ENVIE DE TRAVAILLER…

«Nos enfants veulent travailler mais, ils ne peuvent pas»

Au Sénégal, il est vraiment rare de voir des jeunes âgés de 25 à 30 ans pouvoir voler de leurs propres ailes. La plupart d’entre eux vivent toujours dans le domicile de leurs parents et sont entretenus par ces derniers. Une situation qui ne dérange pas du tout Mme Khady Niang, mère de famille et Directrice de l’École Mamour Diallo de Santhiaba, dans la Langue de Barbarie. « Nous comprenons nos enfants parce qu’ils veulent bel et bien travailler, mais ne trouvent pas d’emplois. Vous savez, à l’impossible, nul n’est tenu. Mais, si au moins le gouvernement avait investi dans l’employabilité locale des jeunes, en promouvant la formation professionnelle dans chaque région, en fonction des potentialités qui y existent, par exemple développer l’agriculture, la pêche et les métiers du gaz et du pétrole, ainsi, chaque jeune pourra avoir un métier après l’obtention de son diplôme », a-t-elle fait savoir, précisant encore que ces jeunes doivent être épaulés car, étant leurs enfants.
« LES JEUNES ONT DU MAL A ETRE PRIS EN CHARGE PAR LEURS PARENTS A FORTE RAISON PAR EUX-MEMES »
Seulement, Baye Diallo, acteur du secteur de la pêche artisanale à Saint-Louis, relève que « les jeunes ont du mal à être pris en charge par leurs parents à forte raison par eux-mêmes ». A l’en croire, « avec la promiscuité qui règne au niveau des quartiers et villages de pêcheurs, pratiquement partout dans le pays, les jeunes qui s’activent dans le secteur de la pêche éprouvent énormément de difficultés pour être même pris en charge par leurs parents, encore moins par eux-mêmes. Parce que compte tenu de la promiscuité et de l’ancienneté de nos quartiers, on ne trouve pas de places idéales pour y habiter. Mais pour parer à tout cela, il faudra, pour les autorités, essayer d’élargir la ville de Saint-Louis et trouver d’autres sites d’habitats plus attrayant pour les acteurs du secteur de la pêche. »
PR ALY TANDIAN, SOCIOLOGUE, DIRECTEUR DU GERM / UGB : « Le domicile familial peut apparaître comme un îlot de protection où l’on se sent en sécurité face à l’adversité, aux difficultés de la vie »
« Entre autres raisons qui expliquent la présence de personnes adultes dans les maisons familiales, il y a les longues études, la précarité économique ou vulnérabilité financière, le retard d’entrer à la vie conjugale, la situation du marché de l’emploi, la matrilocalité (lorsque le couple sans enfant vit chez les parents de la conjointe) ou patrilocalité (lorsque le couple sans enfant vit chez les parents du conjoint), le divorce, et plus récemment un évènement important à savoir le licenciement ou la perte de l’emploi. Une séparation (avec le travail ou le conjoint) peut contraindre un adulte à vivre longtemps dans le domicile familial, même avec un ou plusieurs enfants. Il peut s’agir aussi d’un licenciement ou d’une faillite ; dans ce cas, la nécessité financière justifie ce choix, notamment en période de crise économique. Avec la Covid-19, ce dernier événement est constaté dans plusieurs familles sénégalaises surtout celles urbaines. Aujourd’hui, avec la structure des familles sénégalaises et la configuration spatiale des résidences, il y a une certaine promiscuité occasionnée par le fait que certains adultes vivent chez leurs parents. Une situation est aujourd’hui remarquablement constatée dans certaines grandes villes sénégalaises telles que Saint-Louis et Rufisque où la matrilocalité et la patrilocalité sont pratiquées.
D’autres espaces comme Ouakam, Yoff et Cambérène sont des lieux à nommer pour le constat de cet état de fait qui ne contribue pas à la mobilité résidentielle. Une telle situation semble être perçue aux yeux de certains comme une forme de régression infantile, plus ou moins cachée. Ce qui est à relativiser, certes, mais on peut mentionner que le domicile familial peut en effet apparaître comme un îlot de protection où l’on se sent en sécurité face à l’adversité, aux difficultés de la vie.
Retourner chez ses parents exige quelques ajustements aussi bien de la part de l’adulte que de ses parents. Retourner vivre chez ses parents semble être une solution en cas d’impasse et voilà pourquoi des ajustements des principes et des valeurs sont souvent faits afin de rendre possible une solidarité à laquelle il est parfois difficile de déterminer la fin. »
YVES TENDENG/sudonline.sn

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