LES INCENDIES DE SALY

Saly, Zone balnéaire incendiaire: Les raisons d’un sinistre récurrent

La station balnéaire de Saly a toujours été marquée par une série d’incendies. Même si à chaque catastrophe l’inquiétude est palpable, après un temps, l’oubli s’installe. Seneweb a donné la parole aux acteurs du secteur pour faire focus sur un phénomène récurrent devenu inquiétant.

Pourquoi Saly est-il aussi exposé aux incendies ? Cette question s’impose une fois de plus, après l’incendie qui s’était déclaré à la résidence La Palmeraie. Tous les ans, c’est le même cirque, à la station balnéaire de Saly : on assiste à un ballet des soldats du feu pour éteindre des incendies.

En 2011, 170 villas étaient parties en fumée, emportant tous les biens aux résidences du Port, de la Mangrove et des Orangers. Cela aurait pu être pire, avaient indiqué les résidents qui se réjouissaient que le feu se soit déclaré en plein jour. En 2015, 52 incendies se sont déclarés au niveau du département. Bien que ce soit un phénomène universel, on s’interroge quand même sur leur fréquence à Saly. Une autre question a toujours noué les gorges des résidents de Saly et personne ne souhaite l’envisager : ‘’Si le feu se déclare la nuit ?’’. Malheureusement, cette inquiétude est devenue réalité avec un bilan lourd : un couple et leur fils de 1 an y périront.

« C’est aberrant qu’une station comme Saly soit exposée à des incendies. Il faudrait de la sécurité dans le tourisme. Tourisme rime avec sécurité, on ne peut laisser des gens construire n’importe comment dans une station balnéaire. Ce serait au détriment du tourisme sénégalais. Ce n’est pas bon qu’à l’orée de l’ouverture de la saison on nous dit qu’il y a des incendies. Tout cela c’est la faute de l’État. C’est l’État qui doit orienter une politique touristique dans une station et non les investisseurs. Ces derniers ont un cahier de charges qu’ils doivent respecter », s’est désolé Kopa Ndiaye, acteur touristique.

Pour lui qui travaille dans ce secteur depuis plus de 40 ans, le fait que des incendies se déclarent à tort et à travers « fait peur ».

« Qu’est-ce que les gens qui viennent dans la station diront ? Il faut sécuriser le tourisme qui va de l’hébergement à la restauration », plaide Kopa Ndiaye.

Selon Boly Gueye, président du syndicat d’initiative du département de Mbour et président Compact Yaatal, la chaîne de valeurs tourisme, « On a chaque 2 ou 3 ans, des incendies de ce genre dans la station touristique Saly. Nous n’avons pas respecté les instructions des autorités. Parce qu’il y avait un arrêté qui stipulait qu’on devait ignifuger la paille et le boudin qui se trouvent dans les structures car ils sont trop sensibles au feu. Il y a 3 ans de cela, la résidence Palmeraie avait pris feu. Sur les premières villas, il y avait des incendies de ce genre ».

La paille, l’objet du tourment

D’habitude les incendies dans la station balnéaire sont causés par des accidents domestiques : les barbecues entre résidents, le débroussaillage, le travail de certains ouvriers qui réparent à l’aide de chalumeau.

A Saly, l’objet de tous les tourments est la paille. Élément design du tourisme, elle attire. Dans beaucoup de réceptifs, résidences, domaines, les constructions sont faites avec de la paille, du boudin. Certains militent pour leur suppression, alors que d’autres qui aiment l’exotisme considèrent que les réceptifs doivent garder l’élément design qui symbolise l’Afrique.

« Il faut changer la paille. Pourquoi la paille ? Ce sont les investisseurs qui choisissent la paille pour embellir. Si la paille n’a pas de sécurité, il faut la changer », assure M. Ndiaye.

Boly Gueye de faire savoir : « Le gouverneur avait interdit tout ce qui est paille et boudin, certaines structures avaient commencé à travailler dessus. Mais il n’y a pas eu de suite. Il faut des produits d’ignifugation au niveau de la paille et du boudin. C’est un produit qui, quand on le met sur la paille, quand il y a du feu, ça ne prend pas. Des renforcements de capacités ont été fait dans ce cadre avec les pompiers mais rien n’a été fait ».

Par exemple, l’hôtel Lamantin Beach avait brûlé en janvier 2011. Pour éviter les incendies, les constructions ont été dallées avant la pose de la paille. La dalle peut limiter les dégâts, mais ce n’est point suffisant. D’ailleurs, la Société d’aménagement de la Petite-Côte (Sapco) permet aux propriétaires des résidences de transformer la paille en tuile, en cas de nécessité. Pour Boly Gueye, la solution si on veut garder la paille c’est de l’ignifuger.

