DÉGRADATION CONTINUE DES ECOSYSTEMES

Quand l’homme travaille à sa propre perte

La dégradation des écosystèmes est un «fléau» mondial, malgré les initiatives et programmes développés à l’échelle internationale, régionale, sous régionale, nationale et locale pour sauver ce qui peut l’être. Or, ces écosystèmes sont d’une importance capitale dans les équilibres de manière générale et dans la santé et la vie humaine, particulièrement. En atteste le thème de la Journée mondiale de l’environnement de cette année qui est : «La Restauration des écosystèmes», appelant à «prévenir, stopper et inverser la dégradation des écosystèmes dans le monde entier». En cette journée célébrée ce samedi 5 mai 2021, Sud Quotidien fait focus sur ces problèmes environnementaux qui assaillent différentes localités notamment Sédhiou, Kaolack, Mbour et Saint-Louis. Au même moment, face à l’ampleur de la dégradation des écosystèmes dans notre pays, l’Alliance des écologistes du Sénégal (ADES/Suxaliku Gu sax daak) plaide pour un changement de comportements envers la nature. Invitant ainsi tous à «comprendre que la dégradation des écosystèmes est la contrepartie des processus directement liés à nos modes de production et de consommation actuels».
JOURNÉE MONDIALE DE L’ENVIRONNEMENT : Les écologistes plaident pour un change- ment de comportement envers la nature
«Dans nos pratiques de tous les jours, nous appauvrissons le patrimoine naturel. Quand nous voyons la détresse des populations, les problèmes environnementaux, les catastrophes et les crises imputables au climat, la dégradation des écosystèmes, on sent nettement qu’il y a beaucoup de choses qui vont dans la mauvaise direction. Il urge, des lors, de comprendre que la dégradation des écosystèmes est la contrepartie des processus directement liés à nos modes de production et de consommation actuels», juge l’Alliance des écologistes du Sénégal, (ADES/Suxaliku Gu sax daak) dans un communiqué parvenu à la rédaction hier, vendredi 4 juin. Selon les écologistes, devant le défi, «il nous faut imaginer une autre façon de vivre, nous recentrer sur l’essentiel, inventer une rencontre féconde avec nous-mêmes, faire la paix et essayer de vivre en harmonie avec la nature et nous orienter vers des modes de production et de consommation durables». Le communiqué de l’Alliance des écologistes intervient dans le cadre de la célébration ce jour, samedi 5 juin, de la Journée mondiale de l’environnement. Cette journée instituée depuis 1974 par les Nations Unies (ONU) est une occasion pour la promotion de la sensibilisation et de l’action en faveur de l’environnement dans le monde. Le thème de la Journée mondiale de l’environnement de cette année est «La restauration des écosystèmes : prévenir, stopper et inverser la dégradation des écosystèmes dans le monde entier».
MBOUR – DEGRADATION DE LA NATURE ET DE L’ENVIRONNEMENT : La survie des écosystèmes en question
La célébration de la Journée mondiale de l’environnement, le 5 juin de chaque année, est comme par enchantement un événement, un moment d’introspection et constat sur les agressions à l’endroit du cadre de vie et des habitats naturels en tout genre. Bref les écosystèmes sont de plus en plus affectés et dégradés. Leur restauration participe d’une revitalisation de l’environnement naturel et humain, d’une part, et de la régénération des espèces animales et végétales, de l’autre. La dégradation de la nature et de l’environnement compromet la survie des écosystèmes.
Le département de Mbour ou la région naturelle de la Petite côte paye un lourd tribut de la dégradation de ses écosystèmes, en voyant les estuaires de ses lagunes ensablées, obstruées, ses bras de mer envahis par des habitations et autres installations inhospitalières au cadre naturel, son littoral empiété, ses étangs et cours d’eau déviés ou remblayés.
Le survol de cet espace naturel nous édifie sur le niveau des agressions faites contre la nature et l’environnement d’une manière générale, la dégradation des écosystèmes côtiers marins et terrestres. Le mal est profond. Dès lors, la restauration des écosystèmes s’impose. Le lancement de la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes constitue un espoir pour juguler des maux illustratifs. En attendant, un survol de la Petite côte suscite moult interrogations : les géo parcs de Popenguine sis dans la réserve du même nom vont-ils survivre aux actions anthropiques ? Et pour combien de temps ? Rien ne permet ne permet de répondre de manière systématique à ces questions.
