Pélerins de La Mecque chahutés

Retour mouvementé des sénégalais de la mecque : Des pélerins crient leur rage  
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Jalonné de difficultés de tous ordres, le pèlerinage de cette année laissera sans nul doute un goût amer aux fidèles musulmans sénégalais. Ces derniers ont dénoncé l’absence d’assistance des missionnaires du Commissariat au pèlerinage à la Mecque mais aussi, les négligences dont ont fait montre les autorités de l’Etat en charge de ce pèlerinage.
Le vent frisquet qui souffle sur l’aéroport Léopold Sédar Senghor ne parviendra pas à dissuader pour autant les nombreuses familles de pèlerins massées devant le hangar des pèlerins venus accueillir enfin leurs proches bloqué depuis «six jours» à Djeddah faute de convoyeur. Annoncée plusieurs fois dans la journée du samedi, le Boeing 767 de la Compagnie Euro-Atlantic, affrétée par Air Sénégal International (Asi), ne foulera le tarmac de l’aéroport qu’à 20h30mn. Il transportait à son bord 250 passagers, tous de blanc vêtu. La fatigue et la nostalgie des leurs se lisaient sur leur visage. Mais, il faudra patienter quelques minutes. Le temps que l’ambassadeur du royaume chérifien au Sénégal dont le pays a contribué à la résolution de cette situation, leur souhaite la bienvenue. Ce, en lieu et place des autorités sénégalaises qui semblent faire profil bas.
Au moment où l’anxiété gagnait certains parents de pèlerins retenus dehors par les gendarmes, car n’étant pas sûr de retrouver ce soir (Ndlr : samedi soir) les leurs dans ce vol. Derrière les barrières érigées tout autour du hangar, ils scrutent. «Savez-vous si tous les pèlerins sont sortis (du hangar) ?»,  demandent deux demoiselles à la recherche d’un parent «membre de la commission». Mais les Thiantacounes (Ndlr : disciples de Béthio Thioune), eux, auront retrouvé les deux «épouses» de leur marabout, Béthio Thioune dans ce vol. A bord d’une 4×4 Prado, les «quatrième et cinquième épouses» de Béthio Thioune sont accueillies avec des chants liturgiques au rythme du tam-tam.
Ibrahima Sarr, un pèlerin de 62 ans, lui, n’a pas la chance d’avoir droit à cet accueil princier. Lui qui, a l’instar de ses  coreligionnaires, a vécu un calvaire qu’il a du mal à décrire. Gourde contenant de l’eau zam-zam autour du cou, lunette claire, bonnet blanc sur la tête, ce sexagénaire peste : «C’est la première fois que j’effectue le pèlerinage à la Mecque, mais jamais je n’ai connu une souffrance pareille. Nous n’avons vu aucun membre de la commission pour nous informer de quoi que ce soit. Durant tout mon séjour, personne d’entre eux n’est venu vers moi pour s’enquérir de ma situation. Même quand vous avez un troupeau, vous devez veiller sur lui a fortiori quand vous avez à votre charge des êtres humains». Désabusé, Ibrahima Sarr, poursuit : «Tout ce qu’ils (les membres de la Commission) nous racontaient avant notre départ, n’était pas exact. Quand nous avons quitté La Mecque pour nous rendre à Djeddah, on nous a chassés de l’hôtel où nous étions logés. Ensuite, on a séjouné dans un autre hôtel. Là-bas nous sommes restés six jours».
Une galère que partage Lamine Diouf, 60 ans, qui pense que «ce pèlerinage restera dans les annales». «Nous n’avons vu personne. Pas même une information. On nous a amenés à Djeddah où nous avons passé cinq jours. Et durant tout ce temps, nous dépensions notre argent pour manger. Parfois, nos familles étaient obligées de nous envoyer de l’argent du Sénégal pour pouvoir tenir», raconte M. Diouf. Ce dernier pense que cette situation itérative vécue par les pèlerins est de la responsabilité du gouvernement du Sénégal qui «doit mettre les hommes qu’il faut à la place qu’il faut». «On ne peut pas, estime-t-il, à quelques mois du pèlerinage changer le commissaire. Ensuite, chaque ministère envoie son quota pour composer la Commission. Ces gens-là ne coordonnent pas. Finalement, personne ne sait qui fait quoi.»
Interpellé sur la supposée rétention de passeports par les responsables de Zam-Zam, Ibrahiam Sarr dit n’être pas concerné, mais qu’il en a entendu parlé à la Mecque.
CASSE-TETE AUTOUR DES BAGAGES
Bien qu’il soit revenu au bercail, les pèlerins ne sont pas au bout de leurs peines. Car, il leur faut récupérer leurs bagages. Ce que les pèlerins n’ont pas pu faire puisque leurs bagages n’ont pas été ramenés par l’avion. Et, grande fut la surprise de Lamine Diouf lorsqu’il apprend de la bouche du speaker que les bagages arrivent demain à midi. Alors que, explique un pèlerin désemparé, «ils (les autorités d’Asi) nous avait assurés au moment d’embarquer que les bagages ont été mis dans la soute».
Le regard perdu au milieu d’un tohu-bohu, Lamine Diouf dont le téléphone portable ne cesse de sonner, devra se contenter de sa valisette posée sur le chariot et un sacoche en bandoulière. «Je n’ai même pas de zam-zam à offrir aux gens», constate-t-il, amer. Assaillis par une meute de pèlerins qui n’en revient pas et qui voulaient des explications, un agent de Asi, s’est permis de dire : «L’avion (le Boeing 767) ne pouvait pas contenir les bagages. Les bagages seront acheminés par les avions de Zam-Zam qui sont plus grands (Sic !)». Cocasse. En tout cas, Lamine Diouf, lui, n’y croit pas un mot. «Ces gens-là, moi je ne les crois pas. Je ne pense pas qu’ils vont nous donner nos bagages, mardi», déclare-t-il.
La reprise des vols pour le rapatriement des 2 500 pèlerins sénégalais restants en Arabie saoudite par Asi fait suite à la décision de l’Etat de disqualifier Zam-Zam à cause de défaillances techniques des appareils Dc-10 affrétés par cette agence de voyages, les obligeant à faire un atterrissage forcé à l’aller comme au retour en Libye pour éviter un crash. Ecarté pour le pèlerinage 2008 au profit de cette agence de voyages saoudienne, Air Sénégal international a finalement été appelé à la rescousse par l’Etat du Sénégal.         

El H. Daouda L. GBAYA

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