L’AFRIQUE DE L’OUEST: CIBLE DES DJIHADISTES

Djihadisme: l’étau se resserre autour des États de l’Afrique de l’Ouest

L’avancée implacable des groupes islamistes à travers le Sahel, laisse craindre une extension des violences jihadistes dans les pays de l’Afrique de l’Ouest. La contagion pourrait embraser toute la sous-région.
Les violences terroristes de plus en meurtrières dont font l’objet les pays du Sahel, notamment le Mali et le Burkina Faso, font trembler les capitales des États côtiers de l’Afrique de l’Ouest. « Les risques de contagion sont réels », prévient Pierre Buyoya, ancien président du Burundi et haut représentant de l’Union africaine (UA) pour le Mali et le Sahel. Interviewé en marge du Forum international sur la paix et la sécurité en Afrique qui s’est tenu récemment à Dakar, le président Buyoya, s’est déclaré particulièrement pessimiste quant à l’endiguement du terrorisme sur le continent.
« La question n’est plus de savoir si les pays ouest-africains seront touchés ou pas, mais plutôt quand. Les avertissements des services de renseignement vont dans ce sens et font craindre des attentats sur le sol de ces pays à moyen terme », a ajouté Pierre Buyoya.
Des pays vulnérables
L’inquiétude fut palpable au Forum de Dakar, qui avait réuni les représentants des principaux pays engagés politiquement et militairement dans la prévention de l’extrémisme violent dans le Sahel, mais aussi des universitaires africanistes qui suivent de près « la descente de la région dans l’enfer jihadiste ». « Cette année, on s’était donné pour objectif d’évaluer l’efficacité des dispositifs antiterroristes mis en place dans le Sahel. Puisque ces dispositifs se révèlent incapables de stopper la progression des groupes jihadistes, la plupart des observateurs qu’on a pu écouter pendant la rencontre craignent que la contagion ne se répande à d’autres pays de la sous-région », explique Hugo Sada, porte-parole des organisateurs du Forum de Dakar.
Il faut dire que la donne a changé, avec des infiltrations de plus en plus franches et audacieuses à partir de 2016 dans le nord et l’est du Burkina Faso, qui a longtemps servi de tampon sécuritaire entre les États côtiers de l’Afrique de l’Ouest et les pays sahéliens en butte aux attaques terroristes depuis plusieurs années. Le verrou burkinabè est tombé avec « les récentes attaques au Burkina Faso, à proximité des frontières avec la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo et le Bénin », peut-on lire dans une note publiée (1) en début de cette année par le think tank franco-belge, l’Institut Thomas More. Souffrant de vulnérabilités politiques, sociales, économiques et religieuses semblables à celles que connaissent leurs voisins sahéliens, « les États côtiers de l’Afrique de l’Ouest sont au pied du mur pour élaborer et mettre en œuvre des réponses à même d’endiguer l’extension du jihadisme », écrit Antonin Tisseron, l’auteur de la note de l’Institut More consacrée à la menace jihadiste.
Une extension programmée
Pour Pierre Buyoya, cette extension a commencé depuis longtemps. Le haut représentant de l’UA cite l’attaque de Grand Bassam, menée par un commando suicide en mars 2016 ainsi que l’enlèvement en mai 2019 de deux Français et de leur guide béninois dans le Parc de Pendjari (important site touristique au nord du Bénin, NDLR), pour étayer sa thèse sur la dissémination – « inéluctable », selon lui – de la menace terroriste en Afrique subsaharienne.
Outre la Côte d’Ivoire et le Bénin, d’autres pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest ont connu des incidents jihadistes au cours des derniers mois. La surveillance des téléphones des islamistes présumés par les services de renseignement locaux permet de penser qu’il existe aujourd’hui des bases arrière dans les États de la région, tels que le Togo et le Ghana. Plus inquiétant encore sans doute, comme l’écrit le chercheur de l’institut Thomas More, « à rebours des discours sur une menace externe et la résilience des confréries (…) plusieurs dizaines de ressortissants ont rejoint ces dernières années des groupes jihadistes ».
« Tout cela n’est guère étonnant », soutient Pierre Buyoya, selon lequel l’expansion vers les États côtiers a été planifiée dès 2012 lorsque les militants d’Aqmi (al-Qaïda au Maghreb islamique, NDLR) sont entrés dans le nord du Mali. « Cette ambition était déjà inscrite dans le nom programmatique de l’organisation matricielle Mujao (Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest, NDLR) dont sont issus les principaux leaders jihadistes qui font régner la terreur aujourd’hui au centre du Mali et au Burkina », explique le président Buyoya.
