FEMME INTELLECTUELLE, FEMME AU FOYER

TOUT EST DANS LA TETE, LE COMPORTEMENT ET LA FAÇON D’AGIR
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Femme intellectuelle ou femme au foyer, à chacun son appréciation. Au Sénégal, à l’image de beaucoup de pays du monde, les populations, notamment femmes, ont abandonné beaucoup de leurs pratiques, de leurs façons de vivre et de penser, héritées des coutumes et traditions cultuelles pour prendre un nouvel envol. Alors qu’un amalgame est savamment entretenu à travers les concepts femme intellectuel et femme au foyer pour…diviser la gent féminine. De nombreuses femmes refusent de verser dans ce «jeu». Pour elles, être intellectuelle, c’est dans la tête, le comportement et la façon d’agir.
Sacré-Cœur 3, en cet après-midi, sous un «sale temps» où le froid, le vent et la poussière s’acharnent violemment sur le visage des personnes qui vaquent à leurs occupations. L’on se dirige vers une agence immobilière dudit quartier. Après les «salamalecs» (salutations d’usage) et après avoir décliné notre identité et l’objet de notre visite, nous voilà à l’intérieur.  Mme Diakhaté, trouvée dans son bureau, le regard rivé sur l’écran de son ordinateur, est concentrée sur son travail. Néanmoins, elle a accepté de nous accueillir.
La dame, la quarantaine révolue, après s’être imprégnée de notre sujet de reportage,  s’est prononcée sur le quotidien des femmes au foyer ou intellectuelle, après quelques petites minutes d’hésitation. «Les époques ne sont plus les mêmes. Le contexte a beaucoup changé et les mentalités aussi. Du temps de nos mères et de nos grands-mères, il était très rare de voir une femme aller à l’école. Raison pour laquelle elles ne maitrisaient pas leurs droits, elles n’avaient pas leur mot à dire souvent dans la marche de la cité. C’était donc aux hommes de décider». Pour Mme Diakhaté dans cette circonstance, on ne pouvait  parler d’intellectuelle.
Selon elle, l’intellectuelle, aujourd’hui, est toute personne qui accepte de prendre son envol, la parole pour dénoncer certaines tares de la société et défendre ses intérêts. Aussi, on peut dire de quelqu’un qu’il est intellectuel lorsqu’il décide par lui-même, mais également quand il a le sens de la responsabilité. A l’en croire, aujourd’hui les femmes sont plus imbues de leurs droits et sont assez réfléchies pour les défendre. Même si elle précise que le fait d’être intellectuelle ne rime pas forcement avec l’instruction, car «on peut bien remplir toutes ses fonctions sans pour autant aller à l’école. Il suffit alors d’être imprégnée de ses devoirs», indique-t-elle.
Un amalgame savamment entretenu pour…diviser
Elle poursuit : «dans la société sénégalaise on est généralement induit en erreur dans la mesure où la femme au foyer est considérée, pour la plus part du temps, comme celle qui ne travaille pas. Alors que le fait de rester chez-soi pour gérer sa famille ne veut obligatoirement pas dire que l’on n’est pas une intellectuelle, il y a donc un amalgame sur ce point.  La femme au foyer peut être plus responsable, plus brave que celle désignée comme intellectuelle».
Mme Diakhaté n’est pas la seule à ne pas dissocier la femme intellectuelle de celle dite au foyer, au Sénégal. Mame Koumba Thiam lui emboite le pas. Pour Mme Thiam, qui préfère taire identité de son entreprise, de nos jours, il est très difficile de dire que telle femme est une intellectuelle et telle autre une femme au foyer. Parce que, dit-elle, il n’y a pas de connexion logique entre les deux. A l’entendre le fait de ne pas travailler ou de ne pas suivre des études très poussées n’a aucun rapport avec le fait d’être considéré comme une intellectuelle ou pas. «Etre intellectuelle, c’est dans la tête, dans le comportement et la façon d’agir».
Parler plutôt de femme actuelle et femme traditionnelle
A l’en croire, il est vrai que, en matière de connaissances les femmes qui sont allées à l’école ont toujours un plus par rapport aux autres qui n’ont pas eu la chance d’y aller. «Moi qui vous parle, j’ai fais 10 ans dans l’administration avant de la quitter. C’était dû à des problèmes personnels dont je préfère ne pas exprimer. Actuellement je fais mon propre business qui ne m’empêche pas d’être aux côtés de mes enfants et de mon mari pour gérer ma famille comme il faut. Et je ne suis pas la seule à être dans la même situation», renforce Ndèye Touty Touré.  Selon la dame, très consciente de ce qu’elle fait dans sa vie, «la comparaison que l’on pourrait faire, c’est peut-être entre la femme actuelle et celle de l’époque antérieure, c’est vrai qu’il y a une grande différence dans la manière de vivre et de penser».
Par ailleurs, au Sénégal, il y a une autre idée que l’on se fait souvent des femmes dites au foyer, à en croire Mbaye Diop, un mécanicien de formation. Pour lui «on dit généralement de quelqu’un qu’elle est une femme au foyer lorsqu’elle n’a pas d’activités, quand elle passe ses journées à ne rien faire ou quand elle ne parle que les langues nationales. Alors que celles qui travaillent, qui voyagent ou qui parviennent à parler le français ou s’habiller à la façon occidentale sont considérées comme intellectuelles».   
Le débat sur la femme intellectuelle et celle au foyer continue de se poser. En effet, d’aucuns retiennent que l’intellectuel doit être quelqu’un d’instruit, de «civilisé», capable de défendre ses intérêts et dire non quand il le faut ou encore d’avoir des initiatives pour développer son pays ou prendre la parole lorsqu’il le faut en étant émancipée. D’autres pensent que le fait d’être une femme au foyer, ne doit pas empêcher d’être une intellectuelle. Au contraire, toutes les femmes peuvent être à la fois intellectuelle et femmes au foyer.
ALIMATOU DIAGNE/Sudquotidien

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1 réponse

  1. galcen dit :

    c’est avec stupéfaction que j’ai suivi un reportage sur le droit de votes des françaises qui n’a été autorisé qu’en 1945 y a juste 70 ans. En gros, hier quoi.
    je ne comprends pas comment est ce possible dans ce grand pays de droits de l’homme. je suis abasourdi
    une explication qui tienne la route ?

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