10.000 morsures de serpent/an au Sénégal

MORSURES DE SERPENT – 10 000 cas recensés par an au Sénégal  
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Seuls Dakar et Kaolack ont le sérum antivenimeux
Les morsures de serpent font des ravages au Sénégal. En effet, rien que l’an dernier, pas moins de 500 morts ont été enregistrés sur un total de 10 000 victimes de morsures. Et les zones les plus touchées par ce fléau sont Kédougou, Tambacounda, Kolda, Kaolack, Thiès et Dakar, particulièrement dans la zone de… Yoff. Selon le directeur du centre antipoison du Sénégal, Pr Amadou Diouf, les riverains de la Foire de Dakar, de Yoff et vers l’Aéroport sont plus exposés, même si la forte urbanisation dans ces zones a beaucoup pesé sur la raréfaction des cas de morsure. Mais, il reste que les serpents sont toujours dans ce périmètre, jadis constitué de champs.
Toutefois, l’absence d’une prise en charge adéquate dans les structures sanitaires inquiète les acteurs de la lutte. Car, comme le Sénégal, c’est toute l’Afrique subsaharienne qui est touchée par ce fléau. Cette zone comptabilise 30 000 décès annuels sur un total d’un million de mordus.
A l’occasion d’un atelier de réflexion et de préparation du Séminaire régional pour une meilleure connaissance et prise en charge des morsures de serpent dans les pays de la Cedeao, organisé hier par le centre antipoison, Dr Jean-Philippe Chippaux a déploré que ce problème soit «largement négligé» par les autorités politiques et sanitaires en Afrique. Avant de faire remarquer que ce désintérêt est essentiellement lié à l’insuffisance des études épidémiologiques et toxicologiques. Et que l’incidence et la gravité des envenimations sont fortement sous-estimées en l’absence de recueil de cas. L’atelier d’hier est donc venu à son heure, selon le directeur de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (Ird), qui espère une sensibilisation de tous les acteurs sénégalais, mais aussi de la sous-région à ce problème de santé publique négligé.
L’expert français a aussi déploré la non application des ressources thérapeutiques existantes. Car, pour lui, une application de ces ressources peut rabaisser les cas de morsures graves jusqu’à hauteur de 90 %. Pr Omar Kane du Chu de Fann a donné, à cet effet, un aperçu sur la situation de la prise en charge des morsures de serpent au Sénégal. Dans sa présentation, il fait remarquer que des études qu’ils ont faites entre janvier 2005 et janvier 2008 ont montré que le recours aux tradipraticiens est encore très élevé sous nos tropiques. De tous les patients symptomatiques qui étaient au stade 2 dans le score clinique de gravité des envenimations ophidiennes qu’ils ont eu à recevoir, seuls 5 avaient pu bénéficier du sérum antivenimeux Fav-Afrique. Un produit qui, dit-il, n’est disponible que dans deux régions du Sénégal : Kaolack et Dakar. Dès lors, se pose un réel problème de prise en charge. Pourtant les sérums antivenimeux sont bien disponibles dans les laboratoires de recherche, assure Dr Chippaux, qui a plutôt évoqué des difficultés commerciales.
Aujourd’hui, il est question pour le centre antivenimeux, appuyé par différents acteurs, de mettre sur pied une stratégie nationale cohérente contre l’envenimation, pour résorber tous ces déficits.
Cet atelier précède une conférence publique aujourd’hui, du médecin épidémiologiste, Dr Jean-Philippe Chip-paux, sur le thème : Serpents venimeux et envenimations en Afrique subsaharienne. A cette occasion, Dr Chippaux va présenter «les caractères d’identification, la biologie et l’écologie des principales espèces de serpents d’Afrique subsaharienne».

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