INONDATIONS: UN CHAOS ÉVITABLE

Inondations catastrophiques au Sénégal : analyse des défis et prospectives d’une urbanisation chaotique

Depuis leur créations jusqu’à maintenant, les villes africaines en particuliers au Sénégal sont toujours confrontées aux problèmes diverses d’assainissement, d’hygiène publique, de l’eau et de gestion de l’espace. Les politiques publiques en matière d’urbanisme ont toujours achoppé et d’autres facteurs liés aux dérèglements climatiques entrent en considération du chaos urbain…..
Le développement des villes du Sénégal évolue sauvagement suivant un rayonnage en cercles concentriques allant du centre-ville aux périphéries puis le long des axes routiers d’où sa considération d’urbanisation rampante. Cette expansion de la ville exige des services d’assainissement tels que les systèmes de drainage, d’évacuation des eaux, des déchets, de services d’incendie entre autres mais leurs déficiences ont conduit aux à la détérioration des conditions d’existence de leurs habitants.
Contexte chaotique et gestion improviste de l’urbanisme
La gouvernance étatique ainsi que celles de la plupart des petits Etats insulaires en développement (PIED) est obnubilée par le syndrome du développement économique. Ce qui peut expliquer en parti le bradage foncier lié à l’occupation irrégulière de l’espace dans les grandes métropoles du pays. L’implantation de certaines firmes, de certaines infrastructures et de grands travaux d’envergures sans études approfondie au préalable, sans planification, et l’absence ou l’irrégularité des aménagements urbains sont également un autre fondement des facteurs de stagnation qui ont conduit aux inondations. Les pluies diluviennes de cette année – devenues une catastrophe naturelle – sont justement une manifestation normale de la saison pluviale débutant à une période plus ou moins inattendue et se déroulant pour une durée et une intensité inhabituelles sur des villes non assainies et des populations dépassées. Cependant la gestion du foncier, la surpopulation, l’assainissement, la planification urbaine, l’aménagement et la gestion publique des liens logiques et inter connexes explicitent la gravité et la complexité des inondations, l’insalubrité ainsi que la pollution et de toutes ses conséquences.
L’implantation du Train Express Régional peut illustrer la modification de la configuration spatiale ayant entrainé des conséquences drastiques qui ont conduit à l’inondation de certains quartiers de Dakar. Ce qui remet en cause la prise en compte de certaines composantes topographique, géographique essentielles à l’équilibre du milieu.
En plus des réseaux de canalisation saturés par l’ignorance et l’indiscipline des populations qui en font usage de déversements de déchets de toutes sortes, des parcours et routes bitumés, d’un schéma d’évacuation caduc et des sols imperméables ont conduit à la stagnation des eaux et à leur pollution.
En quoi consiste le charme particulier des grosses infrastructures de luxe utopique dites structurantes accentuant le chaos urbain ? L’absence de lignes directrices de zonage élaborées dans un plan d’urbanisation paradoxalement au contexte de territorialisation des politiques publiques de l’Etat, laissent le hasard dicter ses lois comme bon lui semble.
Le développement économique divergent et l’émergence calquée sur un modèle occidental ne répondant pas au contexte national, sont devenus plus que jamais les termes à la mode et même une obsession pour les régimes politiques successifs. Il n’existe malheureusement nul critère pour régir ces concepts mais à noter qu’il y a une grande différence entre le bon développement et le mauvais développement. C’est un concept tellement équivoque par rapport à l’usage qui en est fait et la réalité que reflète l’image actuelle de la capitale du Sénégal dans les eaux. Les inondations de la banlieue dakaroise nous laissent perplexes sur les programmes de développement des villes du Sénégal.
Les collectivités et les populations qui voient dans notre modèle économique développement la solution miracle pour créer des emplois et améliorer les finances publiques et locales échouent toujours en matière de stratégies. L’urbanisme demande une approche générale englobant l’écologie, la sociologie, engineering, la géographie, la topographie, la gestion publique par l’efficience et la transparence entre autres. Jusqu’à là les politiques de l’urbanisation toujours déroulées de manière parcellaires et discriminatoires ont conduit à ces résultats mitigés.
Notre vision de l’évolution étiquetée émergence n’est pas forcement de bonne gouvernance ou de bonne croissance économique du fait de ses règles de planification et de gestion souvent en porte à faux.
Une mesure d’aménagement en matière d’utilisation des sols n’est cohérente que si elle est conforme avec le schéma directeur qui régit l’utilisation, la densité ou l’intensité d’occupation des sols. L’échec de ce socle très important de la politique de l’urbanisation dans ce pays est le levier du chaos social et urbain de Dakar. La véritable raison d’être des municipalités réside dans leur capacité d’assurer les services urbains d’assainissement, de prévention de protection et d’intervention de manière plus efficace et viable. Malheureusement 75 à 90 % des dépenses publiques pour ces titres sont souvent non soumis à une analyse rigoureuse prouvant leur véritable nécessité et établissant avec certitude leur inscription dans un plan d’ensemble à long terme.
L’expérience des inondations répétitives nous apprend que nos politiciens préfèrent attendre que les crises éclatent pour régir plutôt que d’anticiper les décisions. En réagissant face à une crise, ils savent en effet qu’ils peuvent obtenir l’adhésion populaire alors en attirant l’attention du public en perspectives de futures élections. Ceci met en contradiction l’un des objectifs permanents de la planification urbaine qui est d’anticiper les besoins en équipements collectifs et d’établir un programme judicieux pour y répondre. Tel devra être précisément le rôle des programmes d’investissements intégrés, dans le schéma directeur, accompagné d’un plan de financement.
Tous les projets et programmes intervenant ou modifiant la planification doivent prendre en compte l’avis et les recommandations d’une commission d’urbanisme mise en effet. Celle-ci analysera le développement urbain, son évolution démographique, les facteurs économiques et de la capacité financière de la municipalité d’assurer de nouvelles charges.
Pour mener à bien l’urbanisation, Ces urbanistes doivent être aussi capables de comprendre la mentalité des populations, de négocier avec elles et d’accepter les frustrations tout en restant fidèle à certains principes, ils doivent également assimiler l’art de la politique, sans pour autant devenir des politiciens.
Analyse prospective de l’état des villes
Les inondations dans les villes du Sénégal à cause des pluies diluviennes se caractérisent de plusieurs facteurs. En raison de leurs tailles et de leurs situations géographiques, les villes du Sénégal sont particulièrement vulnérables aux dérèglements du climat. Le problème de Dakar est particulièrement lié à son statut de poumon économique géo stratégiquement bien situé à la pointe occidentale de l’Afrique de l’ouest. La définition de la Ville en dit long sur tout ce qui doit l’accompagner dans le but de planifier et d’assainir, sans quoi dysfonctionnement et conséquences ne tardent à se manifester.
Les villes se développent sous la triple influence de leur taux naturel de croissance de l’exode rural, et de l’immigration des étrangers. La capitale du Sénégal véhicule une image très avantageuse des conditions de vie et un défaut de planification et d’aménagement urbains conjugués à la forte densité de sa population galopante qui en font aujourd’hui de grands problèmes. C’est une zone industrielle qui bénéficie davantage des efforts de complémentarité et un espace indispensable à leurs activités au détriment des populations le plus souvent victimes des rejets par défaut de drainage et d’évacuations en plus de leurs rejets, à leurs effets nocifs sur la santé publique et une mitigation totale de politique de responsabilité sociale. Cette situation est venue se greffer aux pluies diluviennes de cette année pour s’aggraver en inondations. Cependant les causes ne relèvent pourtant pas du changement /dérèglement climatique.
Les périphéries les plus sinistrées sont dans la banlieue de Dakar qui symbolise une urbanisation sauvage. Dans ce cadre, les conditions d’existence sont marquées par le sous-emploi, le chômage et une grande difficulté d’accès aux systèmes d’assainissement et des infrastructures urbaines performantes tels que les autoroutes, le circuit du Train Express Régional. Les rejets diverses et des eaux sur les endroits habités et des zones de cuvettes ont rendu précaires les conditions d’habitats des riverains.
A un niveau quasi général, le Sénégal présente un réseau urbain excessivement déséquilibré qui fait de la capitale, une zone de concentration de population et d’équipements sans aucune mesure avec le reste du pays. Ce phénomène est favorisé par la polarisation du réseau commercial sur la capitale, la rendant mieux achalandé que le reste du pays, et par un pouvoir centralisé qui y regroupe tous les centres de décision et les avantages sociaux en incongruence à la territorialisation des politiques publiques.
La démographie de la capitale du Sénégal est confrontée à plusieurs défis contradictoires. Comment une ville dont la densité est sursaturée obtient-il un niveau de population compatible avec les exigences d’une échelle industrielle moderne ? La croissance du courant migratoire urbain absorbe toutes les améliorations des équipements socioculturels pendant que les campagnes confrontées à la production pour nourrir le pays sont laissées à la rade et se vident sans avoir été suffisamment dotées.
La prise en compte du changement climatique dans la planification urbaine et les politiques de développement doit pousser l’Etat du Sénégal à créer et accélérer la Résilience des Villes par l’augmentation des financements de la résilience urbaine conformément aux directives de la Banque Mondiale pour les petits Etats insulaires en développement(PIED). Il favorisera la facilitation de services techniques et financiers à plus long termes, plus complets et multidisciplinaires en lieu et place d’une approche monotone et inefficiente de la résilience urbaine axée sur les projets et programmes isolés.
Les enjeux écologiques et sociologiques sont impératifs à la planification urbaine et malheureusement ils sont laissés en marge des projets et programmes urbains tendant à la résilience. La notion et le concept de construction écologique ou éco construction est absente dans les villes et les rares initiatives qui font jours se retrouvent dans des programmes privés ou d’organismes non gouvernementaux à l’état de projet comme celui de la Croix Rouge Sénégalaise en partenariat avec la Croix Rouge Luxembourgeoise dans le département de Dagana. La construction écologique offre un potentiel énorme pour les bailleurs de fonds, les pouvoirs publics, les promoteurs et les propriétaires immobiliers s’il est mis en valeur par l’Etat pour rendre les villes secondaires du Sénégal résilientes face aux aléas climatiques.
L’attrait de ces dernières constitue un coup de pouce au gouvernant en question pour atteindre les buts visés dans ce secteur dont le marché est inexploité. Pour l’application et la pérennisation de l’innovation écologique dans la construction, des mesures réglementaires doivent être mises au point par les pouvoirs publics pour accroitre la demande de constructions respectueuses de l’environnement.
L’absence d’une bonne évaluation des risques climatiques et de catastrophes a contribué à l’aggravation des inondations de la capitale sénégalaise particulièrement et des villes secondaires. L’évaluation des risques climatiques et de catastrophes tout en permettant d’assurer un renforcement de la résilience locale, se traduit d’abord par la construction et le développement de réseaux de canalisations performants et d’un bon système d’hygiène et d’assainissement.
L’adaptation aux effets des dérèglements climatiques ; des capacités à améliorer
Le changement climatique compromet tous les efforts et les résultats en matière de développement des pays en besoin de croissance économique et durable. Les budgets investis à des milliards dans les catastrophes naturelles coutent chers à cet Etat déjà très endetté, ce qui lui oblige à procéder à des stratégies de rectification des projets de loi par la réduction ou la récupération de certaines lignes de crédit essentielles à la vie de la nation. Les dégâts causés par les eaux et les infrastructures de transport, et de productions diverses endommagées vont couter des Milliards provoquant des perturbations chez les populations impactées et par là même accentuer les inégalités et la pauvreté.
Les dérèglements climatiques exacerbés par le changement climatique sont responsables des conditions météorologiques inhabituelles mais les pluies diluviennes du Sénégal ne s’inscrivent pas dans ce cadre puisque se manifestant dans l’intervalle de la saison pluviale. Il est à souligner que les dégâts occasionnés sont imputables à la gouvernance politique et Administrative chargée de mettre sur pied les politiques de planification urbaine et de toutes les infrastructures qui l’accompagnent. Dans l’urgence, des mesures immédiates s’imposent pour éviter le basculement de millions de personnes dans la précarité et l’apparition de maladies émergentes causées par la pollution des eaux stagnantes et des matières fécales libérées à cette occasion.
Vers l’action climatique
L’action climatique devient essentielle pour une bonne politique de développement économique et social. Le Sénégal doit beaucoup investir pour des infrastructures résilientes et faire face aux catastrophes à défaut de quoi les dépenses d’urgences ou de réparation risquent d’être couteuses.
La météorologie doit prendre une place de premier plan pour les préventions et prévisions climatiques .L’Action climatique est devenu le principal facteur de développement durable. Ceci étant fait, des bénéfices seront gagnés à travers la qualité de l’air et de l’eau, des villes résilientes et des systèmes alimentaires et agricoles durables. Pour faire face aux chocs climatiques, le Sénégal doit investir pour la généralisation des cultures et technologies pour promouvoir des villes intelligentes et résilientes. De ce fait, les revenus augmenteront et pour ainsi améliorer les conditions d’existence.
