Habré ne sera pas extradé au Tchad

Le Sénégal revient sur sa décision d’extrader Habré
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Le Sénégal a suspendu la mesure d’expulsion, prévue lundi, de l’ancien président tchadien Hissène Habré. Clément Abaitoufa, président de l’Association des victimes des crimes du régime de Hissène Habré
Le Sénégal a suspendu la mesure d’expulsion, prévue lundi, de l’ancien président tchadien Hissène Habré à la suite de l’opposition de l’ONU, a déclaré dimanche le ministre sénégalais des Affaires étrangères, Madické Niang. « Le Sénégal a décidé de suspendra la mesure d’expulsion contre Hissène Habré », a déclaré Madické Niang dans une intervention rentransmise à la radio-télévision nationale RTS. Il a ajouté que son pays allait engager « des consultations » avec l’ONU et l’Union européenne pour « trouver une solution ».
« Seule la Belgique peut assurer un procès »
En réaction à cette annonce,  Clément Abaitoufa, président de l’Association des victimes des crimes du régime de Hissène Habré (AVCRHH) a réagi pour FranceSoir.fr. Pour lui, « c’est une question de logique ». Il estime que le président sénégalais Abdoulaye Wade avait pris initialement la décision de l’extradition au Tchad sous le coup de « la pression » et de « la passion », loin, dit-il, « du droit ». « Le Sénégal doit l’extrader ou le juger comme il s’était engagé à le faire. Mais surtout pas au Tchad ! Tout sauf ça. Les gens qui sont aux postes et aux responsabilités aujourd’hui le sont depuis la présidence de Hissène Habré (1982-1990, NDLR). Qui va assurer sa sécurité ? Nous, victimes, n’avons pas confiance en notre justice », poursuit Clément Abaitoufa.
« Nous voulons qu’il y ait un procès pour honorer la mémoire des victimes et connaître la vérité. Nous voulions que le Sénégal le juge au nom de la fierté africaine. Mais qu’a fait le Sénégal pendant 11 ans ? Pourquoi Wade n’a rien fait ? Qu’est-ce qui lie Hissène Habré à Abdoulaye Wade ? » A ces questions le président de l’association représentante des victimes du régime tchadien évoque l’influence des confréries religieuses au Sénégal. « Avec l’argent volé au Tchad à son départ en 1990, Hissène Habré, a acheté le soutien et la protection de ces confréries. » Cette protection semble peu à peu s’étioler au point que l’hypothèse d’un procès en Belgique, souhaité par l’association, devient de plus en plus plausible. « C’est notre souhait, seule la Belgique peut assurer un procès équitable et juste » achève Clément Abaitoufa.
« Une violation du droit international »
La Haut commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Navi Pillay, avait appelé dimanche le Sénégal à revoir sa décision de renvoyer l’ex-président tchadien dans son pays, prévenant que cette extradition pourrait constituer « une violation du droit international ». Le Sénégal avait annoncé vendredi qu’il avait décider de renvoyer lundi à N’Djaména Hissène Habré, exilé à Dakar depuis sa chute en 1990 et poursuivi pour crimes contre l’humanité pendant ses huit ans de pouvoir. Dakar avait dit vouloir se conformer à la demande de l’Union africaine (UA) de « le juger ou l’extrader ».
Antoine Kowalski/France Soir

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