Toutefois, l’espoir est permis, à travers une seule volonté, pour une longue durée, celle mue par des hommes et des femmes versés dans la préservation de la nature. Des espèces végétales et animales y résistent, avec les efforts entrepris par les habitants riverains organisés en association, sous la supervision et l’accompagnement des services comme les Eaux et Forêts. Des tentatives vivaces permettent d’y garder l’espoir de sauvegarder la biodiversité. A quelques encablures, la Somone se voit au centre d’une agressivité sans limite. La mangrove devient de plus en plus stressée avec des actions d’empiètement sur la lagune. Ce sanctuaire d’oiseau voit son cadre affecté par l’homme. Des villas avec des fenêtres en verre piègent l’avifaune. Des oiseaux butent sur les installations. Les eaux de pluie qui ont longtemps alimenté le niveau d’eau de la Somone sont désormais retenues dans un lac artificiel, empêchant une bonne alimentation du lit de la lagune. Les conséquences, selon les spécialistes et experts de la protection de la nature, sont déjà tangibles sur les écosystèmes, le niveau de menace élevé. A cela s’ajoute la transformation des lieux, par endroit, en dépotoirs. Des déchets et ordures de toutes sortes, source de pollution et de dégradation de l’environnement, y font lésion. Autre site naturel, même mal.
Le Mballing, la lagune de la commune de Mbour se meurt avec la perte de la biodiversité. La mangrove perd du terrain. Des lotissements sur les lieux ont fini de détruire l’habitat avifaune. Pélicans et cormorans ont fait le deuil de leur milieu naturel. Des autorités municipales s’érigent en gendarmes de l’environnement pour sauver ce qui peut l’être. Tout au long du littoral de la Petite côte, des détritus, des carcasses de bêtes, des dépouilles d’animaux à moitié dévorées par les chiens, des ordures ménagères, des reliefs de plats et l’ensemble des restes des ateliers et sites de transformation sont «confiés» à la grande dévoreuse, la mer, qui les restitue et les dépose à la berge/plage, parce que n’en voulant pas, contribuant ainsi à une dégradation prononcée de l’environnement.
SEDHIOU – CELEBRATION DE LA JOURNEE MONDIALE DE L’ENVIRONNEMENT : Le massacre des massifs forestiers en cours, le désert souffle à la porte
Ce jour, samedi 5 juin, est célébrée la Journée mondiale de l’environnement de par le monde. Les années se suivent et se ressemblent sans toutefois réduire l’élan de destruction de l’environnement. Dans les régions du sud du Sénégal, les coupes abusives et illicites de bois sont les facteurs les plus en vue en matière de menace sur l’environnement. L’insécurité ambiante et quasi permanente née du conflit armé en Casamance, le seuil de pauvreté et l’inconscience de certaines catégories de populations et l’influence de certaines puissances étrangères constituent les facteurs aggravants de la gangrène. Le chemin d’un lendemain incertain engagé !
L e Sahara était vert. Aujourd’hui, c’est le désert total. Nombreux sont des spécialistes qui prédisent ce même scénario catastrophe en Casamance, tant le rythme d’exploitation du couvert végétal est alarmant. Dr Labaly Touré, géographe-géomaticien et enseignant chercheur a expliqué que «le traitement des images satellitaires montre une diminution des surfaces végétales en moyenne Casamance. L’exploitation abusive ou la surexploitation abusive des ressources forestières en Casamance n’est plus un secret. La situation est alarmante et une attention particulière doit être portée à cette problématique car la Casamance ne peut point se développer sans sa biodiversité qui connait une agression multi formes».
Revenant sur le péril sur l’environnement à l’origine des changements climatiques, Dr Labaly Touré a indiqué que dans la région de Sédhiou, qui correspondant à la moyenne Casamance, «le domaine forestier qui représente 12% de la superficie totale, est constitué de savanes arborées sur les plateaux, de forêts claires sèches au Sud. La région de Sédhiou compte 12 forêts classées qui s’étendent sur une superficie de 85.543 ha. Le domaine forestier de la moyenne Casamance est principalement dans la partie Sud et centre de la région».
L’AVPE, LE DERNIER REMPART DES FORETS EN PERIL SUR LA BANDE FRONTALIERE !
