LES RESTITUTIONS DE LA FRANCE AU SENEGAL

Le MAHICAO au cœur des restitutions

J’informais ceux qui suivent ma page Facebook, il y a peu, que j’avais été sollicité pour donner mon avis sur les restitutions auprès de l’Assemblée Nationale française.

La visio-conférence a eu lieu la semaine passée, animée par monsieur Yannick Kerlogot, rapporteur du projet et en présence d’autres parlementaires. D’évidence, les parlementaires m’ont apparu très soucieux de s’informer de tous les aspects de la restitution avant de légiférer.

Je leur ai fait part que sur le plan moral, il est difficile de s’opposer aux restitutions, c’est une évidence.

Du point de vue pratique, j’ai émis quelques réserves que je développerai ci-dessous. Je leur ai aussi suggéré de consulter les deux articles que j’avais écrit dans la Tribune de l’Art relatifs au problème de la la restitution ainsi qu’aux mouvements des biens culturels depuis l’Afrique vers l’Europe. https://www.latribunedelart.com/restitutions-et-si-on-faisait-un-peu-d-histoire et https://www.latribunedelart.com/nouvelle-contribution-a-l-epineux-probleme-des-restitutions

En réponse à la question du député, de savoir si les restitutions devaient être assorties de conditions voici ce que j’ai répondu : j’ai dit que selon mon opinion, le sabre de El Hadj Omar devait être exposé dans un contexte historique neutre qui ne cache aucune vérité. Que l’on raconte le rôle de El Hadj Omar dans l’expansion de l’Islam au Sénégal et au Mali, c’est un fait historique qui fait sa grandeur aux yeux des croyants. Pour autant, le rôle qu’il a joué dans la déportation de milliers de réfractaires à l’Islam et leur mise en vente comme esclaves, (ce qui lui procurait des revenus pour continuer la guerre), ne peut pas et ne doit pas être caché au public qui visite le MCN à Dakar. Je me suis placé bien au-dessus de considérations d’ordre confessionnel ou idéologique, naturellement. Je pense qu’en contemplant la vitrine où est exposé le sabre, les sénégalais doivent pouvoir appréhender leur histoire telle qu’elle s’est déroulée, laquelle, comme dans tous les pays aux époques les plus sombres de leur passé, a des côtés que l’on voudrait bien oublier. De la même façon, j’ai indiqué que les livres scolaires – j’ai pris l’exemple sur celui de ma fille en CM 1 – devraient cesser d’occulter l’existence de la traite arabo-musulmane, laquelle s’est étendue sans interruption sur onze cents ans, et que ces mêmes livres devraient cesser d’enseigner que les Blancs allaient eux-mêmes capturer les esclaves en brousse ou que les missionnaires (arrivés au Sénégal quarante ans après l’abolition) avaient encouragé la traite négrière. Occulter des pans de l’histoire, c’est déjà grave, mais la déformer à ce point-là c’est totalement inacceptable : cela s’appelle du révisionnisme. Évidemment, les députés sont tombés de haut, ils ne pouvaient le croire, et je leur ai envoyé, à leur demande, les pages du livre incriminé. En regard de ces faits, j’ai exprimé l’avis que le retour du sabre pourrait être interprété comme un signe de ralliement religieux davantage que comme un objet témoin d’un passé historique (n’est-il pas exposé dans une salle aux murs couverts de planches coraniques ?). Naturellement ce n’est pas le rôle d’un musée de développer ou d’encourager une idéologie : le musée n’est pas militant, il doit rapprocher les peuples et non pas les éloigner les uns des autres.

J’ai fait part aux députés que, vivant au Sénégal, j’avais constaté un déni total de la responsabilité des africains dans la traite négrière ainsi que, comme je l’ai dit plus haut, la négation de la traite arabo-musulmane. J’ai bien précisé qu’il ne s’agissait pas d’une opinion partisane mais de l’observation de faits et de comportements.

J’ai fait ressortir la haine anti-Blancs qui se développait au Sénégal sur les réseaux sociaux, haine souvent associée à un islam mal compris, ou encouragée par une religion manipulée. Il est clair qu’il y a une corrélation entre ces mouvements et l’ignorance de l’histoire, laquelle incrimine les français de tous les maux passés, présents et à venir…

J’ai donc conclu que si le retour du sabre devait se faire à titre définitif, il devrait être assorti de la condition qu’il soit exposé dans un cadre historique rigoureux et que l’état du Sénégal s’engage à ne plus pratiquer un révisionnisme qui fait supporter tout le poids de l’esclavage aux Blancs. Et ceci, non pas pour tenter l’alléger la faute de nos ancêtres, mais pour que les sénégalais puissent affronter leur histoire les yeux dans les yeux, ce qui est salutaire dans toute démocratie soucieuse d’avancer vers la modernité dans un climat d’apaisement.

