LETTRE AU PRÉSIDENT SALL

Félicitations Monsieur le Président !

Les sénégalais qui vous ont fait confiance se félicitent de votre réélection à la mandature suprême et vous complimentent du fond du cœur pour votre prestation de serment de ce mardi.
C’est là votre dernier mandat, et vous n’avez plus de concessions à faire aux uns ni aux autres, aussi, je puis me permettre de parler franc.
Vous avez redressé le pays, et sans nul doute accompli bien davantage que tous vos prédécesseurs réunis. Grâce à votre action, le Sénégal est en voie de devenir un pays moderne doté d’une économie forte et de toutes les structures nécessaires au développement économique et à l’épanouissement de la démocratie.
Cependant, la route est encore longue et semée d’obstacles.
De récentes rumeurs de scandales ont récemment défrayé la chronique : affaire Ousmane Sonko ou scandale de l’eau dans la région de Fimela, milliards évaporés ou robinets à sec, ces affaires concernent tous les citoyens, tout le monde en parle.
Parmi les structures nécessaires que j’évoquais plus haut, il y en a certainement deux qui sont indispensables, sans lesquelles l’état fera du sur-place et ne pourra bientôt plus progresser.
Il s’agit en premier lieu de faire fonctionner de façon efficace les commissions d’enquêtes parlementaires, qui semblent n’être au Sénégal qu’une figure de l’esprit. Pour prendre en exemple le cas de la rupture de l’approvisionnement de l’eau à Fimela (car d’évidence moins compliqué que l’affaire Sonko), il y a des manquements avérés, et très certainement de graves malversations, c’est une évidence pour tous. Toutes les études techniques et économiques en amont de la réalisation font état de dix forages, et maintenant nous apprenons qu’il n’y a eu que quatre forages de réalisés, ce qui suffit à expliquer la situation. De même, tous les habitants de Fimela vous diront que les premiers tuyaux qui ont été livrés sont repartis pour être remplacés peu temps plus tard par d’autres. Le bruit courait à l’époque que les tuyaux de première qualité avaient été échangés par d’autres de moins bonne qualité pour être revendus. Il n’y a pas de fumée sans feu… Et que dire des tuyaux dont le diamètre initial a été réduit, dixit le directeur général de la SEOH, sans que personne ne sache pourquoi ? Si les choses sont avérées, les montants en jeu sont considérables et les détournements savamment planifiés. Les complicités seraient très étendues, ce serait une véritable mafia dans l’état.
Ce sont ces trois phénomènes conjugués qui sont responsables d’une situation intolérable qui touche soixante-dix mille habitants de la zone et qui frappe durement tous les réceptifs hôteliers et tous ceux qui vivent du tourisme. Qui sont les responsables, qui sont leurs complices, seront-ils sanctionnés comme ils le méritent, ce sont des questions que tout le monde se pose, et à ce jour il n’y a aucune réponse officielle. Tout le monde sait que rien ne sera fait pour découvrir une vérité qui gêne. Une commission d’enquête parlementaire sur ce sujet soulignerait les responsabilités de chacun et révèlerait sans doute de nombreuses malversations qui pénalisent soixante-dix mille personnes et coûtent cher à l’état. Quelques punitions exemplaires décourageraient peut-être les futurs candidats aux mêmes combines. Et soulageraient les populations qui seraient sans doute heureuses d’apprendre qu’on ne peut se moquer d’eux à ce point-là impunément.
En second lieu, il s’agit de mettre de l’ordre dans la prévarication et le racket dans l’administration. Il conviendrait avant tout, pour tout fonctionnaire, de remplir une déclaration de patrimoine et de procéder à des contrôles et des sanctions allant jusqu’à la confiscation des biens mal acquis, le cas échéant. Quand les habitants d’un village voient un jeune douanier posséder trois maisons et quatre voitures après seulement quatre ans de services ils savent que les voleurs peuvent voler en toute impunité. Et ils se désolent que tout cet argent détourné ne soit pas mieux utilisé dans les villages, au profit des habitants. De façon générale, les fonctionnaires chargés de récolter l’argent pour l’état, douanier, responsables de la DGID, directeurs au service des mines, etc. sont riches à millions. Et cela n’étonne personne ! Peut-être faudrait-il accessoirement passer une loi sur les signes extérieurs de richesse comme cela s’est fait dans de nombreux pays à travers le monde confrontés aux mêmes problèmes.
Monsieur le Président, si vous n’instaurez pas des commissions d’enquêtes parlementaires pour mettre de l’ordre dans les abus des fonctionnaires ou des responsables des sociétés liées au bien public et si vous ne contrôlez pas l’enrichissement illicite de ces mêmes personnes, vous n’irez nulle part. Vous avez une formation scientifique : vous savez donc qu’au-delà d’un seuil critique de déperdition d’énergie les systèmes tournent à vide, s’épuisent et cessent de fonctionner.
Le Sénégal n’est pas loin de ce seuil critique. Si l’état ne se donne pas les moyens de mettre en œuvre les procédures administratives pour contrôler les abus scandaleux, ceux-ci ne feront qu’empirer. Et les citoyens seront de plus en plus mécontents et méfiants vis à vis d’un état qui, faute de remplir son devoir de bonne gestion des deniers publics, paraîtrait encourager tous les prévaricateurs à se hisser au rang de directeurs de telle ou telle administration dans un intérêt uniquement personnel.
Monsieur le Président, vous avez accompli beaucoup de choses et vous en accomplirez encore beaucoup d’autres qui profiteront au pays, nous n’en doutons pas. Mais de grâce, il est temps de se débarrasser de ces gaspilleurs et prévaricateurs professionnels et de mettre en place des systèmes de contrôles fiables qui prouveront aux citoyens que ce deuxième mandat se fera sous le signe de la bonne gouvernance, pour le bien de tous.
Lyncée

Vous aimerez aussi...

4 réponses

  1. Réginald Groux dit :

    Très bonne analyse ! Espérons que le message sera entendu. L’auteur aurait pu ajourter qu’en vertu de la loi de la conservation de l’énergie la déperdition se diffuse nécessairement dans une autre partie du système… Rien se perd jamais, c’est une loi naturelle, et l’on voit qu’elle s’applique aussi bien en matière économique ou sociale…

  2. le chaman dit :

    Très belle plaidoirie de la défense, mais la cour vat »elle suivre cette demande de justice sociale et économique. De puissants lobbies sont à la manoeuvre pour continuer à préserver leurs magouilles au maximum.

  3. trevidic dit :

    Bonjour,
    Le président ne peut se présenter à un troisième mandat de part la constitution.
    Les deux dernières années de la pré campagne présidentielle à venir devrait apporter une incertitude sur le nouveau pouvoir et des lobbies amenant une inertie ‘il est urgent d’attendre »
    le nouveau … »patron » !

  4. Xx dit :

    Le peuple sénégalais est patient… mais tout le monde sait que la patience a ses limites. Il reste 5 ans pour que le Sénégal soit “nettoyé” de tous ces profiteurs qui se remplissent indûment les poches au détriment de la grande majorité, et au détriment du développement du pays.
    C’est le bon moment pour commencer à assainir les arcanes souterraines, agir et sanctionner sans état d’âme, et redonner au pays une image propre, à l’intérieur comme à l’extérieur. Une fois la démarche démarrée, elle ne devrait plus s’arrêter…
    Cinq ans, c’est court peut-être, mais suffisant pour commencer véritablement à redorer un blason aujourd’hui quelque peu terni. Il faut du courage, de la persévérance, et ne rien lâcher.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

%d blogueurs aiment cette page :