Cette ampleur du pillage du bois vert de la Casamance (Sud Sénégal) inquiète les membres de l’Association des volontaires pour la protection de l’environnement (AVPE). Son président, Imam Mamadou Seydou Diallo, confirme. «Oui ! En effet, à la frontière avec la Gambie notamment dans le Kabada, Diarang, les coupes de bois sont extrêmement inquiétantes. Il est vrai que l’association gambienne Anti Forest fire fait des efforts ; mais le mal persiste toujours. Nous continuons à dénoncer et cherchons des partenaires pour un accompagnement économique des populations», dit-il. Leur engagement est sans faille ; mais la complexité et la dimension multinationale du phénomène contrebalancent, par moment, leur peu d’espoir sur l’avenir aléatoire du couvert végétal. «Je commence à perdre vraiment espoir. Je pense qu’il faut mettre la pression sur les acheteurs car si eux aussi ne voient personne pour vendre, ils vont sans doute cesser».
UN ACTE CIVIQUE DES VOLONTAIRES DU KABADA/DATOR A CONSOLIDER
Décidés et engagés à sauver les dernières réserves de forêts encore debout, les membres de l’Association des volontaires pour la protection de l’environnement et les femmes des différents groupements maraichers ont construit un poste forestier à Diallocounda ; mais les moyens d’équipement ne suivent pas, selon Imam Mamadou Seydou Diallo, le président de l’AVPE. «Il est tout aussi vrai que les autorités notamment le Directeur des Eaux et Forêts, l’Inspecteur régional et départemental font des efforts remarquables. Nous avons construit, sur fonds propres, un poste forestier à Diallocounda et ils y ont affecté un personnel. Mais, il faut les renforcer en effectif et en moyens logistiques». A Diallocounda, comme ailleurs sur toute la bande frontalière avec la Gambie, l’avenir des forêts reste suspendu à la volonté des trafiquants prêts à défier l’autorité avec, hélas, la complicité des populations autochtones. Quant aux agents des Eaux et Forêts, ils se réjouissent des efforts en cours que déploie le colonel Baïdy Bâ, Directeur national des Eaux et Forêts du Sénégal. En atteste son engagement manifeste, diton, à réhabiliter les services forestiers détruits en mars dernier, lors des émeutes au Sénégal ayant vraiment atteint tout le dispositif de ce service de protection de l’environnement.
KAOLACK – REBOISEMENT ET LUTTE CONTRE LA DÉGRADATION DE L’ENVIRONNEMENT : Un exercice à double vitesse dans les régions centre
La lutte contre la dégradation des terres et la volonté multi faciale de la communauté de développer divers programmes de reboisement dans les sites de résidence et les forêts présentent tout un paradoxe. Si pour la plupart, dan les régions du Centre, Kaolack, Fatick, et Kaffrine, un paquet d’initiatives a été pris dans le sens de poser partout des forêts à haute densité, l’ampleur de la coupe du bois et l’exploitation abusive des espèces végétales continuent encore d’être des facteurs irritants. Ce qui, d’un constat quasi général, donne un aspect timide aux ‘nombreux programmes de restauration du patrimoine floral caché sur les périmètres de ces différentes régions. Dans un espace où des milliers et des milliers d’hectares de terres restent confrontés au phénomène de la salinisation, la problématique du reboisement reste entière. Et les nombreux programmes, projets et autres initiatives engagées dans le cadre du reboisement finissent par se solder par de faibles pourcentages de réussite ou disparaître tout bonnement. C’est visiblement une appréciation qui se confirme d’année en année. Car, malgré le reboisement de milliers d’espèces concédé, chaque année, à l’occasion de la journée dédiée à l’environnement (le 5 juin), le besoin en suivi des arbres plantés finit par céder et la plupart de ces espèces périssent, avant l’âge de la maturité. Soit dévorées par les animaux en divagation ou pourries à cause d’un manque d’eau et de fertilisants. Aujourd’hui, les seules rescapées de ces plantations annuelles de masse sont les espèces peuplant les zones humides contrôlées, certains espaces protégés ou les domaines privés.
