LES LIBANAIS DU SENEGAL

Plus de 53% de l’industrie et du commerce aux mains des Libanais

L’affaire de blanchiment de capitaux remet au goût du jour l’implication de cette communauté dans l’économie sénégalaise. Une présence aussi discrète qu’incontournable, caractérise cette communauté forte de plus de 80 000 individus Et que certains comparent à des «insubmersibles » tant leur intégration est sujette à plusieurs rumeurs. Avec diverses fortunes, les Libanais du Sénégal font rarement la Une comme avec cette affaire. Atlanticactu vous plonge au cœur de cette communauté où l’Omerta n’est pas un vain mot.
La communauté libanaise au Sénégal s’en tire plutôt bien. Pour Cheikh Thiam, un Contrôleur des Impôts à la retraite, « En un siècle, malgré les crises, ils ont bâti un empire. Ils possèdent les plus grosses entreprises de commerce et sont présents dans l’industrie et, pèseraient entre 8 et 17 % du PIB national. Enquête sur cette communauté aussi discrète qu’omniprésente, nourrissant tous les fantasmes.»
Et de poursuivre : « Dans les repas d’affaires, dans la rue, la présence de ces lointains descendants des Phéniciens alimente les conversations. Mais, au plus haut sommet de l’État, personne ne parle jamais ouvertement d’eux. Au Sénégal, les Libanais sont à la fois l’objet d’un tabou et d’une attention permanente. Tout autant révérés, appréciés, que craints et voués aux gémonies à la moindre occasion », relate notre interlocuteur.
« Plus de 50% du secteur industriel au Sénégal est aux mains des Libanais, selon les chiffres lde la Chambre de commerce et d’industrie. Même si maintenant, près de 50% des grandes surfaces appartiennent aux Français et aux Turcs, il faut savoir qu’une bonne partie continue d’être sous l’emprise des Libanais. Ils se font discrets dans les secteurs de l’industrie de la pêche et du secteur d’exportation mais y occupent une place honorable, 60% du secteur de la construction, 75% du secteur du commerce du bois et 70% du secteur de la distribution », renseigne M. Thiam, qui nous apprend avoir pendant trente ans, contrôlé les sociétés libanaises.
Très rarement, leurs affaires atterrissent au tribunal, ils ont un « code d’honneur » et préfèrent régler leurs différends en dehors des yeux de la justice. Les scandales dans leur communauté sont à foison mais, rien perce comme l’Omerta chez les Siciliens
Pour ceux qui les côtoient, il est très difficile d’être renseigné sur les problèmes internes de la communauté. Ce n’est point parce qu’il n’y a pas mais, c’est une sorte d’Omerta qui les réunit et les empêche d’ester en justice quand il existe des différends.
Pour chaque problème, ils se cotisent pour éviter que cela s’ébruite. Les cas sont nombreux. Selon notre interlocuteur, « je me rappelle du cas d’une jeune fille libanaise qui s’était mariée à un Sénégalais mais, cela avait tellement fait mal à la communauté au point qu’elle a été « bannie ». Ou bien, « il existe l’affaire Adel Korban qui même Libanais, était plus proche des Sénégalais, ce sont pourtant ses frères qui l’ont dénoncé à la douane pour prendre possession de ses affaires aujourd’hui. La plupart de ceux qui ont des noms dans le commerce, vivent à partir de la sueur de Adel Korban, qui est décédé dans le dénuement le plus total».
« Les exemples sont légion dans cette communauté hyper hermétique. Tous les problèmes se règlent. Pour preuve, je connais pour avoir intervenu dans cette affaire, trois jeunes libanais ont été arrêtés pour trafic de drogue duré par la gendarmerie de Ngor. Ils ont été déférés , jugés, condamnés à des peines lourdes et rejugés en appel, le tout en l’espace de huit jours avant d’être libérés. C’était en 2015 », rapporte Cheikh Thiam.
Les Libanais au Sénégal possèdent quelque 2000 à 3000 entreprises, employant moins de 60.000 personnes. Selon M. Thiam, le poids global de la communauté libanaise dans l’ensemble de l’économie nationale est de 35%.
Comment des Libanais ont prospéré sous Macky Sall. Ils sont plus présents dans l’Agroalimentaire, dans la Consommation et la Distribution et fait nouveau, dans l’Immobilier
Majoritairement opérateurs économiques, les Libanais ont régné comme les maîtres de l’économie au Sénégal sous le régime socialiste . Sous Abdoulaye Wade, l’arrivée massive des investisseurs européens, américains, chinois, cette communauté aura du mal à poursuivre son règne.
Première communauté non africaine au Sénégal (plus de 35.000 personnes), économiquement bien implantée, elle a été très proche de l’ancien régime. Tout simplement, cette communauté d’hommes d’affaire a mis le miel à la disposition des tenants du régime, pour être libre dans l’exercice de ses activités. De l’arrivée au pouvoir en février 2000 jusqu’à la chute en 2012, certains Libanais avaient préféré ne plus investir et rester dans le commerce. « Les Libanais soutiennent traditionnellement le pouvoir en place. La communauté était liée à l’ancien régime socialiste dans le but de vaquer librement à ses affaires. C’est tout ! D’autres ont laissé le cadre des affaires pour faire la politique. C’est leur choix personnel », souligne un puissant opérateur économique libanais sous couvert de l’anonymat. En 2012, avec l’avènement du Président Macky Sall, les affaires reprendront pour cette communauté.
Depuis, ils sont redevenus les maîtres de l’économie, avec les pleins pouvoirs de la part de leurs parrains refondateurs. Ils ne cachaient pas leur dégoût de l’ancien pouvoir. Du coup, certains membres de cette communauté dont redevenus trop arrogants envers les Sénégalais. Combien de fois sont-ils impliqués dans des comportements qui frisent l’irrespect ? Il y’a quelques années, l’ancien ministre de l’Intérieur Abdoulaye Daouda Diallo avait interdit l’usage des feux d’artifice mais, certains de cette communauté ne sont pas gênés d’en allumer de grands sans être inquiétés.
« Les Libanais sont devenus comme des seigneurs dans ce pays. Si tu as un problème avec un des leurs, sache que c’est la police ou la gendarmerie qui va venir te prendre. Vraiment, c’était insupportable », dénonce Ndèye Fatou Touré, dont le dossier avec son ancien employeur traîne toujours au tribunal. Actuellement, ils sont désormais actifs dans des secteurs cruciaux comme les transports, les finances, les hydrocarbures, le commerce et l’immobilier.
On estime le nombre de Libanais vivant au Sénégal entre 35.000 et 45.000 personnes, dont plus de 90% vivent à Dakar, la capitale, où ils sont les plus grands propriétaires immobiliers du centre-ville .
Pour rappel, c’est vers la fin du XIXème et le début du XXème siècle, les Syriens et les Libanais subissaient l’oppression économique et politique de l’empire ottoman. C’est ainsi que ces derniers ont migré en France précisément à Marseille et en Amérique Latine et quelques-uns sont aperçus en Afrique, surtout au Sénégal.
Cette soumission prend fin en 1920 lorsque ces deux territoires furent placés sous mandat français au lendemain du premier conflit armé mondial. Les Syriens et les Libanais devinrent comme à partir de cet instant, citoyens français et immigrent en direction de l’Afrique grâce à ce mandat français. Leur colonie prend ainsi une proportion assez importante au cours de cette décennie. Plusieurs expressions permettent de désigner cette communauté asiatique d’Afrique. Il s’agit entre autres les Libanais, Asiatiques, Levantins. Souvent pour salir leur image, certains Européens pendant la colonisation leur attribuent ce lexique péjoratif tel que «hordes de parasites«, «d’envahisseurs«, «accapareurs« afin de leur nuire.
Alors que l’on pensait que cette communauté libanaise allait partir de l’Afrique en général, en particulier du Sénégal à la fin de la colonisation, son établissement se poursuit pendant la période de l’après-indépendance, occupant les commerces libérés par les français. Et mieux la colonie libanaise continue de s’accentuer. Car, à la faveur du conflit armé de 1975, de nouvelles vagues d’immigrations libanaises sont arrivés au Sénégal.
Au Sénégal, la population étrangère d’origine libanaise est plus de 30 mille personnes. Ces ressortissants libanais sont plus présents le commerce de gros et de détail et dans l’industrie agroalimentaire. Sur le plan économique, Cheikh Thiam s’appuyant sur les statistiques internes des Libanais, estime que l’apport fiscal au budget de l’Etat est de 250 milliards Francs CFA par année. La masse salariale avoisine 100 milliards de Francs CFA.
Ainsi, cette communauté est présente en Côte d’Ivoire au niveau du paysage économique et, est même impliquée dans la vie sociale et culturelle, si bien qu’il serait difficile d’effectuer une étude économique en Côte d’Ivoire sans parler des Libanais, dans la mesure où leur influence dans l’économie de la Côte d’Ivoire est visible.
Pape Sané (Atlanticactu.com)/dakarsoir.com

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5 réponses

  1. Ndiaye dit :

    Au moins ils prennent plus de risques en s’aventurant dans le domaine industriel contrairement aux frivoles locaux adeptes de l’investissement sans risques: la pierre!

  2. Ivan dit :

    Il faudrait effectivement que les Sénégalais prennent exemple sur les Libanais et créent des entreprises. Il n’est pas normal que pour le moindre projet, que ce soit adduction d’eau, construction de pont ou route, conserverie… Le Sénégal fasse appel systématiquement à des entreprises étrangères. Dernier exemple, au Cap Skirring, les travaux ont débuté pour enfouir 11 km de tuyaux pour alimenter en eau la commune. Il n’est pas normal que ce soit une entreprise française qui réalise ces travaux. Où sont les entrepreneurs sénégalais ?

  3. Galips dit :

    Comment définissez vous la nationalité d’une entreprise puisque celles intervenant au Sénégal sont de « droit sénégalais »

  4. Ivan dit :

    Bonne question à laquelle je ne saurais répondre. Concernant les travaux d’enfouissement des tuyaux et de pose de fontaines d’eau à Boucotte et Cap Skirring, la maîtrise d’ouvrage a été confiée à une PME française, immatriculée en France. Après, quelle structure juridique a été utilisée, je n’en sais rien, mais, sur le fond, il ne s’agit pas d’une PME sénégalaise.

  5. Stephane dit :

    Au Sénégal tu peux dire Libanais,en France tu es poursuivi pour racisme si tu prononce Algérien

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