BETTENTY, VILLAGE INSULAIRE DANS LE DELTA DU SALOUM

Un havre de paix niché entre le Sénégal et la Gambie

Les îles du Saloum sont une merveille. Bettenty, situé dans la commune de Toubacouta, région de Fatick, est un petit paradis sur terre. Cette localité insulaire, perdue dans les eaux du delta, se trouve à mi-chemin entre le Sénégal et la Gambie et vit presque en autarcie à cause de son enclavement.

Bettenty, petit paradis terrestre, est niché dans l’environnement particulier et très étendu des « bolongs », un réseau de plusieurs bras de mer sur des centaines de kilomètres carrés. Ce village est l’une des îles habitées et où il fait bon vivre. La ceinture de palétuviers et de mangrove sur la rive, sa flore et sa faune très caractéristiques de diverses espèces animales et végétales, entourent le village et accueillent les hôtes.

Il faut faire 13 km de route à partir de Toubacouta, emprunter une piste peu praticable pour arriver à Missirah et découvrir ses bolongs avant de s’y plonger par une pirogue et rallier Bettenty. En ce jour de début de semaine du mois de mai, à 12 heures, le soleil darde ses rayons dans ces bolongs bordés de mangroves à palétuviers recouverts partiellement à marée haute. Le paysage, entouré d’îlots et de plans d’eau, berce les voyageurs.

Les minutes s’égrènent, de petits pélagiques s’agitent dans l’eau, l’alizé maritime souffle et caresse notre corps. En direction de Bettenty, le capitaine Pape Faye appuie sur l’accélérateur, la pirogue vrombit et déchire les vagues, traverse l’embouchure, cette partie où les eaux du fleuve Saloum se jettent dans l’Océan Atlantique. Un trajet sinueux parsemé de bancs de sable. Il faut de l’expérience pour les contourner et avancer vers l’île.

Après environ deux tours d’horloge, la pirogue accoste au petit quai de Bettenty. L’île est une merveille à contempler. Bettenty nous reçoit avec ses nombreux cocotiers qui surplombent l’océan. L’école du village, le poste de police nouvellement construit, les mosquées situés sur le rivage accueillent les visiteurs.

Sénégalo-gambiens
À la tombée de la nuit, on aperçoit les lumières de Banjul depuis l’île. Selon un résident, les populations de la zone font généralement le marché en Gambie voisine. Leur principale activité est la pêche. Avec la rareté de la ressource, les populations s’adaptent pour survivre.

Une source informe que certains habitants de Bettenty seraient même détenteurs de papiers gambiens. Isolés dans les « bolongs » du Saloum, ils se sentiraient plus gambiens que sénégalais. En effet, les hommes et femmes de Bettenty mènent la plupart de leurs activités dans cette enclave au cœur du Sénégal. Pour sauver la face, l’État sénégalais avait même envisagé d’ériger la localité en commune. Mais, ce n’est toujours pas effectif, selon toujours notre source.

Bettenty est sorti de l’anonymat après le drame survenu le 24 avril 2017. Le chavirement d’une pirogue avait fait 21 morts pour la plupart des femmes. C’est une tragédie inoubliable, une étiquette désormais collée à la localité.

Aux origines de Bettenty
Bettenty est un nom manding qui vient de « Beteyenta » et veut dire « bon pour tous ». Quant à Bettenty, cela signifie « bon pour moi ». Selon Bacary Mané, responsable de la radio communautaire de la localité, qui rapporte la tradition orale, le village est issu de la rencontre de deux ethnies (sérère et mandingue). Naturellement et historiquement, le delta du Saloum est habité par les « niominkas », dont l’activité principale est la pêche.
C’est un brassage du mandingue qui vient vers la Gambie, la Guinée Bissau et même du Mali. Mais aussi du sérère qui vient du nord et du centre du Sénégal. C’est donc ce brassage qui a donné naissance aux « niominkas ». À Bettenty, on voit des noms de familles tels que les Sarr, les Diouf qui ne parlent que le mandingue. Aussi, à côté, il y a les Mané et d’autres qui sont d’origine mandingue. D’après Bacary Mané, cette population a cohabité pendant au moins 1000 ans. Ainsi, avec l’islamisation, cette religion a pris le dessus sur l’animisme. Aujourd’hui, la population est cent pour cent musulmane. Le village est fondé par Sandy Coly Ndao il y a plus de 900 ans.

La cueillette de la mangrove fait l’affaire des résidents
L’environnement des villages voisins offre un paysage de savane marqué par de nombreuses vallées fertiles. C’est une zone constituée de mangroves. La cueillette de la mangrove s’opère au mois de février et la campagne dure généralement trois mois. La mangrove est très utile dans l’écosystème marin. Les poissons se nourrissent de l’herbe. Aussi, les femmes et des hommes des îles du Saloum commercialisent certains fruits de mer, tirés de la mangrove, comme le « pagne » et le « yokhos » (huîtres fumées) dont le kilogramme est vendu jusqu’à 5000 francs cfa. Avec les localités insulaires, le Sénégal a de quoi vendre au monde.

Djiby DEM/laviesenegalaise.com

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