VISA: AVIS DE DOUDOU DIOP

DOUDOU NGAGNA DIOP PRESIDENT DE L’ORGANISATION NATIONALE POUR L’INTEGRATION DU TOURISME SENEGALAIS (ONITS) : «Le retour du visa aura un impact négatif sur le tourisme»

Le ministre de l’Intérieur a annoncé, jeudi dernier, le rétablissement des visas d’entrée pour les étrangers, hors Cedeao. Ce visa obligatoire avait déjà été instauré le 01er juillet 2013, puis supprimé le 01er mars 2015, au grand soulagement des professionnels du tourisme. Les autorités mettent en avant des raisons sécuritaires pour justifier cette mesure.
Toutefois, selon le président de l’Organisation nationale pour l’intégration du tourisme sénégalais (ONITS), un tel rétablissement aura un impact négatif sur le tourisme national. Doudou Gnagna Diop appelle à une grande concertation entre l’Etat et tous les professionnels du secteur pour des mesures consensuelles permettant d’atténuer les impacts négatifs d’un rétablissement du visa d’entrée sur le tourisme sénégalais. Comme tous les autres professionnels surpris par l’annonce faite ce 10 octobre par le ministre de l’Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye, d’un possible retour du visa d’entrée au Sénégal, le président de l’ONITS semble lui aussi dépassé par les évènements.
Doudou Gnagna Diop ne cache que le secteur touristique national, qui connait des hauts et bas depuis près de 20 ans, pourrait tout simplement péricliter si une telle décision est mise en œuvre. Disant comprendre l’importance de la question sécuritaire mais aussi la nécessité d’instaurer la réciprocité dans certains cas, notre interlocuteur estime cependant que le Gouvernement doit penser aussi aux conséquences douloureuses que cela va provoquer au niveau de l’économie locale. «Par exemple au niveau de la Petite Côte et jusqu’au Sine Saloum, tout le monde sait que le tourisme fait vivre pratiquement toutes les familles parce que l’agriculture n’existe plus. La plupart des terres ont été vendues pour des investissements touristiques.
En outre, les seules activités résiduelles de maraîchage vivent du tourisme parce que les producteurs vendent leurs produits locaux au niveau des réceptifs touristiques. En dehors de ça, vous comprenez que le tourisme est la seule activité qui crée des emplois au Sénégal dans ces zones reculées et même au niveau de la Petite Côte. Mbour est devenue ce qu’elle est grâce au tourisme, il n’y a pas de doute sur ça. Donc, c’est un secteur tellement important qu’il faut réfléchir sérieusement avant de décider de remettre des paramètres ou des lois qui vont freiner son développement» souligne le présidentde l’ONITS.
Lequel dit ne pas oser comparer les recettes à tirer des visas de celles déjà rapportées par le tourisme. «Parce que le tourisme, malgré ses points négatifs, amène de la valeur ajoutée dans notre économie. Nous pensons donc que, en ces moments très difficiles traversés par notre économie, ce n’est pas opportun de rétablir des visas qui vont amener des charges supplémentaires pour le touriste.
Lequel considère déjà que la destination Sénégal n’est pas compétitive ?» explique Doudou Gnagna Diop. Sur ce dernier point, toutefois, leprésident de l’ONITS relativise pour dire que «j’ai entendu certains soutenir que la destination n’est pas compétitive, mais les avions qui viennent sont pourtant remplis. Mais peut-être s’agit-il du tourisme d’affaires.
Je crois que l’autre réflexion, c’était de dire qu’il n’y a pas assez d’avions pour la destination. Depuis 15 ans, on a vu l’évolution de la capacité d’accueil de la destination Sénégal, mais le nombre d’avions n’a pas bougé. Les modules de voyage ou les formes de voyage qui existent pour d’autres destinations tel que le low cost, la chartérisation… ne sont pas non plus viables» souligne le professionnel du tourisme.
Des impacts négatifs attendus à tous les niveaux Interrogé plus précisément sur les impacts directs du rétablissement du visa d’entrée sur le secteur touristique,
Doudou Gnagna Diop les a développés. «Il y a d’abord une baisse de la fréquentation. Actuellement, nous nous plaignons déjà de la faiblesse du nombre de touristes qui viennent. Au niveau du tourisme d’affaires, il y a eu une bonne évolution puisque Dakar est maintenant un centre d’affaires qui fonctionne.
En matière de tourisme de loisirs et de découvertes, nous connaissons des difficultés depuis l’instauration des visas. Par exemple c’est à partir de l’instauration des visas ajoutée au phénomène Ebola que beaucoup d’hôtels ont fermé au niveau de la Petite Côte. De Saly jusqu’à Joal, tous les grands hôtels ont fermé. Cela représente des milliers de pertes d’emplois et beaucoup de valeur ajoutée locale en moins, à travers la commercialisation des produits locaux et le manque d’activités attractives touristiques.