Une gestion des risques et catastrophes défaillantes
La croissance démographique et l’urbanisation démesurée, les aléas climatiques font augmenter les risques de catastrophes, comme ce qui se passe aujourd’hui à Dakar et dans les autres capitales régionales du Sénégal. Cette tendance peut être inversée en intégrant la gestion des risques de catastrophes dans la planification de l’urbanisation. Ce qui est déjà fait avec le Plan National de Contingence de l’Etat du Sénégal pour faire face aux inondations dont le fameux Plan ORSEC constitue le dispositif opérationnel. Mais on note des insuffisances liée aux manques d’équipements et d’opérabilités.
Les populations très pauvres et vulnérables constituent les couches les plus affectées par les effets des inondations et du dérèglement climatique à cause des raisons diverses dont la précarité des habitations, un défaut de lotissement ne pouvant permettre un plan d’évacuation en cas de calamités ou d’interventions d’urgences. De telles configurations conditionnent un réseau électrique délétère aggravant une situation extrême limite qui illustre la mort par électrocution d’un secouriste de la Croix Rouge au cours d’une opération d’extraction de victimes dans les eaux à Rufisque (Dakar).
Les processus de réhabilitation ou de de reconstruction après plusieurs décennies suite à des inondations et catastrophes répétées n’ont abouti qu’à des résultats mitigés en raison des insuffisances et failles de bonne gestion. Ce qui explique la résurgence des inondations caractérisant la complexité du problème des conditions et moyens d’existence des populations urbaines.
La prévention et gestion des risques de catastrophes
Conformément à la politique de la Banque Mondiale, le Sénégal à l’instar des Etats de l’Afrique subsaharienne doit faire de l’adaptation au changement climatique et de la résilience, un axe d’engagement prioritaire, dans ses plans stratégiques de développement en promouvant l’investissement dans la recherche/action. L’Etat doit valoriser les disciplines tels que la météorologie, l’écologie, le développement durable dans la formation des personnels et hauts cadre de l’Administration et occuper une position transversale dans l’enseignement supérieur.
L’aménagement du territoire doit tenir en compte la configuration des écosystèmes, les plans d’occupation des sols doivent être au cœur des stratégies d’adaptation pour faire de la résilience urbaine un axe rapide pour mener vers par des villes intelligentes. Sur ce, beaucoup est à refaire surtout en ce qui concerne la gestion foncière. Des permis de construire et des terrains viabilisés dans des zones non habitables sont souvent accordés sans études préalables face à la forte pression démographique pour des retombées économiques. Une bonne planification devrait procéder tous les programmes tendant à l’expansion ou à la modification d’un milieu urbain.
Perspectives et Conclusion
Le gouvernement doit mettre en place et de façon opérationnelle, un programme d’urgence qui permettra de renforcer la résilience et la protection des villes en particulier côtières, comme Dakar, Saint Louis contre les aléas climatiques. Les systèmes de drainage ou d’évacuation des eaux pluviales doivent être créés et réhabilités. Des installations de stations de prévention des inondations doivent venir renforcer les stations météorologiques. De grands bassins de rétention d’eau doivent être également aménagés dans les périphéries urbaines pour permettre la réutilisation pour l’agriculture périurbaine et ainsi contribuer à la sécurité alimentaire.
En perspectives de rendre nos villes intelligentes c’est-à-dire des villes dotées de capacités de planifier et d’atténuer l’incidence négative des catastrophes naturelles quelconque, l’Etat doit réaménager et réajuster les systèmes d’assainissement mis en place ou en projet pour éviter de futures désagréments liés aux méfaits du changements climatique. Par ce fait, des vies seront sauvées, des pertes seront évitées et le potentiel économique et social sera valorisé.
Younous Seydou Kane Younous Seydou Kane / ECOLOGISTE/ HUMANITAIRE/ CROIX ROUGE / notre-planete.info

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1 réponse

  1. Benjamin dit :

    A lire ces lignes, on peut en convenir ou non, le Sénégal est un pot pourrit de mauvaise gestion. Alors allons voir dans le monde (www.catnat.net) tous ces pays mal gérés et surtout adressons nous à Dame Nature qui n’y est pour rien !

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