SYLVIE, 18 ANS, FEMINISTE DE BROUSSE

Au Sénégal, Sylvie, 18 ans, féministe de brousse

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Sylvie, 18 ans, sillonne sa ville de Kolda pour sensibiliser les jeunes de son âge sur l’éducation sexuelle et les questions de société.
Dans les quartiers périphériques de Kolda, tout le monde connaît son nom et sa silhouette. Sylvie, la jeune fille qui porte l’ibadou, ce voile ouest-africain qu’elle noue autour de son visage et fixe d’une broche dorée. C’est sa marque de fabrique, son « atout vestimentaire », dit-elle avec un certain sens de la communication.
Sylvie, 18 ans, petit bout de jeune femme de 1,55 m, est la présidente d’un club qui sensibilise les adolescentes aux risques d’une grossesse précoce, d’un mariage forcé, de la déscolarisation et de la dépendance financière qui s’en suivent. Avec son équipe, elle sillonne les venelles poussiéreuses de cette ville de Casamance, dans le sud du Sénégal. Sylvie organise des « causeries » dans ces quartiers de briques et de torchis des banlieues de Kolda, une brousse urbaine trop vite construite pour les nouveaux arrivés de la brousse, justement. Elle fait du porte-à-porte et, pour se faire accepter, a d’abord dû se faire remarquer. « Il faut que les gens nous reconnaissent et sachent à qui s’adresser quand ils ont des questions de SSRAJ », dit-elle. Comprendre : des questions sur la santé sexuelle et reproductive des jeunes et des adolescents. « A nous ensuite de les conseiller ou de les aiguiller vers les structures qui les prendront en charge. »
Sujets sensibles
Mais qu’est-ce qui fait courir Sylvie ? « Très tôt je me suis rendu compte qu’à Kolda, il y avait beaucoup de grossesses et de mariages précoces, que les mutilations génitales continuaient. Je me suis dit pourquoi ne pas être la fille qui aidera la ville à inverser la tendance ? Je sais bien que je ne pourrai pas éradiquer seule ces fléaux, mais je me suis juré de m’y donner corps et âme. »
À 12 ans, elle va frapper à la porte du centre d’adolescents de Kolda et y rencontre Babacar Sy, le directeur, dont elle deviendra le bras droit. Très vite, il s’attache à cette ado hyperactive, curieuse, qui ne cesse de le questionner sur la santé reproductive. Il la prend sous son aile, la forme, l’emmène dans les quartiers. « Un jour, après une causerie, j’ai dit à l’animateur que la prochaine fois, ce serait moi qui animerai la causerie, dit-elle. La semaine suivante, il m’a prise au mot. J’avais 13 ans, je tremblais, mais j’ai été assez convaincante. Depuis, j’organise mes activités de sensibilisation toute seule. »
Une causerie se déroule ainsi : dans les écoles ou dans les quartiers, à l’ombre d’un baobab, elle invite des adolescents, des adultes, souvent leurs parents, sert le thé, projette parfois un film sur la thématique du jour avant d’engager la discussion sur le bien-fondé des mariages d’enfants, des grossesses précoces ou des mutilations génitales féminines. Des sujets sensibles dans cette région du Sénégal où ces pratiques sont encore fréquentes. A Kolda, une fille sur cinquante est concernée par une grossesse précoce. « Au début, les retours étaient parfois hostiles, se souvient-elle. Certains adultes n’aiment pas que des adolescents remettent en question ces pratiques coutumières ou leur donnent des conseils. Mais nous le faisons toujours avec un grand respect. Cette adversité m’a aussi permis de me forger. »
Que des hommes adultes
L’an dernier, Babacar l’a prise avec lui à la radio pour qu’elle observe son émission sur les mariages précoces. À la fin, étonnée, elle lui demande pourquoi ce sont des hommes adultes qui débattent de problèmes qui concernent les femmes mineures. « Pourquoi ne me laisserais-tu pas m’occuper de cette émission ? Les filles se sentiraient davantage concernées. » Babacar est dubitatif. « Il me trouvait trop farfelue pour me laisser les rênes. Mais la semaine suivante, il m’a invitée pour voir comment je me débrouillais. »
Depuis, chaque samedi de 15 heures à 16 heures, elle dirige l’émission qu’elle a renommé « Espace des adolescents » sur Surnaforé FM, une radio communautaire de Kolda. Elle y invite des jeunes pour débattre de leurs problèmes avec des parents et des spécialistes des questions de santé, « comme l’inspecteur médical des écoles ». Sont aussi abordés des sujets de société comme les styles vestimentaires, la morale, la démission parentale.
Depuis qu’elle tient le micro, des jeunes qu’elle ne connaît pas l’interpellent. « C’est toi Sylvie ! Comment tu vas ? On peut venir à ton émission ? Tu veux pas organiser un micro-trottoir chez nous ? » Cette vie de militante et d’animatrice, Sylvie la mène en même temps que sa scolarité. « À Kolda, on va à l’école de 8 heures à 14 h 30 puis on est libre tout l’après-midi, dit-elle. Mais cette année est spéciale : elle passe le bac. Le temps de se préparer ? « On gère, on gère », lance-t-elle.
Sylvie, si elle a des allures de jeune pousse féministe, n’en respecte pas moins ses parents. « Mon père est constamment en déplacement. Il travaille dans la communication. Mais, même à distance, il trouve le temps de m’encourager au téléphone. C’est à lui que je dois ma motivation. Ma mère est aussi un soutien quotidien. À chaque fois qu’elle se rend dans des postes de santé ou des hôpitaux, elle me rapporte des livres de médecine et de santé. »
Matteo Maillard/Lemonde.fr

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12 réponses

  1. issa gibb dit :

    C’est ce qu’on appelle « une envoyée de Dieu », une jeune fille qui croit en ce qu’elle fait, qui a la foi en ce qu’elle fait. Face aux horreurs lues dans les journaux, quotidiennement 2800 cas de viols dans les écoles en 2015 sans compter les couverts et les cachés, les cas non-déclarés. Plus, les abus sexuels dans les daaras, les incestes familiaux , les harcèlements et contraintes par personnes ayant autorité, les grossesses non -désirées et les mariages forcés, la condition des femmes, des jeunes filles et des enfants en général….l’existence de cette jeune fille courageuse de 18 ans à Kolda met un peu de baume au cœur. Elle fait croire un instant en l’homme et à la bonté de l’homme, dans ce monde de brutes !

  2. grandbeta dit :

    Nous ne pouvons que saluer de telles initiatives qui devraient se multiplier partout au Sénégal. Chapeau bas Sylvie à toi et à tous ceux qui partagent ton combat. Mais attention, les maras rôdent et vous leur faîtes de l’ombre.

  3. j dit :

    Le Sénégal prouve une fois de plus, qu’il se complait dans la nullité comme un pays d’incapable à construire un aéroport, incapable de sortir les talibés de la rue, incapable de s’occuper de ses meilleurs champions au J.O. Un pays de m’a-tu-vu individualistes, orgueilleux, paresseux, mendiants, corrompus et esclavagiste d’enfants, en déliquescence complète à tous les niveaux

  4. flopaty dit :

    pour moi qu’elle commence par supprimer son ibadou et on pourra vraiment parler de feministe!!!!!en dehors de ça je trouve tres courageuse sa demarche surtout en brousse !!!!!

  5. Eva-Bettina dit :

    Voilà une cause !
    L’ibadou ne me dérange pas

  6. oyster dit :

    moi ,si !
    car s la cause est juste elle ne peut gagner avec une marque de dépendance ou la femme n’est pas égale à l’homme dans ses droits ?

  7. Eva-Bettina dit :

    Mais elle doit affronter des familles sénégalaises dans leurs majorité musulmanes et ouvrir leurs portes
    J’aimerai moi personnellement qu’il y a plus d’hommes ( de 14-90 ans) dans la rue pour protester contre les violences envers les femmes battues ici ou là .

  8. Ndiaye dit :

    Que d’intolérance ici, elle est libre de porter son voile si elle veut.

  9. oyster dit :

    La marque de l’intolérance est précisément l’obligation de porter un signe distinctif pour ….dire qu’elle est libre?
    allez convaincre après !…

  10. flopaty dit :

    faux , elles ne sont pas libres , les familles , les grands freres font une pression insupportable…….

  11. Eva-Bettina dit :

    Mon dieu !! Tous que vous défendez les messieurs !!
    Rien que de parler du SEXE au jeunes filles montre un courage énorme pour une jeune fille qui dois priser le tabou de contraception…et oui ,avec le ibadou sur la tête !ICI !!
    Vous,vous le faites ? Vous avez déjà expliqué à une jeune femme ce que cela veut dire de contredire son père et de refuser un mariage précoce , un mariage arrangé ?
    Vous courrez vous même après les jeunes filles ,vous en manque de CÂLIN ,comme j’entends alors TOUS LES JOURS depuis X années de vie ici en permanence.
    J’aimerai bien qu’on discute une fois sur les droits des femmes !!
    Un COMBAT tous les jour et on nous dit FÉMINISTE !!
    Un homme ,doit-il se battre au quotidien pour Ses Droits d’homme les plus élémentaires ?avec vous déjà vu dans un hôpital en France ou ici la tête fracassée d’une femme ?
    ( ca gueulle trop une femme,il faut la faire taire ,n’est pas ? )
    Que faites vous contre cela ? Des petitons ? Des manifs ?
    Pourquoi vous pensez toujours à notre place ?

  12. eddy dit :

    Bravo Eva-Bettina,pourquoi prendre la parole au nom des femmes !!!elles savent très bien ce qu’elles veulent,et sont entrain ,petit a petit et sans violence de prendre leurs marques…

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