L’idée que cette extension du domaine de lutte jihadiste a été bel et bien programmée par ses idéologues est confirmée par les chercheurs qui rappellent que déjà en 2017 l’ex-chef rebelle touareg Iyad Ag Ghali appelait ses coreligionnaires à « poursuivre le jihad » dans de nouveaux espaces. Le chercheur Antonin Tisseron commence sa note en citant la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux le 8 novembre 2018 et où on voit les principales figures du jihad dans la région, notamment le prédicateur peul Amadou Koufa lancer son appel en langue peule, enjoignant les musulmans à porter le jihad au-delà des terres de combat sahélien. Le Sénégal, le Mali, le Niger, le Bénin, la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Nigeria, le Ghana et le Cameroun sont quelques-uns des pays nommément cités dans la prédication filmée.
L’état d’alerte
Face à ces menaces d’attentats et de violences qui pèsent sur leurs territoires et leurs populations, les pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest ne sont pas restés bras croisés. Au contraire, ils ont été plutôt réactifs, si l’on en croit d’Antonin Tisseron de l’Institut Thomas More, qui parle de « mobilisation » générale pour renforcer la sécurité aux frontières et à l’intérieur du pays.
En voici trois exemples :
1 – En Côte d’Ivoire, depuis l’électrochoc de l’attentat qui a secoué en 2016 la ville balnéaire de Grand Bassam, de nouvelles attaques n’ont certes pas eu lieu, mais les responsables sécuritaires ivoiriens ont pris conscience que leur pays constitue une cible privilégiée, surtout depuis qu’Abidjan a décidé de porter sa contribution à la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali, NDLR) de 150 à 800 hommes.
Parmi les nombreuses mesures qui ont été prises dans ce pays depuis 2016, il faut citer notamment la mise en place d’un schéma de sécurisation des frontières avec une attention particulière sur les 1 116 km de frontières que la Côte d’Ivoire partage avec le Mali et le Burkina Faso. Cela n’a pas empêché des commandos terroristes de préparer des attentats, déjoués jusqu’ici à temps grâce à la coopération avec le service de renseignements français. Le gouvernement ivoirien organise également à intervalles réguliers des exercices de simulation d’attaque pour sensibiliser la population aux menaces.
2 – Pour le Sénégal, « la mobilisation se traduit par une concentration des forces pour une meilleure coordination face à la menace terroriste », explique le colonel Adama Anta Guèye, directeur du Centre des Hautes Études de Défense et de Sécurité (CHEDS), basé à Dakar. « Nos pays sont en état d’alerte depuis plusieurs années », affirme le colonel.
Selon ce dernier, le dispositif sécuritaire sénégalais compte trois volets : premier volet, création d’une Délégation aux renseignements placée sous la présidence et qui réunit tous les services de renseignement de l’État; second volet, lancement d’une cellule d’intervention et de coordination interministérielle des opérations de lutte antiterroriste (CICO) placée sous l’égide du ministre de l’Intérieur et chargée de coordonner l’action des services de gendarmerie, la police et les sapeurs-pompiers en cas d’attaque, et, dernier volet, la formation de forces spéciales composées de meilleurs éléments de l’armée afin de neutraliser les agresseurs. « Dans sa lutte contre le terrorisme, poursuit le colonel Guèye, le Sénégal mise aussi beaucoup sur la cybersécurité. Le pays s’est doté d’une division spéciale dépendant de la police judiciaire en vue de traquer les jihadistes et les criminels qui passent par Internet pour propager leurs messages de haine et de violence. »
3 – Le Ghana a, pour sa part, renforcé la sécurité sur les différentes zones menacées d’attaques terroristes, en particulier dans le nord de son territoire. Les autorités craignent que les églises qui sont nombreuses dans cette région ne soient vandalisées par les islamistes, en cas d’attaques. Ce pays qui a la réputation d’être un État stable et bien organisé avait donné la preuve de sa réactivité légendaire dans des contextes de crise en commandant, dès le lendemain de l’attaque de Grand Bassam, un rapport sur l’état des menaces terroristes auprès de son Conseil national de sécurité, raconte Antonin Tisseron dans sa note d’analyse. Ce rapport indiquait, noir sur blanc, que « le Ghana et le Togo sont les prochaines cibles après les attaques au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire ».
C’est sans doute cet avertissement qui a conduit les autorités ghanéennes à lancer dès 2017 un nouveau mécanisme de coopération régionale, baptisé « l’initiative d’Accra », réunissant les pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest, en plus le Burkina. L’initiative Accra se veut tout d’abord un cadre de concertation et d’échange de renseignements entre les pays membres, mais elle a également mené des opérations militaires dans la région.
Financée exclusivement par les États membres, l’Initiative d’Accra, saura-t-elle être cette « réponse africaine » (Pierre Buyoya) au terrorisme islamiste que les leaders du continent appellent de tous leurs vœux ? Rien ne garantit que cela suffise pour contenir l’avancée implacable des jihadistes qui en l’espace de quelques années ont glissé du nord Mali vers le centre du pays puis au Burkina Faso, jouant des frontières et des armées autrement plus puissantes que les forces réunies des petits pays du golfe de Guinée.
Tirthankar Chanda / RFI

