SITUATION SCANDALEUSE DANS LE SALOUM

A Fimela, une pénurie d’eau aux allures de casse-tête

L’approvisionnement en eau est devenu depuis deux ans un véritable casse-tête dans une partie de l’arrondissement de Fimela (Fatick), confrontée à une pénurie criante du liquide précieux, une situation qui a empiré ces deniers jours, au point de plonger dans la soif des communes entières telles que Ndangane où depuis plus de deux mois, la situation a même viré au calvaire.
Niché dans la région historique du Sine-Saloum, à cent-soixante kilomètres au sud de Dakar, Ndangane Sambou a les apparences d’un havre de paix. La localité est en effet prisée par les visiteurs qui sont, chaque année, des milliers à s’y rendre. Mais, cette image idyllique est aujourd’hui mise à mal par une longue et dure pénurie d’eau, qui a fini de jeter dans le désarroi les populations autochtones et les gérants des réceptifs hôteliers.
‘’[…] on peut dire qu’on est en train de vivre un calvaire, puisque l’eau est vitale et fait partie des premières nécessités de l’être humain. Alors que nous aujourd’hui, on ne peut plus boire ni se laver correctement’’, indique à l’APS Badara Fall, un des notables de Ndangane Sambou, un village de pêcheurs sérères.
Cela fait presque deux ans que les habitants de la commune de Ndangane et environs endurent cette situation.
‘’Au début, il y avait une baisse de pression. Ce qui obligeait les gens, nos braves hommes surtout, à se lever tard la nuit pour se procurer, avec beaucoup de patience, le liquide précieux. Mais là, actuellement depuis deux mois, plus aucune goutte ne coule de nos robinets’’, se désole-t-il.
Cette situation ‘’oblige’’ les populations à recourir à des charretiers pour s’approvisionner en eau dans les puits en brousse, ou dans des villages environnants tels que Yayem, Baboucar et Samba Dia.
‘’Vous savez, la plupart de ces puits ont été creusés par des bergers. Du coup, chaque matin, on est obligé d’attendre qu’ils abreuvent d’abord leurs troupeaux, avant de pouvoir nous servir’’, confie-t-il. Il indique que bon nombre de ces bergers ont décidé d’en interdire l’accès, de crainte de les voir tarir.
Se sentant incontournables, les charretiers spéculent sur le prix de l’eau, qui est passé du simple au triple, déclare Amy Ndiaye, une commerçante résidant au village voisin de Ndagane-Campement. Elle dit dépenser en moyenne, plus de mille cinq-cents francs par jour, pour s’approvisionner en eau.
‘’Le bidon de vingt litres, qui coûtait habituellement cinquante francs CFA, est aujourd’hui vendu entre cent et deux cents francs CFA’’, dénonce-t-elle.
Pour cette mère de famille, le plus inquiétant dans tout ça, c’est surtout la qualité de l’eau vendue. ‘’On ne s’est pas d’où elle vient et comment elle est puisée. Donc, pour me rassurer un peu, j’y ajoute de l’eau de javel, avant de l’utiliser’’, dit-elle.
Soupçon d’une augmentation des cas de diarrhée
Le médecin-chef du district sanitaire de Diofior, docteur Mouhamadou Ndiaye, révèle que selon des informations remontant à la mi-janvier, les cas de diarrhée auraient connu une augmentation dans la zone de Dangane, en comparaison avec les années précédentes. Toutefois, il précise que ‘’le lien épidémiologique n’est pas encore établi’’ entre l’eau consommée et l’augmentation des cas de diarrhée.
Selon lui, ‘’en pareille période, pour les autres années également, les cas de diarrhées sont plus importants que pour les autres périodes de l’année’’. Il promet que ‘’la situation sera faite sur le plan épidémiologique et les informations partagées avec les autorités administratives’’.
En attendant, il signale avoir demandé aux relais ‘’badianou gokh’’ (marraines de quartier) et aux acteurs communautaires, en collaboration avec les infirmiers et le service d’hygiène, de commencer les activités de sensibilisation et des visites de terrain, mais aussi de conseiller les populations sur l’utilisation de l’eau en fonction des sources d’approvisionnement.
L’activité touristique menacée
‘’ C’est très compliqué au niveau du tourisme. Ça fait trois ans et demi qu’on galère tous. On doit chaque jour trouver des solutions alternatives pour faire face à la demande de la clientèle’’, s’offusque Lionel Lopez, propriétaire depuis 13 ans de l’hôtel Le Cordon Bleu.
Pour ce ressortissant français établi durant toute cette période à Ndangane, ‘’étant donné que la fourniture de l’eau est une mission de service public, la logique voudrait que des citernes ou des solutions d’eau soient fournies gratuitement pour les villageois et réceptifs’’. ‘’Mais non, on paie’’, tempête-t-il.
‘’On est obligés, nous hôteliers, face aux clients, d’acheter presque tous les deux jours, des citernes d’eau à quinze mille francs CFA les 10m3, au lieu de quatre mille francs CFA, le prix normal, pour alimenter nos réservoirs’’, se désole-t-il.
Selon lui, la situation est plus alarmante pour les réceptifs touristiques situés sur les îles voisines de Mar Lodj, Mar Soulou et Mar Fafaco, dépourvues de voies terrestres pour le transport par des camions-citernes.
‘’Moi, j’ai une compassion particulière pour tous nos confrères et les populations qui sont dans les îles parce que nous, on arrive à nous faire livrer des citernes, parce qu’on est sur le continent. Mais sur l’île, on ne peut pas livrer des citernes de 10m3 sur des pirogues. Donc, là c’est pire que tout. Il y en a qui ont fermé. Il va y avoir des licenciements de personnel. Economiquement, c’est une catastrophe’’, avertit-il.
Pour Chantal Mennekoo et Gérard Caillé, gérants de l’Hôtel Kooniguy sur l’île de Mar Lodj, cette pénurie d’eau est en train de mettre en berne tout l’investissement consenti par l’Etat ces dernières années pour développer le tourisme dans cette zone.
Aujourd’hui, l’Etat a mis beaucoup de moyens dans ce secteur, sans compter l’autoroute à péage qui rapproche davantage la zone de l’aéroport. ‘’Mais voilà, il y a ce problème qui fait tache d’huile, nous obligeant à faire des dépenses supplémentaires exorbitantes pour assurer le service continu’’, s’offusque Gérard Caillé.
A en croire à Ousmane Sarr, rencontré au bureau d’information touristique de Ndangane, beaucoup de jeunes de la localité, notamment des jardiniers, ont perdu leur boulot.
Selon lui, le tourisme constitue depuis plusieurs années la principale activité économique pourvoyeuse d’emplois à Ndaganane, une localité dont le nom veut dire havre, ’’port d’embarquement’’ en langue sérère.
MK/ASG/MD/APS

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1 réponse

  1. issa gibb dit :

    Après les Talibés et la Corruption, c’est la 3ème Honte du Sénégal !
    2 ans sans eau, les autorités se foutent du Peuple !

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