est sa maltraitance. Je pense que l’essentiel est que tout ceci soit bien organisé. Les charrettes et les calèches ont leur place dans la circulation’’.
Une utilité économique et agricole
Une étude sur la contribution économique des équidés de trait au Sénégal a montré que les revenus générés par ce moyen de transport sont équivalents ou supérieur au Smig.
En effet, l’exploitation de ces véhicules constitue une source d’emplois et de revenus réguliers et offre à certains ruraux la chance de se faire des sous en saison sèche, en venant travailler en ville. Dans le bassin arachidier, l’étude démontre que l’absence de la force de traction animale se traduirait par une baisse des superficies cultivées de 78 % pour l’arachide, 46 % pour le maïs et 45 % pour le mil.
Par ailleurs, l’activité journalière de la traction hippomobile assure un revenu journalier de 7 031 F CFA au conducteur de calèche, dans les centres urbains. Pour mieux se faire comprendre des utilisateurs, Brooke a su mettre en exergue, lors de visites de proximité, les passages bibliques et coraniques favorables au bien-être animal. Brooke est une ONG britannique qui existe depuis 1934. Elle est installée au Sénégal depuis bientôt 10 ans. Sa mission consiste à améliorer la vie des équidés de trait.
EMMANUELLA MARAME FAYE/homeviewsenegal.com

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9 réponses

  1. Diallo dit :

    C’est très bien mais il vaudrait mieux commencer par la maltraitance des talibés plutôt que par la maltraitance des équidés…

  2. Bill dit :

    Il n’y a pas que les ânes qui sont maltraités, le transport des moutons ficelés comme des gigots sur la galerie d’un bus, dans le coffre d’une auto ou sur le porte-bagages d’une mobylette doit être moyennement apprécié par les caprins.

  3. stephane dit :

    Le Sénégalais n’aime pas les animaux ou disons que malheureusement il a d’autres priorités étant lui même très maltraité et pour ainsi dire pas soigné, là dessus il est difficile de leur faire des reproches

  4. alphaD dit :

    Mais qui aimons-nous finalement, en dehors de nous-même ? Nous sommes enclins à un narcissisme exacerbé : la sape, les Ray ban, les Nike,les bagnoles ou les motos, le bluff en boîte… Mais pas un rond dans les poches ! Nous n’aimons pas les animaux, en effet, mais nous considérons aussi nos bonnes comme des esclaves. Et nous n’aimons pas non plus notre pays : il est sale, couvert d’immondices; nous y avons coupé tous les arbres, volé le sable des plages. Nous n’aimons pas non plus les objets que nous laissons sans entretien, nous n’aimons pas trop le boulot non plus et nous ne respectons pas nos lois et règlements. A vrai dire, nous ne respectons pas grand chose.
    A part nous-même qu’aimons-nous finalement ? Le pognon, les compliments et les flatteries, les cadeaux, le thé sous un manguier…
    Très réducteur tout ça !

    • D. Bâ dit :

      Le Sénégalais (en général) veut « paraître »… peu importe le reste… Hommes et Femmes s’offrent de beaux vêtements pour les fêtes religieuses, et tant pis si la marmite est vide… On se fiche éperdument de savoir si le pays est propre, on jette ses ordures n’importe où, sans respect aucun pour le voisinage, la santé, la nature… Quant aux obligations et règlements ! késaco ?
      En fait, pour que çà change, il faudrait un policier derrière chaque individu, y compris les enfants, très mal éduqués pour la plupart… ils sont pourtant l’avenir de ce pays…

      • alphaD dit :

        C’est en effet une question d’éducation complètement défaillante. Dans ce domaine, l’Etat est défaillant, mais aussi et surtout le peuple qui n’a pas franchement la volonté de changer. Comme tu le dis : « en général ». Il y a évidemment des gens qui se démènent pour prendre en faux cet état d’esprit, qui veillent à une éducation convenable de leurs enfants. Comme tu le dis aussi, ici les enfants sont généralement très mal éduqués. Je dirais même qu’ils ne sont pas éduqués du tout et s’éduquent eux-mêmes dans la rue. Vingt ans après, cela fait la catastrophe que l’on connaît. Je ne dis pas que l’Occident est sans reproche à ce point de vue, mais on veille tout de même plus à ce que ce phénomène ne s’étende pas trop. Pour le moment…
        Ces quelques lignes sont bien incomplètes. Un livre n’y suffirait pas.

  5. BRUN Béatrice dit :

    Stéphane
    Je ne vois plus les Talibes maltraiter les Animaux dans mon secteur.
    Le travail des assistants sociaux porte ses fruits.

  6. BRUN Béatrice dit :

    Alpha D
    Ne croyez vous pas qu’en France🇲🇫 l’état n’est pas défaillant sur les sanctions applicables aux actes de maltraitance ANIMALE ❓
    Vous connaissez bien nos combats pugnaces.

    • alphaD dit :

      En effet, il y a également de la maltraitance animale partout dans le monde y compris en Occident. Il est évident que dans l’élevage intensif, le transport, l’abattage, il y a de très nombreux cas, légion aussi d’abandons, malnutrition, manque de soins, d’hygiène. La liste est sans fin. Mais au moins, en Occident, une bonne part des gens n’y sont pas indifférents, tandis que les actes de maltraitance sont pénalisés (dans le sens qu’ils relèvent d’un tribunal pénal). En théorie, tout au moins…
      Le grand malheur, c’est que l’homme n’a pas encore bien compris que les animaux ont tout autant leur place dans ce monde. Nous sommes des prédateurs de la vie, des prédateurs de nos ressources !

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