Je sais que mes propos déplairont à certains, mais le révisionnisme historique est toujours générateur de fractures sociales. Et de façon plus alarmante, partout où il apparaît, c’est le précurseur de troubles qui annoncent la fin de la démocratie. La condition pour la restitution du sabre d’El Hadj Omar devrait donc, selon moi, exiger qu’il soit présenté comme un facteur de rapprochement et d’apaisement plutôt qu’être exposé comme l’icône d’un personnage historique, porteur d’une idéologie religieuse susceptible de déraper à tout moment.

Il a été aussi question pendant cette audition de la création de musées en Afrique ou dans les régions du Sénégal. J’ai expliqué mon point de vue, qui consiste à dire que la fourniture de musées « clé en main » est un impératif et qu’il faut que ce soit prioritaire sur les restitutions. J’ai rappelé que le musée MAHICAO que j’ai créé à Djilor a été retenu comme musée pilote par l’Académie Diplomatique Africaine, qui œuvre pour la création de musées en régions sur le territoire sénégalais. J’ai souligné l’incroyable succès du musée tant auprès des touristes qu’auprès des populations locales. Pour ceux que cela intéresse, vous pouvez voir le dossier complet que j’ai fait parvenir aux députés sur le lien https://www.flipsnack.com/page-flip-software/publish/1p3wii97t9

Voilà, j’avais fait la promesse de restituer les débats, promesse tenue.

Réginald Groux – http://mahicao.org

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20 réponses

  1. Benjamin dit :

    MERCI, MERCI, et encore MERCI d’éclairer la chandelle de ceux qui se préservent dans la nuit. L’ignorance ne doit pas laisser place à la stupidité. Je suis blanc, époux d’une Sénégalaise je vie ici depuis longtemps et j’ai connu ce pays à l’age de 16 ans et je salue votre intervention qui contribue fortement à ces discutions que j’ai trop souvent du instruire avec nos autochtones qui ne connaissent absolument pas l’histoire de leur pays.

  2. le chaman dit :

    Merci beaucoup Réginald pour cet éclairage. Restituer l’histoire avec un grand H, c’est très important en ces périodes troublantes, sous les coups de boutoir de fanatiques religieux, qui veulent entraîner le peuple dans l’ignorance et l’obscurantisme.

  3. reginald Groux dit :

    J’ajouterai que l’on ne peut pas raisonnablement demander à un pays de faire face à son passé en refusant de regarder le sien.

  4. Bernard dit :

    Très intéressant article mais parmi les Sénégalais qui le lira ?

    • Benjamin dit :

      Bonsoir Bernard, vous nous posez une question ? Mais la réponse est simple … ceux que vous y inviterez … on a tous besoin d’un guide dans la vie.

  5. issa gibb dit :

    Un peuple qui renie son passé, n’a pas d’avenir !
    Et très bonne initiative de votre part, d’informer les députés de l’Assemblée Nationale Française de ce qui se passe au Sénégal : montée Islamiste et anti-Française, etc… profitant de la restitution du pseudo-sabre de El Hadj Oumar Tall (1794-1864) qui aurait plutôt appartenu à son fils aîné et son successeur pour l’Empire Toutcouleur, Ahmadou Tall (1836-1898) ??? Tandis que El Hadj Malick Sy (1855-1922) fondateur de Tivaouane, lui succèdera au Khalifat Tidjane au Sénégal en 1888, sans sabre…

  6. alphaD dit :

