10 FORÊTS DÉCLASSÉES DEPUIS L’INDÉPENDANCE

Une dizaine de forêts déclassées, depuis 1960

réalisation DE PROJETS ÉTATIQUES ET PRIVES

Alors les experts ne cessent de sonner l’alerte la désertification et ses conséquences, avec les impacts de plus en plus visibles et vécus des changements climatiques, le Sénégal continue de déclasser plusieurs hectares de ce qu’il reste de ses forêts au profit des projets et privées, les détournant de leur mission première. Depuis, les indépendances, elles sont environ une dizaine à être déclassifiée pour des investissements privés ou étatiques. Sud Quotidien fait le point à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse, célébrée hier mercredi.
Pour une raison ou une autre, les chefs d’Etats qui se sont succédé au pouvoir au Sénégal ont déclassifié des forêts. Le plus illustre est sans contexte, l’ancien président de la République, Abdoulaye Wade. Pendant son magistère, plusieurs forêts ont été déclassées pour des projets d’infrastructures. Le président Abdoulaye Wade avait en effet déclassé 57 ha pour les besoins de la construction de l’autoroute à péage et de la station d’essence Sen Oil dans la forêt de Mbao. On se souvient aussi du scandale foncier à Mbane.
Les populations avaient rudement dénoncé l’octroi de 202.417 hectares à des privés. L’on ne peut parler de déclassement de forêts sans remonter aussi en 2006 quand une parcelle de 1194,54 ha avait alors été affectée au Khalife général des Tidianes, feu Serigne Mansour Sy, et une autre de 942,07 ha octroyée au défunt Khalife général des Mourides, Serigne Saliou Mbacké. Toutes ces deux attributions ont eu lieu dans la région de Thiès. L’une de ces deux affaires avait défrayé la chronique, à l’époque, avec le contentieux qu’il y a eu avec la cimenterie Dangote. L’implantation de la société Sen Huile et Sen Ethanol à Fanaye avait fait un grand bruit en 2011. Me Abdoulaye Wade avait dépossédé les villageois de leurs terres au profit d’investisseurs étrangers. La suite a été dramatique. La manifestation contre la cessation de 20.000 ha de terre à ces Italiens avait occasionné des morts. Le projet avait alors été déplacé à Gnith.
L’affaire de Tivaouane Peulh avait aussi fait couler beaucoup d’encre quand le président Abdoulaye Wade y avait octroyé près de 400 hectares à la société immobilière Namora. Le déclassement a aussi continué sous le magistère du président Macky Sall. Entre autres, il y a le déclassement de la forêt d’une de la bande de Filaos. Le chef de l’Etat avait promis de déclassifier cette forêt pour la construction de cimetières musulmans et chrétiens. Actuellement, une partie de cette bande, notamment à Yeumbeul Nord, est morcelée à des fins d’habitations et des magistrats y auraient une attribution.
Et pourtant, s’exprimant lors de la cérémonie de présentation de vœux des principaux acteurs de son département ministériel et des journalistes, en janvier 2019, l’ancien ministre de l’Environnement et du Développement durable, Mame Thierno Dieng, avait estimé que le déclassement répond à l’urgence de construire des édifices publics. «Une partie de la bande de filaos a été déclassée pour des intérêts publics, notamment l’érection à Guédiawaye de cimetières musulman et chrétien. Le déclassement a été fait en parfaite conformité avec la loi et les exigences du Code forestier. Aucun promoteur privé ne dispose d’un centimètre-carré déclassé en sa faveur. Si aujourd’hui on se mettait à déclasser toutes les demandes des promoteurs privés, la bande de filaos aurait disparu», avait-il dit. Il y’a aussi une partie de la forêt classée de Mbao qui a été déclassé pour les besoins du projet Train express régional (Ter).
En octobre 2019, le projet de déclassement de la forêt de Ballabougou avait déclenché la colère des éleveurs et agriculteurs du département de Mbour. Selon eux, le déclassement vise à utiliser les 1216 ha de la forêt classée pour cultiver des melons qui seront vendus à l’étranger. Mais c’est peine perdue. Car la forêt de Balabougou aura été finalement déclassée sur une superficie de 1160 hectares, par décret n°2020-469 du 13 février 2020, pour le compte de l’Entente intercommunale de Malicounda, Nguéniène et Sandiara, dans le but de l’érection d’un agropole. Leur devancier, le président Abdou Diouf, le successeur du président-poète Léopold Sédar Senghor, a aussi usé de cette prérogative que lui confère la loi. Devant la pression démographique, le président Diouf a déclassifié plusieurs forêts dans le Sénégal Oriental.
Ibrahima DIALLO/sudonline.sn

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