DJIBELOR ET SA FERME DE CROCODILES

Les crocos de Gérard « Barricade »

senegal

On rencontre plusieurs sortes d’élevages au Sénégal. Mais celui des crocodiles, on ne le trouve qu’à Djibélor, sur la route qui mène vers Cap-Skirring, à la sortie de la commune de Ziguinchor. «Il existe en Afrique francophone deux fermes d’élevage de crocodiles : la mienne, et une autre qui se trouve à Antananarivo (Madagascar)», a d’ailleurs révélé au «Populaire», Gérard Wartraux. Propriétaire de cette ferme qu’il a créée en 1977, il en dévoile le charme, parle des modes de vie et de reproduction de crocodiles…
A l’intérieur du verger du fermier Blanc, Gérard Wartraux de Djibélor, situé à la périphérie de la commune de Ziguinchor, sur la route du Cap-Skirring, se trouve un élevage de crocodiles. Dans cette ferme de 28 hectares se baladent tranquillement des centaines de crocodiles vivant dans des enclos biens sécurisés. Ces reptiles en semi liberté vivent sous la surveillance passionnée du propriétaire et de sa vingtaine d’employés. D’après Gérard qui a réussi à se faire un nom dans la région depuis le démarrage des activités de son exploitation qui remonte à 1977, l’élevage des crocodiles est une activité très rare en Afrique francophone.
Une ferme qui compte 500 crocodiles
«Il existe en Afrique francophone deux fermes d’élevage de crocodiles : la mienne, et une autre qui se trouve à Antananarivo, à Madagascar», nous confie Gérard Wartraux, qui possède environ 500 têtes dans sa ferme. Contrairement à Afrique francophone où l’activité est presque inexistante, le fermier renseigne que dans les pays anglophones du continent, il existe plus d’une dizaine de fermes d’élevage de crocodiles. Et parmi ces pays qui accordent une importance particulière à la politique d’élevage de crocodiles, il cite l’Afrique du Sud et le Zimbabwe.
Pour devenir éleveur de crocodiles, la procédure n’est pas simple, selon notre interlocuteur que nous avons trouvé dans sa ferme de Djibélor. Mais le fermier à la barbe blanche, très passionné de ces reptiles qui se raréfient de plus en plus, respecte les procédures en cours. Il a passé des années à la quête d’une autorisation tant au plan national qu’international pour exercer sa passion. Et pour ce faire, il a travaillé dur pour remplir toutes les conditions exigées par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (Cites).
10 ans de procédure au Cites de Genève pour les autorisations
Finalement, l’homme a réussi par obtenir de la structure internationale basée à Genève et qui s’occupe de la gestion de ces espèces au niveau mondial, qu’elle lui délivre le quitus. Enfin, Gérard peut désormais assouvir sa passion après une décennie de procédures et d’échange épistolaires.
«Entre la demande d’autorisation et l’accord, il a fallu 10 ans de patience», a-t-il avoué à propos des tractations qu’il a eu à faire avant d’avoir l’autorisation pour élever cette espèce menacée d’extinction. Avec cette autorisation, Gérard Wartraux peut désormais vendre sa production, sans courir aucun risque de poursuites judiciaires. Il est le seul au Sénégal qui a le droit de vendre légalement la viande, la peau et le crocodile lui même sans être inquiété par qui que ce soit. Car, il est sous le couvert du quitus de Cites. C’est la raison pour laquelle, il s’est donné à fond dans l’entretien et la nourriture de ses reptiles. Ce, en vue de récolter un jour les fruits de sa passion. «Aussi bien pour la peau que pour sa viande, le crocodile se vent bien», renseigne l’éleveur qui garde un grand espoir quant au repeuplement de ces espaces, à travers les différents programmes et politiques qui se multiplient en basse Casamance.
Mode de vie et reproduction des crocos
Les modes de vie et de reproduction des crocodiles, Gérard, les maîtrise comme les propres doigts de sa main. Parce qu’il a déjà enregistré deux épidémies successives dans sa ferme, en 37 ans d’activité. «On avait d’énorme problèmes à l’époque», avoue Gérard Wartraux qui, tirant les conséquences de cette situation douloureuse qui a décimé plus d’une centaine de ses animaux, a recruté un vétérinaire pour assurer le suivi sanitaire de ses centaines de crocodiles qui se trimbalent tranquillement dans les enclos sous l’ombre des nombreux arbres plantés un peu partout dans le verger. Ainsi, même si le vétérinaire n’est pas spécialiste des maladies des crocodiles, le fermier trouve qu’il a tout de même réussi à amoindrir les risques d’épidémie qui survenaient et ravageaient les reptiles sans signes avantcoureurs. Ainsi, capitalisant une trentaine d’années d’expérience dans ce secteur, Gérard a, après des années d’observation, d’analyses et de recherches, constaté que l’âge du crocodile influe sur son mode de vie. D’après lui, plus que le crocodile prend de l’âge, plus sa taille et son poids augmentent. L’ensemble des paramètres n’est pas, selon M. Wartraux, sans conséquence sur la capacité de reproduction. «Le crocodile commence à pondre à l’âge 12 ans. Il pond entre 10 à 40 oeufs par an. La période de ponte est le mois de mars», indique M. Wartraux qui a fini par avoir une maîtrise totale du régime alimentaire des crocodiles en semi liberté.
Le plus vieux de la ferme est âgé de 45 ans
En effet, avec l’appui des trois usines de transformation des produits halieutiques, le fermier Blanc parvient à faire vivre ses reptiles sans débourser beaucoup de sous. Il leur donne une bonne nourriture hebdomadairement. D’ailleurs, renseigne-t-il, «pour sa nourriture, un crocodile consomme (l’équivalent) de 1% de son poids». «Avec les déchets de trois usines de transformation de poissons basées à Ziguinchor, je parviens à nourrir mes crocodiles sans dépense beaucoup d’argent. Je ne fais que payer la main d’oeuvre qui me charge les déchets industriels dans ma camionnette», explique M. Wartraux qui donne à manger à ses reptiles vivant dans des mares bien aménagées, une fois par semaine. Aussi, pour réduire au maximum le taux de mortalité à la naissance, Gérard récupère les oeufs qu’il conserve dans un incubateur. Cette phase de récupération des oeufs qui se fait au mois de mars terminée, le fermier et ses employés assurent avec prudence le suivi de la période d’incubation jusqu’à l’éclosion. Cette dernière phase se fait dans des enclos aménagés loin des mares. Et au fur et mesure que les crocodiles prennent de l’âge, le fermier les place dans un enclos plus adéquat. Une fois à l’âge adulte, ces crocodiles sont lâchés dans les mares pour vivre en famille avec la population des crocodiles, dont le plus vieux est âgé de 45 ans.
Pour assurer l’entretien de ces animaux et de ses manguiers orangers, entre autres arbres fruitiers, le Français de Djibélor s’est aménagé un rythme de travail que rien ne peut interrompre. Ai
nsi de 7 heures 30 à 12 heures, Gérard se donne à fond, malgré son âge avancé, au travail. Il prend sa pause de 12 heures à 15 heures, avant de reprendre le boulot jusqu’à 18 heures.