    Sauf à être un érudit, retirer ses œillères à un Sénégalais (surtout musulman)est quasi une impossibilité. Depuis des années, même si certains Sénégalais, eux-même, tentent de rétablir la vérité sur l’esclavage et la colonisation, ces idées ont de grandes difficultés à s’imposer . Certains occidentaux s’y sont d’ailleurs mis à asseoir un faux devoir de mémoire qui entretien la haine de l’Africain pour tout ce qui est blanc. Par ignorance ou perversité ? Evidemment, entre musulmans on ne se tue pas, on ne se critique pas. Tout le monde le sait bien : la traite arabo-musulmane, les razzias, cela n’a jamais existé, les blancs sont mauvais, exploiteurs et les Chinois sont si gentils et généreux…
    Quand aux Sénégalais, ils n’ont jamais rien fait de mal, ils sont bons, pas corrompus du tout et très accueillants même à l’aéroport qui ouvre ses portes à tout le monde !
    J’ai toujours admiré nos belles têtes souriantes et les dents blanches dans publicités touristiques. On ne voit jamais le bas de l’image avec la main tendue… ou le poing. Allez, j’arrête : je deviens méchant…
    A vous qui savez et tentez de rétablir la vérité : ne lâchez jamais !

  7. PHILIPPE dit :

    Merci monsieur Groux pour ce coup de projecteur sur l’histoire et d’avoir éclairer à cette occasion sur le dévoiement de celle ci ….

  8. trevidic dit :

    La traite arabo musulmane existait avant la création du SENEGAL par la FRANCE

  9. Ndiaye dit :

    Un proverbe wolof dit en résumé :
    Dire fièrement « je n’en faisais pas partie! » c’est beaucoup mieux que de clamer partout « oui mais ce n’était pas seulement moi.. ».
    On peut appliquer cela à ces grands criminels esclavagistes dont certains cherchent à leur trouver encore de nos jours des circonstances atténuantes à leur ignominie organisée et planifié à grande échelle pendant des siècles.
    Si l’esclavage a pris une grande valeur commerciale, qui nécessitait un « approvisionnement » régulier par le biais des autochtones, c’est grandement à cause de ces criminels venus d’ailleurs, sous l’autorité de leurs rois successifs au moyen age, avec le silence coupable de l’église de l’époque.
    Les montants colossaux engendrés par ce trafic intercontinental ont permis la construction et le développement fulgurant de certaines de leurs villes, et l’exemple le plus illustratif reste jusqu’à ce jour, là où crèche leur président actuel. Cette célèbre bâtisse n’a jamais été prévu initialement comme devant être le siège du pouvoir, car il fût construit avec les revenus illicites d’un grand négociant esclavagiste considéré à l’époque que l’une des plus grandes fortunes du royaume, et qui l’a offert, par stratégie, à un aristocrate qui voulait intégrer la haute bourgeoisie royale.
    Un exemple patent de bien mal acquis..
    En plus, avant ce trafic international, l’asservissement (domestiques de maison ou « soldats ») des captifs issus des trafics entre autochtones n’a absolument rien à voir avec la barbarie du commerce triangulaire, barbarie accentuée par le racisme qui considérait quasiment ces pauvres gens comme des animaux à tout faire et dont le statut d’humains ne leur était même pas reconnu.

  10. Ndiaye dit :

    Pour la grande histoire…
    https://www.franceculture.fr/histoire/lelysee-le-plus-grand-symbole-a-paris-du-passe-esclavagiste-de-la-france
    (non.. ce site n’a pas été piraté par des chinois ou des russes ou les méchants turcs)

    • PHILIPPE dit :

      Oui, il n’a pas été piraté et révèle une vérité qui n’est malheureusement pas la seule, vous en déplaise….
      Ce qui manque le plus dans ces débats, c’est l’honnêteté intellectuelle.
      Peu nombreux (je parle de pays, de peuples) sont ceux qui ont les mains propres vis à vis de esclavage.
      Montrer du doigt, une partie et une seule partie, est non seulement injuste et révèle une intelligence limitée…

    • Xx dit :

      Ah oui, ça vous emm… hein, le livre de Tidiane Ndiaye (le génocide voilé). Difficile d’accepter la réalité, surtout venant d’un Sénégalais connu et reconnu et apprécié !

