ANALYSE ÉCLAIRÉE

Bénéfices pour le Sénégal d’une population bien formée

Dans un monde de plus en plus concurrentiel, l’atout numéro un d’un Etat et des entreprises pour être compétitifs est la qualité de leurs ressources humaines. C’est tellement vrai que les pays asiatiques, fort pauvres en ressources naturelles, ont pu prospérer grâce à la bonne formation de leurs populations. Le Sénégal – l’Etat, les entreprises – ne le comprend pas ou s’il l’a compris ne l’intègre pas entièrement dans sa démarche. Il met peu l’accent sur la formation, aussi demeure-t-il peu compétitif.
Dans son livre De la performance à l’excellence, où il relate le succès de 11 entreprises, autrefois quelconques, qui sont parvenues à l’excellence, Jim Collins cite la qualité de leurs ressources humaines comme le principal facteur de leur réussite. Dans le chapitre «D’abord qui… ensuite quoi», il écrit : «En commençant par le ‘’qui’’ ensuite le ‘’quoi’’, on s’adapte plus facilement à un monde en mutation.»
C’est ce monde en mutation qui rend nécessaire d’avoir d’excellentes ressources humaines. Il y a des décennies, les changements prenaient du temps, les entreprises n’avaient pas besoin d’être aussi agiles qu’aujourd’hui. Mais cette réalité n’a plus cours ; une entreprise doit s’adapter et même être à l’avant-garde. L’entreprise étant une fiction, ce sont des hommes et des femmes qui la font fonctionner. Son excellence ou sa médiocrité dépend de la qualité de ses ressources humaines.
Les entreprises sénégalaises doivent le comprendre. Former ses employés est un investissement rentable. Autonomiser ses employés entraînera un retour élevé. Ce n’est pas ce qui se passe généralement dans les entreprises sénégalaises. La formation est quasi-inexistante. Les emplo­yés doivent se débrouiller pour être à jour et ne pas voir leurs connaissances devenir obsolètes. Si cela arrivait, l’entreprise perdrait, l’employé perdrait aussi.
En outre, nous vivons dans un monde où être compétent ne veut plus dire pouvoir simplement bien faire son travail. Etre compétent, c’est être créatif, être compétent, c’est réfléchir d’une manière originale, être compétent, c’est apporter une plus-value à son entreprise. Il ne sert à rien d’essayer de concurrencer les robots dans des tâches répétitives, ils les feront mieux que les humains, et avec moins d’erreurs. L’humain excellera dans ces choses qu’un robot ne peut (ne pourra ?) faire, comme penser d’une manière originale et profonde.
Les employeurs ont une responsabilité dans la formation de leurs employés, mais ces derniers ont aussi la leur. C’est dans leur intérêt de maintenir leur employabilité, de mettre continuellement à jour leurs connaissances. La gestion de notre carrière est de notre ressort. Je suis d’avis que nous devons procéder comme les Etats : avoir un budget de recherche. Tout Etat qui se respecte ne peut délaisser la recherche, car il sait que s’il le faisait, il se laisserait distancer. C’est la même chose pour une personne : elle doit s’imposer cette volonté de se mettre à jour pour ne pas être déclassée.
Il arrive souvent de lire à la Une des journaux des employés licenciés qui n’arrivent plus à retrouver un travail parce que leurs compétences sont devenues désuètes. Pour éviter cela, nous devons comprendre que nous vivons dans un monde concurrentiel, changeant, que nous avons besoin d’être proactifs dans le changement. Si nous ne le faisons pas, il sera trop tard, le moment que nous nous en rendrons compte, il sera difficile de retourner en arrière. C’est comme ces entreprises qui ont refusé de s’adapter et quand elles décidèrent de le faire, il était trop tard.
Cela exige des sacrifices comme faire des cours de week-end, lire des livres, faire des certifications. Je reviendrai plus bas comment l’Etat pourrait aider les employés à maintenir leur employabilité. Mais d’abord, c’est de notre responsabilité d’engager des actions pour demeurer compétitif. L’investis­sement le plus rentable est celui sur nous-mêmes, et son fort retour exige que nous le fassions pour ne pas le regretter dans le futur.
J’écrivais plus haut que si les pays asiatiques ont pu se développer, c’est grâce à la qualité de leurs ressources humaines. La chute actuelle des cours du baril de pétrole montre que le Sénégal ne se développera pas grâce à ses ressources naturelles. L’Etat doit comprendre cela et mettre l’accent sur la formation des Sénégalais qui les aidera à être compétitifs.
Dans son livre Sapiens, Yuval Noah Hariri décrivit magistralement le changement de paradigme en cours dans le monde : d’une économie de matières, le monde est passé à celle de la connaissance. Il y a des siècles, on envahissait un territoire pour s’emparer de ses ressources naturelles (terres, matières premières…). Aujourd’hui cela ne sert pas à grand-chose, car la principale richesse des pays les plus développés réside dans le cerveau de leurs habitants.
Un Etat qui comprend cela investira dans l’éducation. Il obligera les entreprises à disposer d’une politique de formation continue pour leurs employés et les y aidera. Il encouragera aussi les employés à se former continuellement. Comment peut-il procéder ? Il peut leur accorder des crédits d’impôt, des déductions fiscales. L’idée est d’améliorer la compétitivité des employés, ce qui aboutira à un Etat et des entreprises nationales plus compétitifs.
Par la combinaison des efforts de l’Etat, des employeurs et des employés, c’est tout le pays qui deviendra plus compétitif. Des ressources humaines de qualité attireront des investisseurs qui, par leurs investissements, participeront à la hausse du taux de croissance. Il s’agit d’un exemple de partenariat gagnant-gagnant qui peut être mis en application dès à présent.
Les pays asiatiques ont montré que le développement passe avant tout par la qualité des ressources humaines. La qualité des ressources humaines est le résultat de leur excellente formation. L’Etat doit comprendre cela en mettant en place une politique éducative de qualité et en poussant les employeurs à maintenir la compétitivité de leurs employés. En faisant, c’est tout le Sénégal qui gagnera : cette synergie rendra notre pays plus compétitif et contribuera à attirer les investisseurs dans le monde. Une telle politique peut être appliquée dès à présent.
Moussa SYLLA/lequotidien.sn