Une ferme de crocos cernée par un verger
Dans son verger, on trouve énormément de fruits tropicaux. C’est la raison pour laquelle, Gérard consacre tout son temps à la gestion de son exploitation. Les activités mondaines il y accorde peut d’importance bien qu’ il soit intégré et qu’il parvient à «se faire comprendre en langue locale dans les transactions avec les commerçants». Concernant sa communication et ses commandes, Gérard ne se contente que de son téléphone fixe. «Tous mes ouvriers ont des téléphones portables, mais moi non», souligne-t-il, tout en justifiant son option par le fait que «le travail et le téléphone sont incompatibles ».
D’ailleurs, il ne répond au téléphone qu’à l’heure de la pause. A cette heure, il se repose sous l’ombrage des manguiers et autres arbres qui entourent sa maison, noyée dans une végétation de fleurs visible de loin, bien entretenue par ses employés. Cet instant est aussi le moment pour le fermier de Djibélor de fumer calmement ses cigarettes.
Mamadou Lamine CAMARA/Seneplus
vidéos: https://youtu.be/GcCZ9oSf5a8
http://www.ina.fr/video/VDD08003949

Vous aimerez aussi...

1 réponse

  1. grandbeta dit :

    J’ai visité cet endroit il y a quelques années et je le recommande à tout le monde. Il n’y a pas que les crocos mais toute la flore et la faune qui entourent son élevage. Ne pas aller en Casamance sans visiter cet endroit.

%d blogueurs aiment cette page :