COVID 19: CACOPHONIQUE SUR L’ATTEINTE DU PIC

La population sénégalaise prise en otage

Le débat sur l’atteinte ou non du pic de l’épidémie du coronavirus au Sénégal divise depuis un certain temps les spécialistes de la santé publique depuis la sortie du ministre de la Santé et de l’action sociale, Abdoulaye Diouf Sarr, la semaine passée parlant d’atteinte de pic.
Si les experts du ministère de la Santé ont répliqué en soulignant que l’épidémie est dans une phase de circulation active dans le pays, d’autres spécialistes parlent d’une phase plateau. Pr le docteur Mohamed Issa Ly, « le seul remède brandi par toute cette élite contre cette situation délétère, semble être d’accabler les citoyens, coupables de légèreté et de négligence dans l’application des mesures préventives ».
La population est plus perturbée par les discours contradictoires sur l’atteinte du pic de l’épidémie annoncé le 04 juin dernier par le ministre de la Santé et de l’action sociale, Abdoulaye Diouf Sarr, faisant le bilan des trois mois de présence de la maladie au Sénégal. Si dans les premières heures de sa sortie, certains ont été rassurés en entendant l’annonce «d’une tendance baissière et un pic atteint depuis la 11e semaine de la maladie», cet espoir s’est vite volatilisé avec la sortie du Dr Abdoulaye Bousso, directeur du Centre des opérations urgences sanitaires et proche collaborateur du ministre de la Santé dans cette lutte contre la Covid-19.
Selon le spécialiste des épidémies, « le virus du corona se trouve au Sénégal dans une phase de circulation active et il fallait redouter une démultiplication des cas et des décès» a lancé le docteur Bousso. Face à ces deux sorties contradictoires, des spécialistes de la santé à l’image de docteur Mohamed Issa Ly a déclaré : «le seul remède brandi par toute cette élite bien-pensante contre cette situation délétère semble être d’accabler les citoyens, coupables de légèreté et de négligence dans l’application des mesures préventives» Et de poursuivre : «on semble leur assigner le rôle de boucs émissaires pour toutes les défaillances de nos décideurs. Quelles que puissent être la pertinence et l’efficacité des gestes barrières, ils ne sauraient, à eux seuls tenir lieu de stratégie antiCovid». Pour le docteur Ly, les contradictions évoquées plus haut, entre un homme politique et les technocrates compétents mais tenus par le devoir de réserve, semblent tout simplement relever d’un conflit entre deux logiques.
PROBABLE ENDÉMIE DU CORONAVIRUS AU SÉNÉGAL
Face au relâchement des mesures prises par le gouvernement du Sénégal pour amoindrir les risques de contamination, des experts de la santé voient en ces décisions (réouverture du transport inter urbain, assouplissement du couvre-feu, reprise des activités économiques) un retour en force de la maladie si les décisions ne sont pas bien encadrées. Pour le professeur Marie Louise Fortes, infectiologue en charge du centre de traitement Dalal Diam, les établissements risquent d’être saturés s’ils ne le sont déjà. « Il se pourrait qu’il y ait une augmentation des cas avec les mesures d’assouplissement dans les jours à venir».
Au même moment, le professeur Daouda Ndiaye alerte sur une probable situation endémique de la maladie. Aujourd’hui, même si la situation semble donner raison à docteur Papa Moussa Thior qui a toujours fait le plaidoyer pour la libéralisation des activités, ses pairs craignent le pire pour le Sénégal.
Pour docteur Kadia Diallo, infectiologue, « le coronavirus n’est pas une maladie immunisante. Ce n’est pas parce qu’on a la maladie, qu’on ne peut plus le développer. On peut bien avoir le coronavirus et faire une rechute».
Et de poursuivre : « il n’y a qu’avec le vaccin qu’on peut arriver à une immunité collective et là aussi, ce n’est pas évident en une prise. Il faut que la personne soit vaccinée deux fois pour avoir une immunité solide, mais pour l’instant, seul le respect des mesures barrières peut sauver le Sénégal de cette épidémie ».
Denise ZAROUR MEDANG/sudonline.sn

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