NOUVEAU SCANDALE DANS LE SALOUM

Massacre à Djilor Djidiack

La plage de Djilor Djidiack massacrée par un projet inutile, coûteux, et contraire à la loi !
Notre journaliste venu enquêter sur les problèmes de rupture d’approvisionnement d’eau dans la région des Îles du Saloum s’est promené sur la plage de Djilor Djidiack. A sa grande surprise, il a été témoin d’un massacre environnemental cautionné, semble-t-il, par toutes les autorités locales. Nous vous livrons ici le fruit d’une difficile enquête dans un village où le silence est roi.
Les millions jetés par la fenêtre semblent devenir une pratique courante au Sénégal. Tout le monde connaît ce dicton qui définit les aides internationales : « prendre l’argent des pauvres des pays riches pour le distribuer aux riches des pays pauvres ». Au Sénégal, pays qui se veut exemplaire, les vieux principes de détournement de l’aide internationale ont encore la peau dure : on dépose un projet inutile, on recueille les fonds, on commence par se servir et on bâcle les travaux. Ainsi, on se demande à quoi servent la gare routière de Fimela, abandonnée dès la fin de sa construction, ou le village artisanal de Ndangane, envahi par les herbes avant même d’avoir été terminé. Il faut dire que tous deux sont situés dans des endroits si éloignés qu’ils défient le bon sens : dans la brousse, à des kilomètres du centre-ville, là où personne n’ira jamais avant des années. Se pourrait-il qu’une opération purement spéculative ait justifié ces choix ?…
Il y a trois ans, une digue anti-sel de plusieurs kilomètres de long à Djilor Djidiack a nécessité près d’une année de travaux et coûté sans doute une fortune, largement plus de cent millions de francs cfa a-t-on avancé à l’époque. Le hic, c’est qu’elle ne sert absolument à rien, la zone n’étant pas mise en culture, à l’exception peut-être d’un ou deux minuscules jardins privés où l’on cultivait aussi bien avant la digue qu’après son édification.
Le bruit court que ce seraient des capitaux indiens, car chez eux les digues anti-sel permettent de cultiver des sols trop salés et sont d’une réelle utilité. Mais à Djilor Djidiack, je vous le demande ? On raconte que des intermédiaires véreux sillonneraient les pays pauvres en quête de projets à financer, peu importe leur utilité : tout ce qui compte c’est de faire croire qu’il y a un besoin pressant, de faire présenter le dossier par des édiles corrompus et d’empocher des commissions. C’est ainsi que la générosité internationale qui devrait profiter au plus grand nombre finit dans la poche que quelques élus. Mais ce ne sont là que des suppositions, bien sûr, chacun se forgera son opinion sur la pertinence de ces constructions inutiles ou abandonnées avant même d’avoir servi.
Aujourd’hui il est question de l’édification d’un mur et d’un remblai contre la montée des eaux, lequel doit barrer tout le front de mer sur la plage de Djilor Djidiack. C’est un projet, semble-t-il, financé par les mêmes indiens. Un projet qui s’est fait sans aucune consultation préalable de la population, sans aucune étude au niveau de l’impact environnemental, et en totale contravention avec la loi qui interdit toute construction pérenne sur le domaine fluvial.
Il s’agit de construire, partie sur la plage, partie dans l’eau, un mur de plus de cinq cents mètres de long et d’un mètre de haut, entre un hôtel en construction (en plein domaine fluvial, au vu et au su des autorités !) et le village de Djilor Djidiack, lieu de naissance de feu le président Senghor. Un remblai doit niveler le sol, ce qui revient à dire que la plage se transformera en quai. Quelques mètres ont déjà été édifiés à la sauvette et les instigateurs du projet ont même répandu le bruit que le Gouverneur viendrait assister à la pose de la première pierre. Cette façon malicieuse de crédibiliser un projet hors la loi prouve que l’opération est montée avec beaucoup de soin pour pouvoir passer en force. Nos lecteurs attendent désormais avec impatience de connaître la position officielle du Gouverneur de la province et qu’il confirme son implication dans ce projet insensé.
La baie de Djilor Djidiack est inscrite au club très fermé des cent plus belles baies du monde, et tous ceux qui se sont promenés sur cette plage au charme unique pourront attester du bien fondé de cette distinction.
Les adversaires du projet font remarquer que le danger potentiel lié à la montée des eaux est prévu dans quatre-vingts ans seulement et que le mur est prématuré. Et que si l’on ne ceinture pas complètement le village, ce mur ne sera d’aucune utilité si les eaux montent un jour, d’ici-là le cours du fleuve se sera sans doute modifié. Ils ajoutent que construire dans l’eau de mer, sur le sable, nécessite des études par des cabinets spécialisés et une technique de pointe, ce qui ne sera pas le cas, puisque, on le devine, la solidité ou la pérennité du mur ne sont pas au rang des préoccupations. Lorsque, d’une façon prévisible, le mur se sera effondré d’ici cinq ou six ans tout au plus, la plage de Djilor ressemblera à un amas de blocs de béton d’où dépasseront de dangereux ferraillages qui interdiront totalement l’accès à la baignade. L’exemple en a été déjà donné à Saint-Louis sur une plage où un même projet a fini de cette même manière, au grand dam de tous les riverains. On apprend que même les toutes nouvelles digues de la Nouvelle-Orléans ne tiennent pas, alors imaginez la catastrophe environnementale prévisible à Djilor Djidiack, avec des maçons locaux qui dosent le ciment au minimum…