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2 réponses

  1. Xx dit :

    Excellente analyse ! en espérant que nombre de Sénégalais-es lisent cet article et s’en inspirent, y compris le « fumeux Ndi… » captif (ou esclave) d’un passé révolu (l’esclavagisme, qu’il n’a pas vécu) dans lequel il se complaît pour critiquer à hue et à dia…

  2. Très bon article. Effectivement, au Sénégal l’enseignement est d’une qualité plutôt médiocre. En maintenant le peuple dans l’ignorance on le maintient dans une religion qui semble avoir ma mainmise sur le pays. Il est ensuite facile d’accuser les Blancs à travers l’esclavage (en oubliant de parler de la traite arabo-musulmane qui a déplacé bien plus de monde sur un temps bien plus long que la traite transatlantique), de la colonisation (qui n’a duré que 75 ans et qui a cessé sans conflit), de la France-Afrique (en oubliant les milliard d’aides de la part de la France sans lesquelles le Sénégal ne s’en sortirait pas). Les enfants issus des milieux sociaux privilégiés font de bonnes études et prennent la relève de leurs parents. Mais comment espérer ouvrir les esprits de ceux qui vivent en brousse. Pas de bibliothèques municipales, pas d’ouverture sur le monde, le couvercle de la religion qui éloigne de la vérité scientifique, (d’où la confiance dans les pratiques maraboutiques ou dans les tradipraticiens, la pandémie actuelle nous en fournit des dizaines d’exemples au quotidien). Effectivement le Sénégal ne s’en sortira que par un système éducatif sérieux. C’est ce qui s’est passé à Singapour, une ancienne colonie britannique, où le système éducatif est consiéré comme l’un des meilleurs du monde. Rappelons (pour Ndiaye) que Singapour a été colonisée depuis 1684 jusqu’en 1965. En l’espace de 50 ans, la cité-État est passée de pays du tiers monde au statut de ville mondiale dont le niveau de modernité est comparable à celui des grands pays industrialisés. C’est aujourd’hui l’un des pays les plus développés et les plus prospères du monde, en termes d’économie, d’éducation, de santé, de sécurité et d’urbanisme. C’est la quatrième place financière au monde et elle se classe au troisième rang en matière de PIB. Même si la situation géographique compte pour beaucoup dans cette réussite, rien n’aurait pu se faire sans la volonté de mettre sur pied un système éducatif qui a permis aux habitants de prendre leur destin en main. Pauvre Sénégal, où je vois des jeunes qui ont fait deux ans d’université à Dakar et qui ne savent pas écrire ni parler le français correctement. Dans une société de tradition orale où l’on n’aime pas les changements, les pomulations, et le gouvernement semble-t-il, n’ont toujours pas compris que l’éducation et la formation sont les indispensables clés du succès et qu’elles valent mieux que toutes les ressources naturelles. Mais, et pour finir, l’éducation, c’est prévoir à long terme, et prévoir à long terme ne fait pas partie des vertus cardinales des africains qui souvent préfèrent un plat de riz aujourd’hui plutôt qu’un sac de riz demain.

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