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12 réponses

  1. stephane dit :

    La religion à le dos large ca ressemble plus à de grosses racailles

  2. Beatrice BRUN dit :

    Allez sur FACEBOOK, et vous lirez très régulièrement des commentaires, soit en Français mal écrit, soit des commentaires en wolof remplis de haine et de violence à l’encontre des Français.
    Et très récemment, un groupe de blogueurs (de Senegalblackrainbow) qui défendent bec et ongles la LIBERTÉ a reçu des menaces. ❗👹

  3. La lutte contre la pauvreté et l’analphabétisme sont les seules armes qui éviteront qu’à terme l’Islam radical ne viennent gangréner le Sénégal. Mise entre les mains d’ignorants, la religion est une arme redoutable, l’Europe en sait quelque chose. Alors on se demande pourquoi on voit partout fleurir les mosquées et pas les écoles. Nous assistons à un maillage de plus en plus serré du pays – prétendument laïc – par les religieux, qui n’augure rien de bon. Mais comme d’habitude et partout dans le monde, les autorités ont trois trains de retard, et ce qui apparaît limpide pour le commun des mortels semble d’une opacité impénétrable pour les gouvernants.
    Toutes ces émissions à la télé sénégalaise qui rassemblent des religieux vêtus comme des prophètes et qui semblent être d’autres messagers de dieu occupent un terrain qui devrait plutôt être dévolu à la science, à la culture, à l’ouverture, aux arts, au monde moderne. Au contraire, les outils les plus modernes servent à la propagations des idées les plus rétrogrades. Le monde est bien tordu…

  4. Ndiaye dit :

    encore un qui mélange tout par simplisme d’esprit. la republique islamique ne mauritanie membre du g5 sahel combat farouchement le radicalisme religieux

    • issa gibb dit :

      Stop aussi à ton simplisme d’esprit !
      Le G5 Sahel est une coquille vide, malgré les 5 pays qui la compose, dont la Mauritanie…
      Ils existent sur le papier, mais ils sont inactifs, en panne et en manques de tout, faute du soutien de leurs propres gouvernements et ils ne combattent pas farouchement le radicalisme religieux issu de Daesh ou de l’EI… C’est du degré zéro reconnu par toute la Communauté Internationale… du Vent !
      Je dirais plutôt que la République Islamique de Mauritanie combat l’autre radicalisme religieux pour mieux infliger son radicalisme religieux à son peuple : Faire croire au peuple que les autres sont pires pour mieux justifier sa dictature islamique… Cette pratique est très souvent appliquée dans les pays arabes qui se croient toujours des grandes démocraties comme tout le monde le sait ???
      Même, Yaya Jammeh en Gambie, en déclarant son pays, République Islamique de Gambie, a choisi ce grand procédé démocratique où la Religion est Loi… Loi Islamique toujours supérieure aux autres pays islamiques puisque il n’y a aucun chef, leader, guide (Pape ou Pope) dans la Religion Islamique et que chacun , y fait ce qu’il veut et s’en sert à sa guise pour gouverner, épurer, assassiner, etc…
      Non, Non, pas d’accord avec toi, Ndiaye ! … Tu déconnes encore !