LES AIRES MARINES PROTÉGÉES DU DELTA DU SALOUM, UN EXEMPLE DE PROTECTION POUR L’ENVIRONNEMENT
Malgré que dans certaines zones de la région de Fatick, comme Foundiougne où le phénomène de la coupe du bois se poursuit de plus en plus sous le regard passif des services en charge de la protection de la nature, dans le Delta du Saloum, les consciences semblent plus éveillées, en termes de protection de l’écosystème (environnement) et d’adaptation aux changements climatiques. Dans ce «paradis terrestre» où le gouvernement du Sénégal et ses partenaires ont aménage des aires marines protégées (Amp) d’une superficie de 3000 ha, quelques années auparavant, tous les moyens sont présentement utilisés pour soutenir ce projet. Même si, à présent, les ressources humaines investies pour la mise à défens de ces périmètres marins restent encore insuffisantes, les instructions données sont acceptées et respectées par tous, ou presque. Mieux, les plus jeunes écoliers, les personnes les moins instruites de Toubacouta et toutes les autres collectivités dépendant de ces aires marines sont conscients des interdits et des comportements à adopter pour contribuer à la prospérité d’un tel chantier. Ainsi, après quelques années de disette, le développement des écosystèmes dans ces Amp se fait sentir de plus en plus. Plusieurs espèces d’oiseaux, de reptiles et coléoptères y ont élus domicile et en font naturellement un lieu de reproduction. Des espèces de poissons qu’on avait perdu de vue depuis plusieurs décennies commencent déjà à réapparaître et leurs multiplication, nous renseignent les gardiens du parc, se fait en un rythme exponentiel.
SAINT-LOUIS – PRÉOCCUPÉ PAR L’ÉROSION CÔTIÈRE, LA BRÈCHE ET LA DÉGRADATION DE L’ÉCOSYSTÈME : L’environnementaliste Moussa Gueye appelle à l’union des forces pour résoudre ces problèmes
Elle est loin d’être exhaustive, la liste des problèmes liés à l’environnement au niveau de la région de Saint-Louis. Des problèmes que tente de lister le Chef de la Division régionale de l’Environnement et des Établissements classés et qui ont pour nom l’érosion côtière, la dégradation de l’écosystème, la problématique de la brèche, la mauvaise qualité des eaux liée à la salinisation du sol, les déchets plastiques, les pesticides, le typha, entre autres. « Le problème de l’érosion côtière à Saint-Louis a été amplifié par l’ouverture, en octobre 2003, de la brèche et aussi par les changements climatiques.
En réalité, il y a énormément de problèmes d’environnement que l’on peut énumérer a Saint-Louis. Mais il y a des réflexions et stratégies qui sont mises en place afin d’y faire face. Il faut encadrer l’environnement et adopter davantage de politiques de conservation et de criminalisation pour mieux le préserver », a fait savoir Moussa Gueye, Chef de la Division régionale de l’Environnement et des Établissements classés de Saint-Louis. Selon lui, la préservation de l’environnement doit passer aussi par la prise de mesures d’éducation et parfois aussi des mesures répressives, à travers la mise en place de dispositifs permettant de « traquer » les « délinquants » ou les récidivistes. « On ne peut passer tout son temps à communiquer ou à éduquer les gens. À un moment donné, il faut savoir réprimer pour faire respecter la loi lorsqu’il y a des réticences. De mon point de vue, il faut allier énormément de choses sinon, si on ne fait rien, l’environnement sera de plus en plus agressé et dégradé », a-t-il alerté. Le thème choisi cette année porte sur la Restauration des écosystèmes. « Partout dans le monde, on a vu qu’il y a une dégradation des écosystèmes.
Et ces écosystèmes là ont un rôle extrêmement important dans les équilibres de manière générale et dans la santé et la vie humaine de manière particulière », a-t-il indiqué, tout en soulignant la nécessité, aujourd’hui, de conscientiser, d’éduquer et de sensibiliser les populations sur l’importance de préserver l’environnement. C’est ainsi qu’il appelle à l’implication de tous les acteurs pour y arriver. « Le reboisement ne doit pas être seulement et exclusivement l’affaire des services forestiers, mais plutôt l’affaire de tous notamment les mairies, les collectivités territoriales, la société civile, les associations de toutes sortes, entre autres. Tout le monde doit mettre la main à la pâte pour gérer les questions d’environnement » a-t-il conclu.
Fatou NDIAYE, Samba Niébé BA, Moussa DRAME, El Hadji Abdoulaye FALL et Yves TENDENG/http://www.sudonline.sn/-quand-l-homme-travaille-a-sa-propre-perte_a_52379.html

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