LE PRÉSIDENT A CÉDÉ AUX PRESSIONS

Ces pressions qui ont fait fléchir le « Commandant en chef »

Pressé de toutes parts, sur le plan économique, religieux et social, le président de la République a fini tout simplement par lâcher du lest dans les mesures en vigueur depuis le début de la pandémie.
Ainsi, le commandant en chef opte pour un repli (tactique ?) face à l’ennemi qu’est le coronavirus. Naturellement, cette décision d’opérer un relâchement, alors que le pays est à bout de souffle, suscite des réactions d’incompréhension et laisse perplexes nombre de Sénégalais. S’agit-il d’un aveu d’échec ou d’une volonté de mettre le peuple devant ses responsabilités ? En tout cas, quel que optimiste qu’on se voudrait d’être, il y a lieu de dire que le pire est vraiment à craindre à cause des pressions qui ont fait fléchir le Chef suprême des armées.
A un niveau de responsabilité d’un président, c’est toujours un casse-tête de prendre des décisions qui vont influer sur le vécu des citoyens. Et pour ce qui est des nouvelles orientations du chef de l’Etat, Macky Sall, lors de son adresse à la nation d’hier 11 mai, un choix cornélien s’est offert à lui : le président a opté pour la sortie de la claquemure malgré la sensibilité de la situation. Cette prise de position est surtout motivée par des pressions économiques, sociales et religieuses.
Le besoin de remettre l’économie en marche
Parallèlement aux écoles dont l’ouverture est maintenant définitive pour le 2 juin, le mot d’ordre « apprendre à vivre avec le virus » sera nécessairement appliqué pour la reprise des activités économiques. Cette raison est souvent passée sous silence par nombre de journaux de ce jour qui mettent tous l’accent sur la pression religieuse. Pourtant, l’économie du pays est presque à terre du fait du ralentissement constaté dans le secteur formel. A part quelques hôtels qui continuent de se frotter les mains pour ce qu’ils servent de lieux de confinement des cas suspects, les secteurs privé et public ont du plomb dans l’aile. A ce jour, aucune évaluation officielle des dégâts n’est faite certes mais personne ne doute de ce que la pandémie de la Covid-19 aura malmené le pays.
Si le Sénégal souffre autant, c’est en grande partie lié au caractère informel de son économie. En effet, c’est à ce niveau précis que les dommages sont plus ressentis. Le secteur informel, porteur de l’économie nationale, est dans un quasi-arrêt depuis l’entrée en vigueur de l’état d’urgence et du couvre-feu, le 23 mars dernier. Les transports, les marchés, ne fonctionnent plus du fait de l’interdiction des rassemblements et de la suspension du trafic interurbain, or, tous deux permettent à l’essentiel de la population, rurale comme urbaine, de tirer leur épingle du jeu. C’est donc en parfaite connaissance de conséquence que le commandant en chef a décidé d’adopter une nouvelle stratégie et d’appeler ses administrés à l’adaptation. Pour un pays pauvre comme le nôtre, le président a semblé choisir tout faire pour ne pas que son économie s’enfonce à nouveau. A nos risques et périls ?
La pression des hommes religieux et l’enfreinte aux règles
Le point du discours du président de la république qui a attiré le plus d’attention concerne la réouverture des mosquées. Il faut reconnaître que la collaboration des religieux- musulmans surtout- n’a pas été franche dans cette lutte. Combien de fois, des imams ont été interpellés en violation flagrante des dispositions administratives en vigueur depuis l’annonce de l’état d’urgence ? Combien de fois des prêcheurs et autres religieux ont donné de la voix pour que la décision relative à la fermeture des lieux de culte soit levée ? En amont comme en aval de cette lutte contre le coronavirus, des imams et autres prêcheurs musulmans ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme un sacrilège et refusé toute coopération.
Une violation sans cesse des dispositions de l’état d’urgence sera notée et des imams ont fait l’objet de convocation et d’embastillement dans plusieurs contrées. Même si la majorité a observé le respect strict des mesures, notamment dans la capitale, les voix discordantes ont été tellement audibles que le président de la république a subi un mauvais procès, celui de vouloir interdire la pratique de la religion à des croyants. C’est ainsi que l’incident de Léona Niasséne à Kaolack, le vendredi passé, vient s’ajouter à la pression déjà existante. Cette fois, l’ampleur est toute autre puisque le Khalife, très amer, s’est déplacé lui-même au commissariat pour accompagner son imam convoqué.
Sa déclaration circonstancielle d’ouvrir les mosquées par la force, ajoutée à celles qui fusent de partout et demandant la réouverture en ce temps de Ramadan, a fini par faire fléchir le pouvoir. En effet, cette décision de l’Etat était déjà prévisible depuis l’annonce de la reprise des cours le 2 juin prochain. Il devenait en vérité impensable d’imaginer le retour des classes sans que celle des mosquées ne suive, sauf si le gouvernement voudrait donner du grain à moudre à ses pourfendeurs.
Les ménages et le défi de l’alimentation
Nonobstant l’aide d’urgence alimentaire annoncée, laquelle reste une utopie pour bon nombre de ménages exclus du processus de distribution et pourtant éligibles, le Sénégal devenait un pays socialement tendu. Les mesures accompagnant l’état d’urgence avaient juste réussi à ralentir l’économie et donner du fil à retordre aux « goorgoorlus » qui ne voyaient plus la queue du diable pour la tirer. Au lieu de faire reculer la maladie, qui nargue le personnel de santé jour après jour, les restrictions avaient durement agi sur la poche des Sénégalais de seconde zone qui n’en pouvaient plus.
Il faut croire que, sur le plan social, les ménages n’ont pas développé une attitude résiliente. Cela, du fait que leurs déplacements ont été réduits et leur gagne-pain drastiquement menacé. Alors que des experts de la santé tablaient sur le confinement général pour répondre adéquatement aux chiffres effarants des derniers jours, le président de la république a complètement dévié des voies qui lui étaient tracées. Quoi de plus normal puisque le tissu social commençait à se déstructurer et que le chaos se profilait à l’horizon ?
Le cri de guerre « Restez Chez Vous » n’était visiblement pas respecté de tous et pourtant ce n’est pas par défaut de sensibilisation. A longueur de journée, depuis le début, les journalistes et leaders d’opinion n’ont cessé de rebattre les oreilles aux Sénégalais avec cette phrase. Les messages sont reçus dans tout leur sens mais « ventre affamé n’a point d’oreille ». Si les privilégiés sont à l’abri du besoin et disposent de quoi se nourrir pour une longue durée, ceux qui vivent au jour le jour avaient profondément besoin qu’un retour à la normale soit effectif. Cette dernière pression a surtout pesé sur la balance parce que la difficile conjoncture sociale ne pouvait laisser la place à une plus longue durée de restrictions. Des émeutes de la faim auraient pu se déclencher à force de confiner les gens et de ne pas leur pourvoir en nourriture.
Pourquoi il faut s’attendre au pire dans les jours à venir
Maintenant que le loup est introduit dans la bergerie, il ne faut pas que les agneaux comptent sur le berger pour survivre. Ceux qui ne sont pas vigilants et qui n’appliquent pas les gestes barrières- les brebis égarées- finiront comme des agneaux du sacrifice, ceux-là qui succomberont du fait du virus. Dans son adresse d’hier, le président Macky Sall a implicitement présagé des lendemains très incertains dans la gestion de la Covid-19. Cela est perceptible dans la prévision au demeurant pessimiste des experts qu’il a consultés et qui prédisent notre compagnonnage avec le virus jusqu’au mois de septembre.
Il faut s’attendre au pire puisque les rassemblements, facteurs de propagation du virus, vont reprendre leur place dans notre quotidien surtout avec la fête de l’Aïd-el-fitr qui se profile. Les marchés ouverts 5 jours sur 6 joueront un rôle extrêmement sensible, vu les millions d’âmes qui s’y retrouvent. Plus grave encore, la réouverture des Luuma (marchés hebdomadaires) avec tout le désordre et le manque d’hygiène qui peut (et qui va) y régner doit interpeller. Des zones jusque-là épargnées, comme la région de Matam où ces genres de marchés pullulent, pourraient être affectées.
Les risques liés à l’ouverture de l’école et à l’assouplissement du transport sont aussi importants. Maintenant, le curseur de la responsabilité semble déplacé dans cette lutte. D’aucuns parleront de « désengagement de l’Etat ». Cet Etat qui, malgré tous ces engagements antérieurs et actuels, s’offre désormais la tâche qui consiste à soigner tandis que la communauté doit jouer son rôle de prévention. La responsabilité individuelle doit donc être de mise pour combler le vide que créé le désengagement relatif de l’Etat pour l’application de certaines mesures.
En vérité, il y a un hiatus entre la levée des interdictions annoncée par l’autorité et leur application aveugle par le peuple. A moins que ce ne soit pour une question vitale, l’homme peut s’appliquer sur lui les mesures abrogées de façon individuelle. Malgré les derniers développements sur la riposte collective, il est toujours possible de limiter ses déplacements, de s’auto-imposer des mesures barrière, et de s’appliquer les règles d’hygiène requises. Désormais, et il faut le comprendre ainsi, c’est chacun pour soi, Dieu pour tous ! Bienvenue au Système-D…sanitaire!
Ababacar Gaye/SeneNews