  11. Yvesbzhr dit :

    RÉCIPROCITÉ = RENDEZ NOUS L’ARGENT

  12. issa gibb dit :

    On a jamais renié l’existence, l’inhumanité, les souffrances et les atrocités de l’Esclavage négrier du Commerce
    Triangulaire ou Traite Européenne-Transatlantique du 15° au 19° siècle, estimé à 16 millions d’esclaves…

    On dénonce le déni des Africains, mais aussi celui des peuples Arabes, de la Traite intra-Africaine du 8° au 20° siècle où des Africains ont participé activement à la mise en esclavage de leurs frères Africains, au début, dans leurs exploitations dans l’Empire du Mali et celui du Ghana… Puis ensuite, pour les vendre aux trafiquants esclavagistes de la Traite négrière Arabo-Musulmane du 11° au 20° siècle et ceux de la Traite négrière Transatlantique-Européenne du 15° au 19° siècle, où il reste de nombreux descendants aux Amériques, au contraire du génocide programmé des esclaves Africains par les autorités de la Traite Arabo-Musulmane où il ne reste aucun survivant, dans cette traite estimée à 20 millions d’esclaves, très bien traité dans le livre « Le Génocide Voilé » de l’anthropologue Sénégalais, Tidiane N’Diaye… Et çà ne s’invente pas !

    Renier et rester dans le déni de ces 2 traites négrières (intra-Africaine et Arabo-musulmane) est un oubli historique inacceptable qui relève de la malhonnêteté intellectuelle ou de la propagande Islamiste au même niveau que les Imams révisionnistes qui prêchent aujourd’hui, dans les mosquées du Monde entier que la Shoah ou le génocide des Juifs par les Nazis, n’a jamais existé et que çà n’existe que dans les films Américains ???
    Honte à ces gens-là ! Lâches menteurs jusqu’à oublier leurs passés ou à arranger la Vérité historique
    à leurs sauces pourries, pour enfumer leurs peuples incultes et ignares de leurs passés et des comportements réels de leurs ancêtres par le passé… Avec un peu-beaucoup de racisme dans leurs sauces, comme si les Blancs étaient les seuls responsables de l’Esclavage des Africains dans l’Histoire… Malgré que les Blancs soient aussi les seuls capables de repentance sur l’Esclavage qu’ils ont aboli au 19 ° siècle, alors que des pays Arabes et Africains, le pratiquent, même sur des enfants, encore aujourd’hui, au 21° siècle… Merde !

  13. ivan dit :

    Issa a bien raison de resituer l’esclavagisme dans son ensemble. Aujourd’hui, l’obscurantisme accompagné de ses courtisans révisionnisme, ignorance et bêtise est devenu roi. Et si l’on veut parler d’histoire de l’esclavagisme, il faut en parler totalement, sans sélectionner un extrait et masquer le reste. Si l’on s’appuie sur les faits (et non sur des opinions révisionnistes), on constate que l’empire ottoman et ses descendants est de loin le plus grand peuple esclavagiste de tous les temps; à partir du 9ème siècle, les ottomans, grands consommateurs d’esclaves, ont commencé à diversifier leurs sources d’approvisionnement; l’Afrique, en s’appuyant sur des chefs africains pour la fourniture des esclaves, puis les pays slaves et l’Europe, avec comme fournisseurs les vikings. C’est de cette manière que les vikings, qui effectuaient des razzias chez les slaves, l’europe de l’ouest jusqu’aux côtes de la Méditerranée, se sont enrichis en vendant tous leurs prisonniers comme esclaves à Constantinople (du 9ème au 12ème siècle). Lorsque la source viking s’est tarie, les ottomans ont renforcé leur approvisionnement en Afrique et ce, jusqu’à une période récente. Ceci n’excuse surtout pas les européens qui ont pratiqué le trafic d’esclaves africains pendant 4 siècles, mais à une époque où les populations victimes demandent des comptes, il faut être exhaustif sur ce qui s’est passé, et si l’on entend parler des européens, il y a un silence assourdissant coté turc , qui ont oeuvré pendant plus de 10 siècles et sur une plus grande échelle, en Afrique, mais aussi dans les pays slaves et en Europe. Il est vrai que leur président en est encore à nier le génocide arménien (le plus bel exemple de révisionnisme d’état) et n’hésite pas à squatter un site historique chrétien pour en faire une mosquée .

  14. D. Bâ dit :

    Le plus terrible, c’est d’être soi-même esclave d’idées préconçues, de préjugés imbéciles, sans chercher à connaître LA véritable histoire de l’esclavage dans son ensemble, niant des vérités pourtant accessibles depuis l’avènement de l’Internet… (en choisissant des sites dignes de foi, bien évidemment)…
    Alors laissons les ânes continuer à braire… (et pardon pour les ânes, qui ne sont pas si bornés qu’on pourrait le croire !). Etre esclave de ses convictions dévoyées, être indécrottable, borné, c’est rester esclave, d’une manière ou d’une autre… Et dans certains pays, ils sont légion…

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