D’autres font remarquer que la répercussion sur l’écoulement des eaux pluviales sera catastrophique pour le village, et que le système de clapets envisagé ne peut pas fonctionner. « Ce n’est que de la poudre aux yeux », disent-ils, « et s’il fallait encore le démontrer, cela prouve que nous sommes dans l’amateurisme le plus total ».
Un pêcheur interrogé se demande de quelle façon il pourra tirer sa pirogue au sec. « On nous parle de rampes, mais alors la plage va être découpée en sections, il faudra monter des murs pour sécuriser le bord des rampes et on ne pourra plus s’y promener » se lamente-t-il. « Ce sera laid : les touristes fuiront l’endroit et on ne fera plus de ballades en pirogues ». D’autres, plus pessimistes ou sans doute plus réalistes, affirment que tout ce remblai n’est qu’une première étape pour vendre ensuite les terrains du bord de mer qui appartiennent au village, qui deviendront désormais « constructibles » malgré leur emplacement dans le domaine fluvial. Le prix des terrains du bord de mer a décuplé en dix ans.
Quelques voix s’élèvent pour dire qu’à Djilor ceux qui n’ont pas été achetés craignent les représailles. « Ici c’est le Far-Ouest, les lois n’existent pas » s’émeut un expatrié de passage dans la localité. Et d’ajouter : « cela remonte au temps du Président Senghor qui réglait tout depuis Dakar par-dessus la tête de tout le monde, à la différence que Senghor ne travaillait pas à la ruine du village ».
Quelle que soit la façon dont on envisage ce projet, il ne présente que des désavantages pour la population, qui se plaint que les crédits n’aient pas été plutôt affectés à la construction d’un château d’eau ou d’une citerne, ou encore d’un ponton pour embarquer les touristes dans les pirogues. « il y aurait tant de choses utiles à faire, se désespère un retraité ».
Il est difficile pour le moment de dire ce qui sera, mais s’il est une chose de sûre, c’est qu’un tel projet ne peut pas être décidé au niveau d’un village. Un groupe de jeunes s’insurge : « Il faut une étude environnementale, une dérogation pour construire sur le domaine fluvial, ce qui est strictement interdit, une enquête d’utilité publique avec consultation des citoyens en mairie, une transparence sur les entreprises, les moyens techniques utilisés, les devis, le flux des capitaux… Dans une zone écotouristique de première importance, c’est un dossier qui doit être géré au niveau des ministères. C’est l’avenir de nos enfants qui est en jeu, l’état doit intervenir ! ».
Djilor Djidiack est souvent surnommée la perle du Saloum. Le tourisme représente le seul avenir du village. Doit-on laisser construire un mur qui va défigurer à jamais le site ? Peut-on laisser bétonner la plage en contravention avec toutes les règles fondamentales de l’urbanisme, de l’écologie, de l’environnement, et du simple bon sens ? Peut-on laisser quelques intérêts particuliers endommager de façon irrémédiable un site unique dans la région ?
« L’état doit prendre ses responsabilités. Il y a trop de besoins dans la zone pour que l’argent soit jeté par les fenêtres. Nous en appelons aux autorités pour faire cesser immédiatement ces travaux, lesquels ne pourront se poursuivre qu’avec l’assentiment de la population et des autorités compétentes, après avoir fait une étude approfondie de leur pertinence, de leur urgence et de leur conformité avec les textes et lois en vigueur au Sénégal. Il faut faire appel à des spécialistes qualifiés, ce n’est pas un travail pour amateurs ».
Voilà le message désespéré que de nombreux villageois expriment sous le couvert de l’anonymat, sachant qu’il ne faut rien espérer au niveau local où le silence des premiers antagonistes a déjà été acheté et où les autorités sont d’une indifférence pour le moins suspecte. Faire parler les gens n’est pas facile à Djilor même, où toutes les familles sont liées et pratiquent la loi du silence nous rapporte notre journaliste. Les dakarois sont plus bavards, ils ne craignent ni l’opprobre ni les règlements de comptes, ce sont eux qui feront bouger les choses.
La véritable question est de savoir si quelques élus peuvent bafouer le droit à ce point-là et si l’on peut dépenser l’aide internationale sans avoir à rendre de comptes à l’état. A quoi bon les milliards investis dans le tourisme si les acteurs locaux se comportent comme dans une république bananière ?
Si ce mur sur la plage de Djilor représente déjà un mur de la honte pour les autorités locales, qu’en sera-t-il au niveau national ? Affaire à suivre…
Lyncée/Libération

