LA SAPCO VEUT BOUFFER ABÉNÉ

Foncier balnéaire: Après Saly, Pointe Sarène, la Sapco jette son dévolu sur Abéné (Dossier)

Le foncier est la mode. Tant les terres de l’intérieur que celles du littoral sont aujourd’hui devenues la cible privilégiée des prédateurs. Si les élus sont régulièrement pointés du doigt dans cette boulimie, les préfets et sous- préfets de même que les autres services de l’administration, ne sont pas exempts de reproches. D’ailleurs, le Maire de Guediawaye et président de l’Association des maires du Sénégal, Aliou Sall, a jeté un grand pavé dans le jardin du commandement territorial chargé du contrôle des actes posés par les élus. C’est pendant ces moments de forte suspicion que la Sapco se signale sur le front de mer de Ziguinchor.
Depuis plus de deux ans, la délégation régionale de la Sapco a démarré une opération « Woute Souf » au niveau des villages de Kafountine, Abéné et Niafrang. Ces villages situés dans les communes de Kataba 1 et Kafountine ont la particularité d’être des « pieds dans l’eau » ,longtemps exploités par les autochtones dans le cadre du tourisme intégré ou de proximité. Ce qui vaut d’ailleurs à Abéné d’être le deuxième village touristique de la Casamance après le Cap Skirring.
Aujourd’hui, après les sites de la Petite Côte (Saly et Pointe Sarène), le choix des villages touristiques de Kafountine et Abéné sont dans l’œil de la Société d’Aménagement et de Promotion des Côtes et Zones Touristiques du Sénégal (SAPCO). Mais, cette opération n’est pas sans crainte pour les populations qui ne comprennent toujours pas le dévolu jeté sur leurs terres. Et pourtant, en 2015 lors de sa visite, l’ancienne ministre du Tourisme et des Transports Aériens, Maïmouna Ndoye Seck avait bien précisé que l’État allait soutenir les villages dans le cadre de la lutte contre l’érosion marine.
La Sapco promet 800 millions pour le développement du tourisme dans la zone mais, revirement de situation quelques années plus tard, ce sont les terres d’Abéné et Kafountine qui sont dans l’œil du cyclone.
« En 2015, lors de la visite de la ministre du Tourisme d’alors, Maïmouna Ndoye Seck nous avait révélé que son département et le gouvernement allaient financer la lutte contre l’érosion marine », nous révèle William Mané, un acteur du Tourisme local. Et mieux, renseigne William, « à l’époque, la Sapco avait promis de financer des projets pour le développement du tourisme local. Mais, bizarrement, quasiment rien n’a été fait et la même Sapco est intéressée par les terres que nous exploitons dans les secteurs du tourisme, de l’agriculture, etc ».
La même inquiétude est à noter auprès de Sana Camara, un exploitant d’une auberge sur le front de mer. Pour ce dernier, « J’ai l’impression que ces gens du gouvernement nous prennent pour des idiots car, il y a une aire Maine protégée créée par le DECRET n° 2004-1408 du 4 novembre 2004 et nous ne savons pas comment la Sapco peut réaliser ses projets avec l’existence de cette AMP ».
Pour Sana Camara, « Il faudra que nos autorités nous expliquent comment après avoir accepté notre refus d’exploiter le zircon de Niafrang pour de graves atteintes à l’environnement, ces mêmes autorités voudraient permettre à la Sapco de « détruire l’Aire Marine Protégée d’Abéné » au profit de quelques riches », « sans compter toute possibilité de mettre en valeur les terres cultivables », s’indigne notre interlocuteur.
« Sans enquête Commodo et In Commodo ni, le partage d’un projet détaillé, comment la Sapco voudrait s’octroyer autant d’hectares et à quelles fins? Nous n’accepterons pas qu’on nous embarque dans des procédures interminables comme à Pointe Sarène », déclare William Mané
Le plus grave dans cette affaire de projet, ni la Sapco, ni le Sous-préfet encore moins le président de la Commission domaniale de la mairie de Kafountine, personne ne veut donner des détails sur ce qui ressemble fortement à un « forcing ». En effet, s’étonne William Mané, « c’est un manque de respect notoire à l’encontre des populations car il y’a eu des précédents avec le projet d’exploitation du Zircon de Niafrang où nous avons été mis devant le fait accompli ». Poursuivant, « il aura fallu une lutte et une mobilisation sans précédent pour que le banditisme de certaines autorités de connivence avec la société Astron soit mis à nu », révèle ce dernier.
