DÉGRADATION ÉCOLOGIQUE DU SENEGAL

La rupture des équilibres écologiques, une menace sur les sols, la faune et la flore

La petite côte n’est pas indemne de l’occupation du littoral. De Toubab Dialaw à la Pointe de Sangar en passant par Djiffère, la bordure de mer ainsi que celle des lacs, étangs, marigots, rivières et autres cours d’eau connaissent des installations à l’initiatives des amoureux des constructions les «pieds dans l’eau». Perturbant ou provoquant des ruptures écologiques, des dysfonctionnements et entrainant une menace sur les sols, la faune et la faune. Retour sur un environnement longtemps visité et riche d’histoires en panne de défense ou protection, à la merci des prédateurs du Domaine public maritime.
Une vue aérienne ou une vue à partir du rivage montre un spectacle désolant, découlant de phénomène naturel non encore maîtrisé : l’avancée de la mer, d’une part, et d’entailles au rideau naturel du littoral, de l’autre. Il s’y ajoute l’action de l’homme avec des bâtiments en dur qui sortent de terre, pardon, de la berge, dans la zone de marnage, la limite entre la marée haute et la marée basse. Une balade à la lagune de la Somone montre la construction de pontons et d’aménagements diminuant la circulation du tirant d’eau, d’amont en aval. Ces installations ont des répercussions et des conséquences sur la faune et la flore, comme le déplorent des écologistes et défenseurs de la nature.
LAGUNE DE LA SOMONE ET SALY, LE DESASTRE ECOLOGIQUE
L’ensablement progressif de la lagune n’est pas étranger à ce fait qui, au bout du compte, va créer un stress de la mangrove, la fin de l’ostréiculture et la disparition d’un sanctuaire d’oiseaux migrateurs venant de tous les coins du monde. Une réserve d’intérêt communautaire, avec l’appui d’éco-gardes et des agents du ministère de l’Environnement et du Développement durable, drivé par un conservateur, multiplient des efforts pour la protection des lieux. Un peu au Sud, à Saly-Portudal, les choses donnent une apparence autre. Pourtant, à y voir de plus près, la construction de pontons, de marinades, de jetées et la fermeture du marigot de Saly ont fini de provoquer un désastre. En effet, l’avancée de la mer a été bonifiée, selon des techniciens de l’environnement, par ces actions humaines. Des habitations, des maisons de pêcheurs en ont fait les frais. Les dunes stabilisatrices fixes, qui caractérisent la zone depuis la nuit des temps et fixées par toute une faune de filaos et de plantes rampantes, ont été aplanies par des bulldozers. L’avifaune du littoral, ne trouvant plus un cadre d’évolution, a disparu ou migré vers d’autres cieux.
MBOUR : DECLASSEMENT DU MARIGOT TUTELAIRE «LE MBALLING», L’IRD ET LE SANCTUAIRE ORNITHOLOGIQUE DES OISEAUX A LA TRAPPE
Si la commune de Mbour a été longtemps indemne de ces types d’agression naturelle, ce n’est plus le cas, aujourd’hui. Un promoteur a bénéficié d’un déclassement du marigot tutélaire de la commune de Mbour, «Le Mballing». Ses berges, un site de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), ses monticules, son sanctuaire ornithologique attirant toutes sortes d’oiseaux sont menacés d’une mort programmée. Cependant, les premières réactions des populations de Mbour ne se sont pas fait attendre. Dans un élan unitaire, les mbourois et même des élus locaux de la majorité présidentielle se sont donné rendez-vous sur le site pour dénoncer la perte d’un patrimoine naturel et historique. Quid de «Gouye Assalamou Aleykoum» ou le plus grand baobab communément reconnu comme étant la demeure de «Coumba Baalène», le génie tutélaire de Mbour ? Une pause des travaux a suivi ces premières réactions.
LE MYTHIQUE MARIGOT DE «THIEMASSAS», A NIANING, UN SITE NEOLITHIQUE, RESISTE, MAIS POUR COMBIEN DE TEMPS ?
Autres zones humides, même constat. Le cours d’eau «Le Warang» connaît l’installation de pâté, de maisons d’ilots, de constructions entourées en hivernage, en marée haute. Le mythique marigot de «Thiémassas», à Nianing, avec ses sites néolithiques et de recherche pour certains historiens paléolithiques fait de la résistance ; mais pour combien de temps ? Joal-Fadiouth garde l’espoir de sauver l’essentiel, face à une avancée de la mer destructrice et des berges du «Mama Guedj» souvent remblayées avec des coquilles pour gagner des espaces d’habitation. Même des sociétés de travaux publics sont pointées du doigt en ce sens qu’à la fin de leurs travaux, elles n’ont pas pensé à rouvrir des voies de passage naturel des eaux qu’elles ont obstrué en y laissant, par endroit, des gravats, stressant ainsi la mangrove.
Samba Niébé BA/sudonline.sn

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