UN INTÉRESSANT MUSÉE A THIES

Ce Fort français devenu musée au Sénégal

Au cœur de la ville de Thiès, se dresse un bâtiment imposant, fait de grosses pierres taillées. Disposée à moins de 30 mètres de voies ferrées, cette bâtisse, ancien Fort français durant la période coloniale, a toute une histoire. Une partie racontée à travers des témoignages d’objets, une autre condamnée au silence à jamais. Ce Fort, devenu le Musée régional de Thiès, date en effet de 1879. Tous les témoins de son édification sont morts. Des Français, dont certains ont eu l’idée d’inscrire leurs noms sur la façade avant du mur de clôture. AFRIK.COM y a fait un tour, ce vendredi 24 septembre 2021, dans l’après-midi.

Benoît, Bourles, Jaillet, Petit… Ce dernier soldat français, membre du 10ème Régiment d’Infanterie d’Afrique d’Outre-Mer, a même pris le soin de préciser l’année de son passage au Sénégal, plus précisément à Thiès. Il a en effet inscrit, directement sur le mur de clôture, son nom et l’année de sa signature en tant qu’élément détaché au Sénégal, pour participer à la sécurisation de la zone : nous étions en 1889, s’il vous plaît. Il est 14H45, lors que nous sommes à l’intérieur de cet ancien Fort, où nous avons trouvé une seule personne.

« Le Fort de Thiès était construit pour sécuriser l’axe Dakar-Niger. Les voyageurs qui passaient par Thiès étaient souvent attaqués par les Sérères Nones (une ethnie du Sénégal). La zone était mal sécurisée. Après la construction d’un premier poste à Pout (15 km de Thiès en allant vers Dakar), qui a été attaqué et détruit par les habitants, il y eut une expédition punitive, avec l’idée de construire un second poste de sécurité. C’est ainsi qu’ont démarré les travaux de construction du Fort de Thiès, en 1864 pour prendre fin en 1879 », confie Pierre André Coly, Conservateur du Musée de Thiès.

A l’intérieur, trois bâtiments principaux. L’un ayant servi de bureaux aux gradés de l’armée coloniale française, les deux autres aux hommes de garnison. L’écurie a disparu. Dans la salle des ethnographies, qui fait face au portail d’entrée, sont exposés des fusils à piston, remis par les Sérères du Diobass au Colonel Hernin, de l’escadron français, en 1891. Ces fusils, à la différence de ceux dits « Chassepots » qui se chargeaient par la culasse, étaient eux chargés par la bouche avec de la poudre.

Différents objets étaient aussi exposés à l’intérieur de la salle, notamment des armes blanches, comme des haches, des poignards. Il y avait aussi des poteries, des pierres taillées, des photos retraçant l’histoire coloniale de la ville de Thiès, connue pour son opposition à la construction des voies ferrées. « Ce Fort permettait aussi aux colons d’avoir un œil sur les opposants à la construction des chemins de fer, notamment Lat Dior et ses hommes, qui ont farouchement combattu les colons », explique le Conservateur.

Une photo attire notre attention. Il s’agit de celle d’un colon français, debout sur la rampe de guet du Fort, à côté des centaines de hublots de tirs. Le Fort a bien son histoire. Une vraie histoire de guerre. Des combats menés au sol, entre les troupes françaises coloniales et les autochtones sérères. Les premiers tentant d’empêcher les seconds d’attaquer les wagons de marchandises et de personnes. En attestent certains impacts de balle sur le mur épais de plus de 60 centimètres.

Aux deux extrémités du Fort, étaient à l’époque disposés deux gros canons. De l’artillerie lourde qui servait à dissuader l’ennemi. C’est depuis cet endroit que le 10ème Régiment d’infanterie d’Afrique d’Outre-Mer sécurisait la zone. Le bâtiment de gauche abrite les bureaux actuels du musée régional et le logement du Conservateur, avec une salle réservée à des œuvres d’art : notamment de la peinture sous verre et des tableaux peints, récemment réalisés par des artistes de la Capitale du Rail.

Quant au bâtiment à droite, « c’est le pavillon des chemins de fer, avec des objets collectés sur l’axe Dakar-Kidira, pour tenter de retracer l’histoire des chemins de fer du Sénégal », indique M. Coly. Dans la salle sont exposées des photos de gare noire de monde, notamment celle de Rufisque. Mais aussi des maquettes et photos des premiers trains qui ont foulé le sol sénégalais. Des wagons transportant les premières camionnettes Citroën, ayant servi aux colons. Des instruments d’aiguillage. De véritables pièces à conviction de l’histoire coloniale dans ce pays d’Afrique de l’Ouest.

« Après le départ des colons français, qui ont quitté en 1965, le Fort a été transformé en Musée, en 1975, après avoir été fait patrimoine national en 1971, par le Président du Sénégal de l’époque, Léopold Sédar Senghor. Inauguré en février 1975, le premier Conservateur du musée s‘appelait Mame Anta Fall », informe Pierre André Coly, 49 ans, qui a pris fonction de Conservateur de ce musée de Thiès, depuis 2016. « Le site est plus visité par les élèves. Nous recevons quelques touristes », lance-t-il.

« La pandémie de Coronavirus n’est pas allée dans le sens d’arranger les choses, puisque les quelque touristes que nous voyions auparavant se font de plus en plus rares. Il s’y ajoute que le musée a été pénalisé du fait de difficultés d’accès liées notamment à la cascade de réhabilitations qui y ont été faites. Depuis que j’ai pris fonction, il y a eu trois réhabilitations : celle de début 2017, une autre en fin 2017 et la dernière en 2019-2020. Ensuite est venu le Covid-19, vous comprenez la suite », déplore le Conservateur, qui a en projet la réhabilitation des expositions.

Photos: https://www.afrik.com/ce-fort-francais-devenu-musee-au-senegal
Abubakr Diallo

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2 réponses

  1. Alexandre dit :

    Très bin reportage bravo et continuez dans ce sens

  2. Stephane dit :

    Finalement les Sénégalais ont eu gain de cause , plus de train

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