Mais, précise William, « ce qui fait le plus mal, c’est que les autorités sachant que les populations du fait de leur niveau, acceptent TOUT dès l’instant où le nom du Président Macky Sall est prononcé. Et c’est ainsi, certains en ont profité moyennant espèces sonnantes et trébuchantes, pour « forcer les populations à accepter l’ouverture de la fabrique chinoise d’huile et de farine de poissons d’Abéné qui a été fermée avec une délocalisation à la clé », renseigne l’hôtelier.
Pour William Mané, rappelant les propos du Salitigué Koromack Faye qui, au même titre que les populations de Pointe Sarene, est confronté à un litige avec la Sapco et dit être victime de spoliation, « mous sommes victimes d’actes barbares de la part de la SAPCO, avec à sa tête Paul Faye. Nous voulons récupérer nos terres. Au lieu d’aider notre village à disposer d’hôpital, d’écoles dignes de ce nom et autres infrastructures, l’on nous prive de nos terres de façon insatiable. On a comme l’impression que Macky est en train de vendre le Sénégal aux Français ».
« Oui, effectivement, il y a un projet de la Sapco dans la zone mais, nous ne pouvons à ce jour chiffrer le nombre d’hectares désiré. Par contre, trois sites ont été ciblés et nous sommes au stade préliminaire », renseigne le Maire, Victor Diatta.
Des différentes autorités interpellées sur le sujet, le Maire de Kafountine a tenu à apporter certaines précisions. Pour l’édile de la commune, « nous sommes encore au stade des études et il n’est pas question d’octroyer des terres. Le Conseil municipal sera saisi en temps opportun même si la Sapco a jeté son dévolu sur trois sites prioritaires, avec une attention particulière sur Abéné ».
Des propos du maire qui ne rassurent pas les populations, qui souhaitent connaître les tenants et aboutissants de ce projet qui est présenté comme celui du Président Macky Sall dans le cadre du Plan Sénégal Émergent. Si les habitants ne connaissent absolument rien du projet hormis les mots « Aménagement et Développement du site ».
Et face à cette nouvelle recrudescence du bradage sur le foncier, suivi du silence de la Sapco et du Sous-Préfet de Kataba 1, les rumeurs les plus folles se sont emparées d’Abéné la paisible
William Mané pointe du doigt les autorités régionales qui ne communiquent pas et préfèrent se réfugier derrière les chefs de villages et Imams analphabètes. « Quand ces autorités doivent soumettre quelque chose aux populations, elles préfèrent inviter des chefs de village analphabètes ou des « personnes ressources » aussi ignorantes des textes qui nous régissent, pour faire avaliser leurs sinistres projets », fulmine M. Mané.
Le Sous-préfet Amadou Wagué, le chef de l’exécutif de l’Arrondissement de Kataba 1 n’a daigné ni répondre aux appels encore moins aux messages. Contrairement au Maire de Kafountine qui a essayé de diluer ses propos alors que le Conseil municipal était déjà réuni pour avis sur la question.
Du côte de la Sapco, le Délégué Régional M. Diédhiou a préféré s’en remettre à sa hiérarchie ou bien de nous revenir quand tout sera bien ficelé. Atlanticactu s’est rabattu sur le chargé de la communication de la société mais, ce dernier n’a pas jugé utile de nous revenir depuis le 7 septembre.
Maïmouna Diop et Pape Sané/leral.net

Vous aimerez aussi...

4 réponses

  1. Sophie dit :

    La vente de terrain communaux subit une véritable anarchie en dépit des réglementations.C’est le cas également d’un terrain communal de 18hectares à Nianing , de surcroît classé zone protégée, qui a été vendue à un promoteur , en sous mains , par la mairie de Malicounda sans concertation aucune de la population ni du conseil municipal

  2. Eddy dit :

    On ne s’étonne plus, c pareille ds tte l’Afrique!!! Si vs avez un portefeuille bien plein vs obtenez ce que vs voulez… À moins qu’un jaloux passe derrière criant à la corruption… pour faire augmenter les prix🤔🤣😂

  3. Xx dit :

    Au Sénégal, on peut même se procurer des oryx sauvages pour agrémenter son « petit jardin » ! enfin « on »… pas tous hein ! une certaine classe seulement…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :