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Le Sénégal sans «politique touristique réelle»: Une décennie de tâtonnements

Le Tourisme sénégalais vit les heures les plus sombres de son histoire. Ce secteur est en déliquescence depuis des années. Une situation corsée par la pandémie de la covid-19, qui l’enfouit dans une dynamique chaotique. Radioscopie d’une mort lente.
Le secteur touristique a de tout temps constitué une des principales mamelles de l’économie sénégalaise. Avec la pêche, il a été l’une des principales sources de devises du budget national et a eu à représenter un taux de 10% du Produit intérieur brut (PIB), pour des recettes évaluées à près de 700 milliards FCfa. Dans ces moments d’essor, le Sénégal faisait le plein de flot touristique avec plus de 1,6 millions de visiteurs en provenance de l’étranger.
Mais autre temps, autre décor. Le secteur qui a battu de l’aile bien avant la survenue de la covid-19, se meut dans une déchéance totale. Les autorités n’ont pas su valoriser de manière remarquable l’univers touristique. Malgré une position géographique privilégiée par rapport à l’ Europe et la stabilité qui caractérise notre pays, depuis une décennie, il a été noté une inadéquation qualitative de certaines offres de produits aux standards internationaux A cela s’ajoute le faible niveau de présence et d’engagement des investisseurs étrangers.
Le vieillissement et l’absence de structuration de l’offre d’hébergement constituent selon les spécialistes, un écueil pour l’essor touristique. Le manque global de promotion de la destination, notamment envers les marchés émetteurs, le potentiel touristique sous-exploité, symbolisent des faiblesses du secteur. Last but not least, la faible circulation des Sénégalais à l’intérieur du pays, à la découverte des potentiels touristiques.
Le ministre du Tourisme Alioune Sarr n’a pas encore su vendre la destination Sénégal à ses compatriotes, à plus forte raison aux étrangers. Cette conjonction de facteurs fait que notre tourisme semble encore se chercher dans une mare de contraintes. Nos gouvernants malgré le jeu de chaises musicales opéré depuis une dizaine d’années à la tête de ce département, subissent la descente aux enfers du secteur touristique sans réaction appropriée. Ne me parlez surtout pas de la covid-19 pour justifier la mort du Tourisme. Tous les pays luttent contre ce virus qui secoue le monde entier.
En tout état de cause, les travailleurs qui y gagnaient leur vie, ont été éjectés dans la rue et ont vu leurs familles disloquées. Dans la sous- région, des pays comme le Cap- vert ou le Maroc, sans doute plus dynamiques et plus créateurs, ont brouillé les pistes de la destination Sénégal et lui ont damé le pion.
Désolation
De la presqu’île du Cap- vert au Cap- Skirring et en Casamance, en passant par la Petite-Côte et les îles du Saloum (la Polynésie du Sénégal), jusqu’à Saint- Louis au nord du pays, le spectacle a frisé la désolation. Avec ces hôtels, réceptifs, campements désertés par les visiteurs et touristes de l’étranger, dont la plupart ont mis la clé sous le paillasson. Comme c’est le cas sur la Petite-Côte, de Mbour à Joal- Fadiouth. Dans ces lieux se battait le pouls de toute une vie économique locale et nationale.
100 000 travailleurs en chômage
Plus de 100.000 travailleurs employés qui trouvaient des sources de revenus, ont connu le chômage technique ou la perte définitive d’emploi.
Ces employés n’ont pas été les seules victimes et les perdants d’une situation de récession socio-économique généralisée. Parce que le tourisme balnéaire, intégré ou domestique, à Ngor, Saint- Louis, Tambacounda, Mbour, Saly, Cap Skiring, Ndiémbéring, Ndagane Sambou, Dionewar, Bassoul ou ailleurs, font aussi travailler des hommes et des femmes dans ou autour des réceptifs. Ces derniers s’étaient organisés autour de pôles attractifs d’activités lucratives diverses. Autrement, une véritable industrie et entreprises où restaurateurs, gargotiers, tenanciers de bars- dancings, ouvriers, artisans, artistes, musiciens, danseurs, échoppes, tailleurs, tisserands, pisteurs, mécaniciens, électriciens, taxis clandos et horaires, vendeurs de denrées alimentaires, de fruits, de légumes, de pistaches ( gerté thiaff), etc, trouvaient des emplois rémunérateurs et générateurs de revenus notables.
Pour faire vivre leurs familles et une bonne partie du reste de la société. Tout un monde, toute une vie s’est ainsi effondrée, avec des ménages et foyers ne parvenant plus à assurer les trois repas aux enfants, des chefs de famille ne pouvant plus payer les frais de scolarité ou les ordonnances médicales de la progéniture. Dans cet univers clos, le temps s’est arrêté de voler. Les divorces au sein des domiciles conjugaux, l’exil des jeunes garçons et filles à Dakar où ils deviennent des bonnes, des domestiques, des laveurs de véhicules, apprentis cars rapides ou « boudjous », l’émigration vers un ailleurs incertain, y ont été ainsi monnaie courante.
Avec la trouvaille de vaccins, les espoirs d’une extinction de la pandémie dans un avenir proche se sont confirmés.
70 milliards de FCFA pour relancer le Tourisme : une goutte d’eau dans la mer
Cependant, l’enveloppe de 77 milliards FCfa débloquée par l’Etat pour la réalisation d’un programme de relance du secteur touristique, pourrait s’avérer comme une portion congrue. Au vu de l’immensité des actes et des réalisations à poser dans le secteur. Selon les principaux acteurs du secteur, la relance, c’est la viabilisation des domaines d’exercice et d’implantation d’infrastructures requises avec la disposition de voies routières praticables, de courant électrique et d’eau courante. C’est aussi des postes de santé, de police, de brigades de gendarmerie, pour veiller à la sécurité des biens et des personnes, de brigade d’hygiène et de propreté pour la salubrité de l’environnement et des milieux ambiants.
Cette relance, c’est surtout la réhabilitation des parcs nationaux tels Niokolocoba, Djoudj, l’île aux oiseaux, mais aussi des sites culturels et historiques éparpillés dans les différentes régions du pays. Pour la redéfinition d’un nouveau tourisme de loisirs et de découverte. De là, selon les experts du domaine, qu’un potentiel d’emploi élevé, pourrait être exhumé et s’offrir pour, principalement, la jeunesse désoeuvrée du pays.
La réalité touristique des terroirs à valoriser
Les différentes destinations touristiques au Sénégal vont immanquablement se présenter comme de véritables niches et de possibilités d’emplois à décupler, à encourager, à promouvoir. Un terreau aussi propice, pour que des financements dévolus à la jeunesse du pays, soient orientés, vers cette frange de la population active des différents pôles touristiques, à l’expérience de la gestion, des transactions et opérations commerciales avérées. Des investissements financiers qui ne peuvent être considérés et enregistrés ultérieurement dans le registres des pertes et profits, comme cela pourrait se passer ailleurs. La revitalisation et la relance du tourisme sénégalais devraient passer par là. Afin de pouvoir aussi fouetter la croissance d’une économie nationale ayant chuté de plus de 6% à moins de 2%. Les manettes sont entre les mains des décideurs, pour aussi pouvoir donner vie et espoir à tant de desperados, que les mamelles asséchées du tourisme ne parviennent plus à allaiter.
Mohamed El Amine THIOUNE Direct News/leral.net

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8 réponses

  1. Yvesbzh dit :

    Fut un temps où l’a n’a pu rever
    Maintenant l’on va en crever

  2. Desmarest dit :

    Malheureusement c’est trop souvent le tourisme de masse qui a été privilégié alors même que ce n’est pas lui qui fait vivre le plus de sénégalais.
    Manque de communication aussi, aucune promotion du Sénégal en tant que destination touristique. Seule les agences de voyage vendent des séjours à Sally….
    Autres handicapes aussi la distribution de l’eau, de l’électricité et l’insécurité…

  3. Yvesbzh dit :

    On ne va pas refaire l’histoire . C’est trop tard
    Le Sénégal avait vraiment une carte à jouer et bénéficiait d’une bonne réputation tant à la gentillesse de ses populations , de ses paysages maritimes ,ses plages de sable blanc etc etc
    Il y faisait bon vivre ,entre résidents et population ,il y avait harmonie et respect (il y a eu des erreurs de part et d’autre)
    La cohabitation se passait bien ,l’on pouvait se promener n’importe où sans craindre ,sur la petite côté les cabanons n’avaient de barreaux et les délits étaient rares .
    La politique au nom de l’indépendance
    La fierté mal placée
    La religion au nom de Dieu
    Sont venus rompre cette harmonie
    Et nous ont menés avec regrets à la situation actuelle

  4. Bonjour,
    Trop tard !…
    Je ne crois pas que cela soit le cas à condition de vouloir se donner les moyens vis à vis des agences de voyages ,et, de voir aussi comment cela se passe au MAROC .
    bref pour reçevoir des devises ,il faut aussi quelques sacrifices en particulier au niveau des tarifs .

  5. Reginald GROUX dit :

    Depuis des années, le secteur du tourisme a été confié à des incapables. Au Sénégal, il se dit que l’on nomme les ministres pour leur capacité à rassembler des votes, pas pour leur compétence dans le domaine qui leur est attribué, hormis quelques ministères clés. Le magnifique musée MAHICAO à Djilor, qui attire beaucoup de dakarois et qui est loué par tous ceux qui le visitent, ne jouit d’aucune publicité au niveau national alors que c’est un véritable atout pour faire venir du monde dans la région des îles du Saloum. Dans le village de Djior, pas même un débarcadère pour embarquer des touristes pour des promenades en pirogue, aucune promotion de la superbe forêt de rôniers de Samba Dia. Il suffirait de confier le tourisme à quelques professionnels recrutés à l’international pour que ça reparte, mais de toute évidence, tout le monde s’en tape. 77 milliards, ça va forcément laisser des miettes et c’est cela qui compte. Les acteurs du tourisme qui crèvent de faim, ça n’émeut personne dans un pays où le fatalisme règne en maître. Mektoub, c’était écrit…

  6. Chip Olata dit :

    Il est fort compliqué de venir au Sénégal (laissez-passer consulaire entre autres). Par ailleurs, les taxes aéroportuaires répercutées sur les billets d’avion sont très élevées. Avec la Covid, l’insécurité s’est installée partout et ce ne sont pas les hommes en tenue qui vont la réprimer. Ils sont bien trop occupés à glaner quelques billets de ci de là pour gonfler leurs fins de mois. Sans les touristes, les villas de location tombent en ruine faute d’entretien. Les pannes d’électricité comme les coupures d’eau sont bien plus fréquentes. Tout est en train de couler et on se demande où se cache le capitaine pour redresser la barre. Triste, très triste, d’autant que le peuple sénégalais souffre dans un silence bien trop assourdissant 🙁

  7. Pol moulin dit :

    Le seul prix du billet d’avion , avec la taxe aéroportuaire, permettrait d’aller au Maroc , Tunisie , Gréce etc… 15 jours en hôtel avion compris .

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