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5 réponses

  1. BRUN Béatrice dit :

    Ça paraît évident que le PLU ( plan local d’urbanisme sera modifié et que les terrains bord de mer se vendront à prix d’or, mais des histoires comme celle là, il y en partout dans le Monde.

    Aux collectifs de citoyens, bardés d’avocats compétents , de réagir.
    Les Dakarois, la Diaspora, (ne pas l’oublier, elle sait ce qu’elle veut….) entreront dans le combat.
    Rien n’est simple dans ce bas monde !

  2. HUYCHE dit :

    UN VILLAGE , ET UNE RÉGION COMPLÈTE, OU LES AUTORITÉS ONT BRADE LES SERVICES DE L ‘EAU AU SEOH , ET OU DEPUIS DES MOIS L ‘EAU NE COULE PLUS DANS LES CANALISATIONS. MAIS LA , LA NONCHALANCE , LA MAGOUILLE ET ET LE INCH ALLAH LOCAL FONT QUE RIEN NE BOUGE ET RIEN NE SE DIT. ICI TOUT N’EST QU’ARNAQUE ET MAGOUILLES;

  3. Alain dit :

    et encore une fois un lieu qui sera dépourvu de touristes…. il y a des histoires comme ça au Sénégal pratiquement tous les jours.. Ne venez plus vous plaindre qu’il n’y a plus de touristes… C’est une honte pour votre pays…. Mais quand allez vous réagir enfin???? c’est déjà irréversible mais il vous faut quoi de plus encore? ouvrez enfin les yeux…

  4. Tex dit :

    Y a toujours il un pilote dans l’avion ? Ou un maire qui peut faire autre chose que se remplir les poches avec les mutations ?

  5. Réginald Groux dit :

    La question n’est pas tant de savoir si le mur sera utile ou pas, bien que la réponse soit évidente, mais plutôt de savoir quel est le cadre légal de ce projet. A la lecture de l’article, il semble que l’on puisse faire n’importe quoi en toute impunité. Il est à craindre que toute la région du Saloum ne finisse en mur de béton. Ce bâtiment de deux étages en construction sur le domaine fluvial dont il est question en est un prémisse. Construit sur le sable mou de la plage, il a commencé à pencher vers la mer avant même d’être terminé. Un gros amas de parpaings et de ferrailles en prévision d’ici quelques années, que personne ne viendra débarrasser, évidemment. Mais que fait l’urbanisme ? Si quelqu’un a délivré un permis de construire, il faut le jeter en prison, et si ce n’est pas le cas, il faut faire démolir ce bâtiment qui est illégal et, à terme, dangereux…

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