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7 réponses

  1. Yvesbzh dit :

    Honte à lui…… ( et beaucoup d’autres )
    Encore une fois nous avons la preuve que les lobbies maraboutiques véreux ,affairistes,égocentriques,dirigent le pays,que la santé du bas peuple leur importe peu et même pas du tout.
    À quoi sert un président dans ce pays? si ce n’est qu’à faire de la représentation,parader,quémander l’aumône auprès de la planète entière solliciter des prêts qu’il n’a aucunement l’intention de rembourser etcétéra
    C’est un pantin .. qui ne regarde que ses intérêts et celui de ses proches,et dont le peuple n’est pas sa préoccupation…
    Les marabouts ont encore gagné la bataille…et bientôt la guerre ????

    • Galips dit :

      Les peuples ont les dirigeants qu’ils méritent.

      • diop dit :

        laisse moi en douter est ce que les français méritent Macron ? non je ne crois pas vu que tous n’ont pas voté pour lui et tous n’adhérent pas a ses décisions

    • DIOP dit :

      Tout a fait d’accord avec toi ces marabouts sont de vrais plaies pour ce pays et malheureusement suivi par de nombreux abrutis mais bon après tout c’est chacun sa tombe (s’ils meurent en ne respectant pas les mesures barrières c’est de leur faute et ils ne se font de mal qu’a eux mêmes ) et Macky ne représente pas tous les sénégalais pour ce qui me concerne

  2. PDP dit :

    Macky Sall a agi intelligemment face aux pressions des confréries musulmanes en les mettant face à leurs responsabilités; Il prévient également le sénégalais « lambda » qu’il est lui aussi responsable de son comportement et de ses actes; Ainsi ne venez pas ensuite pleurnicher, réclamer auprès du Président puisque vous n’avez pas voulu vous plier aux premières décisions; c’était la seule réponse possible face à cette meute qui ne veut rien comprendre

  3. trevidic dit :

    Bonjour,
    je suis bien d’accord avec vos propos PDP ;
    L’équilibre des pouvoirs amène des concessions , et ,ici une prise de risque sur l’évolution du CORO dans ce pays.

  4. Le Dahut dit :

    Excellente analyse de PDP. Il est heureux que certains puissent s’exprimer sans animosité et critique systématique du pays.
    Le Sénégal n’est pas la France. Les philosophies de vie, les usages, l’économie, l’omniprésence des religions y sont différentes. Laissons aux sénégalais la liberté de conduire leur pays et ses problèmes à leur guise.
    Pour le moment il ne semble pas que l’Hexagone ait traité cette pandémie de meilleure façon que le Sénégal.
    Il n’y a pas de solution nette et les dirigeants doivent naviguer à vue en espérant que l’âge moyen de la population et les températures élevées aident les structures sanitaires à résoudre le problème sans trop de dégâts.
    En attendant l’extinction de la pandémie il convient d’appliquer les mesures barrières et d’avoir une attitude responsable. Courage à tous.

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