Pour effectuer certains travaux dans une domaine, une résidence, un villa ou réceptif, le propriétaire doit déposer une demande de permis de feu à la caserne des sapeurs-pompiers. Après avoir reçu une autorisation, les travaux peuvent être entamés. En outre, la caserne met un élément de la brigade des sapeurs-pompiers à leur disposition pour qu’en cas de catastrophe, les premiers secours puissent être apportés, afin d’éviter la propagation du feu.

A chaque fois, qu’il y a incendie, l’irresponsabilité des ouvriers et le manque de vigilance des résidents sont pointés du doigt.

Dotée de plusieurs citernes de 10 000 litres et d’autopompes qui peuvent fournir 8 lances, la brigade des sapeurs-pompiers de la commune a le matériel pour circonscrire à un feu.

Difficulté d’accès

Mais c’est le non-respect des normes de sécurité au moment de construire qui pose le plus problème. La sécurité est tellement bien prise en compte dans les villas où il serait difficile aux occupants de sortir sans difficulté en cas d’incendie. Les fenêtres des chambres sont barricadées par des grilles. On ne peut les soulever pour faire passer un tuyau d’incendie.

En cas de sinistre, l’autre difficulté dans les résidences, c’est l’accès pour les secouristes. Les allées sont étroites et contiguës. Dans certaines résidences, il n’y a que des couloirs pour les personnes. Même s’il fallait évacuer un certain nombre de personnes, ce serait difficile, vu l’étroitesse des couloirs. Les résidences ne sont pas aux normes sécuritaires, elles ne respectent pas les normes de construction.

« L’isolement n’est pas suffisant, l’accessibilité n’y est pas, s’il y a un feu, ça va cramer

Dans certaines résidences, il y a un matériel minimal qui n’est pas adapté à la lutte contre les incendies. Plusieurs d’entre elles sont dépourvues de moyens de secours. Les sapeurs-pompiers ont toujours du mal à accéder à l’enceinte des établissements atteints par le feu.
La conception et la desserte (les voies d’accès qui permettent d’arriver jusqu’à l’établissement) posent problème.

Sur un parcours de 600 mètres, toutes les villas sont contiguës, il n’y a que des couloirs pour piétons. De ce fait, l’engin des sapeurs-pompiers ne peut pas y accéder. Dès que l’incendie se déclare et se dirige vers l’intérieur, le véhicule des pompiers qui arrive ne peut se garer qu’à une distance de 400 mètres. Alors imaginez qu’il faille établir des tuyaux sur 400 mètres, le temps que cela va prendre pour éteindre le feu.
Ce qui fait qu’ à Saly, il y a un cocktail assez explosif qu’il faudra désamorcer pour sécuriser davantage la station.

Réhabiliter le comité de station

Pour les acteurs, il est temps que les autorités prennent en main la question de la sécurité. La réhabilitation du comité de station serait bénéfique dans ce sens.
« Cela fait 5 ans que le comité de station ne fonctionne plus. Il y a lieu de reprendre les choses en main, on a laissé trop de liberté à la para-hôtellerie. On doit réhabiliter le comité de station qu’il puisse vérifier, contrôler parce que c’est ce qui se faisait avant. Les gens faisaient des visites chaque deux mois dans tous les établissements touristiques. Ce qui permettait de créer de la sécurité, aujourd’hui ces choses n’existent plus à Saly et c’est déplorable » a estimé le président du Compact Yaatal.
Et le manque de suivi dans les prises de décision mine toutes les dispositions entreprises.

Il invite l’État à mettre tous les mécanismes qui puissent leur permettre de mieux sécuriser la station touristique « parce que nous sommes une station pionnière », assure M. Gueye.

Chaque fois, au désarroi, succède la tristesse, puis la promesse de solutions et de mesures concrètes. Des paroles et ensuite l’oubli, jusqu’au prochain incendie. En tout cas, à Saly, les années se suivent et les mêmes sinistres reviennent. Pour combien de temps encore?

Khady NDOYE / Seneweb.com

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4 réponses

  1. Abdul dit :

    Bla bla bla bla bla bla….

  2. Eddy dit :

    En effet blabla bla si les touristes se sentaient en sécurité ils ne mettraient ps de grilles à leurs fenêtres…

  3. oyster dit :

    Un journaliste en mal de copie ?

  4. Alexandre Vanbraekel dit :

    cher journaliste si vous pouvez ou voulez faire qq chose allez demander aux Autorités d!exiger des permis de batir de faire démolir des choses hors normes , en finir avec les passes droits , suivre à la lettre les réglements et les faire appliquer même si c’est une grosse légumes ou un émirs et ceci dans tout le Sénégal , surtout le Sénégal touristique !!!
    Depuis Dakar jusqu’au Saloum ( des hotels sans permis sans allure, des maisons à étages non permis dans ce site protégé, un ponton en Beton et Casamance !

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