fin des pirogues?

Pêche au Sénégal : La fin annoncée des pirogues traditionnelles

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Au Sénégal, les pirogues traditionnelles en bois pourraient progressivement être remplacées par des embarcations en fibre de verre pour satisfaire aux normes d’hygiène et de traçabilité des poissons destinés à l’Union européenne. Mal informés, les pêcheurs artisans se demandent à quelle sauce ils risquent d’être mangés.

 

Scène ordinaire, ce samedi de mi-septembre, sur la plage ‘Terrou Baye Sogui’, derrière le palais présidentiel de Dakar, la capitale sénégalaise. Tout juste débarqué de sa pirogue en bois, Alioune Kane ouvre son caisson frigorifique en polystyrène pour faire constater au mareyeur les bonnes conditions d’hygiène et de conservation de ses poissons. Ce dernier fait le tri pour l’exportation et laisse à Alioune le reste pour la vente locale. Une fois encore, la pêche est loin d’avoir été miraculeuse : à peine huit kilos de petits poissons pêchés depuis le matin, qui seront vendus 1 500 F Cfa (près de 2,3 €) le kilo. ‘La pêche ne nourrit plus son homme’, lance Alioune, adossé à sa fidèle pirogue.

Comme de nombreux pêcheurs artisans sénégalais, il ignore encore que, pour continuer à exporter vers l’Ue, il leur faudra probablement, dans les années à venir, remplacer leurs ancestrales embarcations en bois par des pirogues en fibre de verre, communément appelées ‘coques Yamaha’. A la suite de la crise de la vache folle, l’Ue a en effet introduit des normes sanitaires et de traçabilité qui s’imposent aux exportateurs de denrées alimentaires comme les légumes ou le poisson. ‘Personne n’est au courant ici !’, confirme Ahmadou Diop Seck, pêcheur à Soumbédioune, l’un des plus importants sites de débarquement de la pêche artisanale à Dakar.

 

Le bois, matériau qui retient les saletés, difficile à nettoyer, donc peu hygiénique, est désormais sur la sellette. Afin que les poissons pêchés avec les pirogues traditionnelles ne soient plus en contact direct avec lui, les quelque 60 000 pêcheurs artisans utilisent déjà presque tous des caisses en polystyrène. L’Ue souhaite aller plus loin et pousse au remplacement des pirogues traditionnelles, estimées à 14 000 selon la Direction des pêches maritimes sénégalaises, par des bateaux en fibre de verre. Cela ne se fera certainement pas du jour au lendemain. En 2005, les pirogues en bois ont en effet fourni 80 % du total des captures de poissons, estimées à 450 000 t, selon la Direction des pêches maritimes. Elles assurent aujourd’hui 70 % des exportations sénégalaises de poissons vers l’Europe, première importatrice de produits halieutiques venus d’Afrique. ‘C’est impossible d’éliminer les pirogues en bois’, estime un pêcheur membre de la Fédération nationale des Gie de pêche du Sénégal.

 

Bon nombre de pêcheurs sénégalais ne comprennent pas qu’on cherche à remplacer leurs embarcations qui sont toujours parvenues, depuis les premiers accords de pêche signés entre leur pays et l’Europe, en 1979, à fournir aux mareyeurs du Vieux Continent la qualité de poissons demandée. ‘Il n’y a plus rien à démontrer !’, s’irritent les responsables des organisations professionnelles. ‘Le remplacement de la pirogue en bois va nous coûter cher. Nous n’avons pas les moyens de financer l’achat de coques Yamaha’, s’inquiète Mamadou Thioune du Conipas, le Conseil national interprofessionnel de la pêche artisanale au Sénégal. Des projets comme le Sustainable fisheries Development Program, financé par les Pays-Bas et avalisé par le gouvernement sénégalais, devraient aider les pêcheurs à passer aux coques Yamaha. Mais là encore, les premiers concernés ne semblent au courant de rien.

 

Les pêcheurs ne rejettent pas tous catégoriquement les pirogues en fibre de verre. ‘J’en veux une ! J’ai envie d’améliorer mes conditions de travail’, lance Alioune Kane. Idem pour Alioune Datt, qui explique qu’une coque Yamaha coûte plus cher (plus d’un million de francs Cfa, soit plus de 1 500 € qu’une pirogue en bois de sept mètres (700 000 F Cfa, soit 1 000 € environ). Il admet toutefois que le remplacement annoncé serait une bonne chose pour des pays sahéliens confrontés à la déforestation. ‘Tenez !, dit-il, pour fabriquer une pirogue en bois, il faut abattre deux grands arbres.’ Selon lui, les coques Yamaha, plus propres et plus légères que les pirogues en bois, consomment moins de carburant pour aller en mer. Elles sont aussi mieux équipées pour conserver le poisson et plus faciles à entretenir. ‘Mais, quand la mer est mauvaise, mieux vaut une pirogue en bois pour s’accrocher, car les coques glissent’, répondent ses détracteurs.

 

Le Conipas avait invité début septembre à Mbour (100 km au sud-est de Dakar) les organisations professionnelles de la pêche artisanale de Mauritanie, de Guinée-Conakry, des experts, ainsi que des groupements d’armateurs et exportateurs sénégalais. Au menu de cet atelier : les relations pêche entre les pays de la sous-région et l’Ue. ‘La traçabilité est une barrière, mais nous n’avons pas d’autre choix que d’aller dans le marché européen’, analyse un exportateur sénégalais, Mactar Thiam, qui ravitaille le marché de Rungis, en France.

 

Cette rencontre, soutenue par le réseau d’Ong européennes Coalition pour des Accords de pêche équitables (Cape), était l’occasion pour ces organisations de d
emander à être davantage impliquées dans les négociations en cours avec l’Ue. Elles ont par ailleurs exigé de leurs Etats respectifs et de l’Ue des mesures d’accompagnement, comme la formation des pêcheurs artisans et la réalisation d’infrastructures (routes, aménagements des quais de débarquements, magasins frigorifiques, etc.).

 

Madieng SECK

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5 réponses

  1. malaquin gerard dit :

    pouvez vous me donner le prix des pirogue yamaha

  2. Je pense pas que ce soit pour demain, ni après-demain, lorsque je vois la rapidité des choses ici, et dans un premier temps je crois que mes clients seront toujours à l’hôtel « Vues sur pirogues » avec la vraie vue des vraies pirogues, sinon, qu’il se dépêchent à venir en profiter qu’ils visitent notre site http://www.keurmariguen.com

  3. isaia dit :

    Ca n’est pas très grave mais mérite quand même d’être corrigé : 500 CFA valent environ 0,8 euros et non 2,3 euros ! Ce n’est quand même pas pareil !! Cela n’entache en aucune façon, l’intérêt que représente l »article.
    Cordialement
    Patrick

  4. oyster dit :

    Avec un pourcentage de 80% de bateaux en bois , vous devriez acheter des bateaux en « plastique » alors qu’il suffirait d’avoir un bac dans le bateau !…..
    Encore une idée d’un technocrate derriére un bureau dans une tour climatisée dans un pays européen ….

  5. mr menard dit :

    bonjours
    je me trouve actuellement aux senegal
    stratifier de métier et actuellement je suis en train de réaliser des pirogue traditionnel sénégalaise
    copie conforme a l origine la seul différence ses qu elle se trouve être en polyester
    avec coffre a poisson isotherme trousse d alerte côtier hauturier
    elle son conçu de manier a être insubmersible
    donc toute les caractéristique qu exige l union européenne
    je suis actuellement a la recherche de financement
    pouvez vous éventuellement m orienter

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