  5. Beatrice BRUN dit :

    J’ai le sentiment, ayant souvent discuté avec mes voisins Mauritaniens à Niakh Niakhal que le Président actuel de la MAURITANIE dans la lignée de Mr AZIZ, combat farouchement le terrorisme.
    C’est un tres beau pays qui mérite d’être visité.
    Concernant l’esclavagisme d’enfants, ISSA, qu’en est il précisément en Mauritanie ?
    Nous n’entendons pas grand chose.
    Les Médias, peuvent ils publier Librement ?

    • Galips dit :

      C’est de la concurrence entre islamistes.

    • issa gibb dit :

      Les Talibés en Mauritanie ??? Je connais très peu la Mauritanie, mais je vous direz : Pareil qu’au Sénégal, dans leurs écoles coraniques mauritaniennes, avec les mêmes tares, pratiques et abus… On ne change pas un business de la foi qui ramène du fric sur le dos d’enfants, avec le Sénégal en exemple… L’abject s’y développe donc, doucement… Mais en moins grand nombre (je n’ai pas de chiffres) et plus caché, car le pays est plus fermé et plus dangereux, donc moins visité et connu…
      Puis, il y a eu l’assassinat de 2 touristes français, un père et son fils, suivis et assassinés après avoir été vu à un guichet bancaire pour leur voler les quelques billets retirés… Ce qui a jeté un sacré boulet dans la mare du tourisme en Mauritanie… Je ne sais pas si il n’est pas encore décrété touristiquement, pays en zone rouge par la France, comme l’Algérie, l’Iran, L’Afghanistan, le Yémen ou la Somalie…
      Le régime Mauritanien est une dictature islamique douce qui combat simplement les autres dictatures islamistes plus rigoristes pour justifier la sienne et surtout ne pas perdre le pouvoir face aux extrémistes…
      Il faut savoir aussi que les relations Mauritanie-Sénégal sont tendues au sujet des gisements de pétrole et de gaz, ainsi que les zones de pêches : De nombreux pêcheurs sénégalais finissent dans les prisons mauritaniennes pour être aller pêcher dans les eaux territoriales mauritaniennes, faute de poissons dans les eaux territoriales sénégalais, disparus par la surpêche des tankers étrangers (russes et chinois) avec la bénédiction des dirigeants successifs sénégalais contre de grosses enveloppes… Pas pour le peuple !

      Autre exemple, l’abject trafic des Talibés se développe au Mali, on estime qu’il y a entre 8 000 à 10 000 Enfants Talibés Esclaves Mendiants à Bamako, la capitale Malienne… Alors qu’il y a plus de 60 000 Enfants Talibés Esclaves Mendiants exploités dans 1 800 écoles coraniques, rien qu’à Dakar et sa banlieue, pour se faire une idée. Là, j’ai des chiffres…
      Et Interpol a arrêté une mère maquerelle malienne en 2017, à la tête d’un réseau de trafic d’enfants maliens pour les écoles coraniques sénégalaises, ainsi que ses passeurs… Tandis que les marabouts sénégalais auxquels ses enfants maliens étaient destinés pour en faire des esclaves dans la mendicité forcée au Sénégal, n’ont jamais été inquiétés ???
      Cordialement à vous,

  6. Ndiaye dit :

    « les relations Mauritanie-Sénégal sont tendues au sujet des gisements de pétrole et de gaz,.. »
    Encore une grosse connerie sortie tout droit de l’imaginaire fécond de son prolifique auteur…
    des sources fiables (pour une fois) ?

  7. Ndiaye dit :

    pas de sources ??? connerie confirmée comme d’hab..

  8. Beatrice BRUN dit :

    Ndiaye
    On est bien d’accord.
    Il n’y a que les innocents et les simples d’esprit résidents Étrangers, qui ne réfléchissent pas à cette menace très inquiétante.
    C’est désopilant, du reste ! 🤔🤔🤔

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