LES RESTAURATEURS DE DAKAR AUX ABOIS

Nouvelles mesures de restrictions contre la covid-19: Le blues des restaurateurs de Dakar

Avec les nouvelles mesures de restriction prises par le ministre de l’Intérieur et le gouverneur de la région de Dakar pour lutter contre la propagation du coronavirus, les propriétaires de bars et de restaurants sont partagés entre compréhension et inquiétude. Beaucoup regrettent que les nouvelles mesures interviennent juste au mois de décembre qui leur permettait de renflouer les caisses.
À la Place de l’indépendance, le Restaurant-Bar l’Impérial est très prisé. En cette matinée, la fraîcheur caresse les visages masqués des passants. Sur la terrasse qui fait face à la route, quelques clients, en majorité des occidentaux, sirotent leur café, tout en jetant un coup d’œil sur la presse du jour. On tente de respecter la distanciation physique entre les tables. À l’intérieur, c’est le même décor. Dans ce restaurant-bar, des bouteilles de gels hydro alcooliques sont posées un peu partout et les clients sont invités à se désinfecter les mains avant de prendre place.
Depuis la première vague de Covid-19, le gérant du restaurant, Andalah Mbaye, assure que les mesures édictées par les autorités sanitaires et administratives sont respectées. Cependant, avec les nouvelles mesures du ministère de l’Intérieur, confirmées par le gouverneur de Dakar, c’est l’angoisse chez ce gérant. M. Mbaye qui est dans le secteur depuis 17 ans, espérait que le mois de décembre allait permettre de relancer l’activité fortement impactée tout au long de l’année 2020 par la Covid-19. «Les mesures des autorités qui se comprennent à cause du coronavirus, ont impacté tout le secteur de l’hôtellerie, de la restauration et du tourisme», assène-t-il.
Sur les nouvelles mesures qui suspendent toutes les autorisations d’ouverture de débits de boisson, le gérant de l’Impérial s’inquiète. Car même s’il offre des services pour la restauration, l’établissement dispose aussi d’un bar vendant de la boisson alcoolisée. «Qui mange boit. On a des clients qui viennent commander à manger et qui veulent boire. Avec cette mesure, tout devient compliqué», lance, un peu déboussolé, Andalah Mbaye qui précise, toutefois, que son bar ne vend pas n’importe quelle boisson, notamment «les bières qui peuvent être à l’origine de certains troubles» qui feront que les usagers ne vont plus respecter les mesures barrières. «On ne reçoit qu’une certaine clientèle. Des gens qui viennent et qui boivent tranquillement certaines liqueurs sans faire de bruit et il n’y a jamais de grand rassemblement», renchérit le gérant, trouvé à côté du bar.
Selon lui, la Covid 19 a beaucoup impacté le chiffre d’affaires. Avant, son restaurant-Bar recevait beaucoup de marins en escale à Dakar et des touristes. Ainsi, le gérant révèle que d’un chiffre d’affaires journalier de 500.000 à 600.000 FCfa, ils sont passés à moins de 200.000 FCfa. «Nous avons 11 employés qu’on a conservés depuis le début du coronavirus, des factures et un loyer de 1,5 million à payer. C’est vraiment difficile», alerte-t-il tout en défendant qu’avec le respect des mesures barrières, tous les restaurants et bars pouvaient continuer à fonctionner.
Mbaye a aussi évoqué les contraintes horaires avec l’obligation de fermer avant 23 heures, alors qu’avant, ils travaillaient de 08 heures à 02 heures du matin avec une forte affluence.
Un mois de décembre à oublier
De l’autre côté de la ville, au Point E, les nouvelles mesures des autorités administratives sont accueillies avec beaucoup d’appréhension. À la rue A angle 1 de ce cossu quartier, les responsables du « Phénix Jardin Restaurant » étaient en plein aménagement pour mieux préparer les fêtes de fin d’année. Cependant, depuis l’annonce des nouvelles mesures, pas moins de 5 activités, qui devaient permettre une bonne rentrée d’argent, ont été déprogrammées, nous révèle le gérant Pape Hann. Le restaurant « Le Phénix Jardin », qui loue aussi ses services pour l’organisation de diners de gala, de cocktails, de mariages, entre autres, a vu tout ce marché tomber à l’eau. «Le mois de décembre est un mois d’activités liées aux festivités, mais avec ces mesures interdisant les rassemblements, la musique, les débits de boisson, on ne peut pas travailler convenablement. Sans musique ni débit de boisson ni rassemblement, on ne peut pas organiser d’évènements», tranche le gérant. Cela fait dire à son collaborateur, Jérôme Diassy, qui suivait notre échange, qu’il y aura inévitablement une chute de revenus. Ce dernier confie qu’avant la pandémie et les mesures de restriction, le restaurant pouvait faire un chiffre d’affaires mensuel de 10 à 12 millions de FCfa. Avec ces restrictions, il a toutes les difficultés du monde à avoir 5 à 6 millions de FCfa de revenus mensuels, alors qu’il a une trentaine d’agents à payer. «On pensait que décembre allait permettre de relancer les activités, mais avec ces nouvelles mesures, on est vraiment déçu. En plus, on ne peut même pas ouvrir au-delà de 23 heures. Avec cela, on va perdre notre clientèle de la nuit», fulmine Pape Hann qui espère des mesures d’accompagnement de l’État.
Du côté des restaurants sans débit de boisson, la situation est moins tendue depuis l’annonce des nouvelles restrictions. À « Erik Kayser », sur le boulevard de la République, le port du masque est exigé pour tous les clients, en plus du passage obligatoire au point de désinfection des mains. L’intérieur est aménagé pour ne pas recevoir plus d’une dizaine de clients au même moment. Le salon de thé est pris d’assaut par les clients qui ont l’habitude d’y prendre leur petit déjeuner et déjeuner.
Le gérant Hamza Sizzidine essaye de faire observer, à tous, les mesures barrières. «C’est vrai qu’avec la Covid-19 et les décisions des autorités, on a constaté une baisse de nos revenus», dit stoïquement le gérant qui tempère que la priorité doit être la sécurité des agents et des acheteurs. En tant que responsable d’une structure spécialisée dans la pâtisserie et les salons de thé, Hamza Sizzidine soutient que les nouvelles dispositions des autorités auront moins d’impact sur eux. Car ils ont l’habitude de fermer avec la Covid-19 vers 21 heures et ne vendent pas d’alcool.
Les pâtisseries s’adaptent plus
La « Piaza », est un restaurant spécialisé dans la vente de pizzas. La responsable, très occupée à vérifier les commandes, affirme : «on ne peut faire que ce que les autorités exigent, même si le chiffre d’affaires va baisser». «On n’est pas un restaurant alcoolisé et l’on n’a pas de salles de spectacle, mais on sent que l’année est difficile avec les mesures contre le coronavirus», nous dit Elrise Jamilé qui est d’avis que décembre 2020 n’aura rien de commun avec les autres fins d’année très animées.
Pour les bars qui avaient l’habitude de ne travailler que la nuit et qui vivent de débits de boisson comme «l’Ortolan, le French Bistrot » du Point E, ces mesures viennent suspendre les activités. À notre passage, en l’absence du gérant, un agent, sous le couvert de l’anonymat, craint de voir les programmes de la nuit prendre un coup d’arrêt.
O. KANDE/lesoleil.sn

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