C’est énorme les conséquences de la réinstauration du visa d’entrée qui posera plus un problème de tracasseries que de coût. Cela va empêcher les touristes de venir. Surtout lorsque vous êtes dans une ville européenne où il n’y a pas d’ambassade ou de consulat et qu’il faudra aller au niveau d’un consulat le plus proche qui se situe à 200 ou 300 km, ce sont des coûts de déplacement et de temps. (Ndlr, sur cette dernière préoccupation, le ministre de l’Intérieur a expliqué que les touristes n’auront pas besoin de se déplacer puisqu’ils pourront faire leurs demandes de visas en ligne ou pourront se les procureur aux portes d’entrée du Sénégal, que ce soit le Port, l’Aéroport ou les postes-frontières terrestres).
C’est un problème complexe qu’il faut regarder en profondeur surtout qu’on a habitué les Occidentaux à venir dans nos pays sans se soucier de ce problème de visa. Si on doit réinstaurer un visa, il faut changer les paramètres, la politique conventionnelle de gestion du touriste» explique le président de l’ONITS. Discuter au préalable avec les professionnels
Doudou Gnagna Diop dénonce la démarche de l’Etat dans cette affaire. «Avant de réinstaurer le visa, l’Etat devait discuter avec les professionnels pour voir les préalables à mettre en œuvre pour atténuer les impacts parce que forcément il y aura des impacts négatifs sur notre économie. Surtout qu’il est nécessaire de voir si c’est à cause de mesures de sécurité qu’on remet les visas, comment accompagner le secteur touristique pour qu’il s’en sorte» objecte le président de l’ONITS. «Aujourd’hui ce qu’il faudrait actionner pour booster l’industrie touristique, c’est mettre des vols compétitifs en créant des circuits de distribution moins élevés en termes de prix.
C’est vrai qu’on manquait de réceptifs mais on a vu quand même, avec tous les efforts que le gouvernement a faits ces deux dernières années, un léger frémissement qui a fait que les professionnels du secteur commençaient à voir le bout du tunnel. Si on remet le visa, cela va plomber l’avenir de l’industrie touristique. Maintenant, s’il s’agit de sécurité, je crois qu’il y a des formes de contrôle touristique comme l’Afrique du Sud faisait. Par exemple mettre un sticker sur le passeport du touriste étranger quand il entre dans le pays. Un sticker qui va indiquer où est-ce qu’il va, la durée de son séjour… Bref, il permet d’avoir la traçabilité du voyageur.
Beaucoup de pays ont adopté un tel système pour ne pas bloquer le secteur touristique. Le Sénégal, pour faire du benchmarking, doit aller dans cette dynamique pour promouvoir la destination. Avec le visa, ce sera très complexe, très compliqué pour promouvoir la destination Sénégal sans pour autant alléger les coûts de production et de voyage pour que nos réceptifs deviennent compétitifs. Nous demandons au Gouvernement de voir cette problématique qui est un obstacle pour la promotion et le développement de la destination Sénégal.
Nous avons 80 % de touristes qui viennent de France, alors si ces 80 % ont de la difficulté pour rentrer dans le pays, vous voyez ce que cela fait» estime Doudou Gnagna Diop. Promouvoir le tourisme intérieur «Je me suis toujours battu pour qu’on développe le tourisme intérieur, mais je ne peux pas dire que notre tourisme intérieur marche.
Le problème, c’est que la manière de promouvoir les réceptifs sénégalais pour les nationaux n’est pas du tout adéquate par rapport au pouvoir d’achat et par rapport même au système de vie traditionnelle des Sénégalais. Le Sénégalais, c’est une famille nombreuse alors que partout on va vous dire que la chambre, c’est pour deux personnes. Est-ce qu’on a créé ou pensé depuis des années à mettre en œuvre une architecture traditionnelle comme certains pays d’Afrique, un accueil-hébergement adapté à notre système de vie ? Ce qu’il faut, c’est baisser les prix pour que le Sénégalais lambda puisse aller dans des hôtels pendant les week-ends ou pendant les vacances» conclut Doudou Gnagna Diop, le président de l’ONITS (organisation nationale pour l’intégration du tourisme sénégalais). contact@lavoixplus.com
petitecotetourisme.com

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8 réponses

  1. lionel lopez dit :

    Je ne le connais pas mais j’adore ce mec, c’est le bon sens

  2. rico dit :

    Ca, le prix des hotels, c’est rédhibitoire ! De plus, des normes sont nécessaires, les prix doivent correspondre aux équipements et au confort. Il n’y a que lui qui l’a compris apparemment.

  3. Mo Jalloh dit :

    Depuis le scandale du pétrole il y a beaucoup d’évènements pour attirer l’attention ailleurs d’une part.
    D’autre part la « mane du pétrole et du gaz »fait penser à certains que ce sera un boom de richesses comme en Guinée équatoriale ou Dubai t donc le tourisme qui n’arrive pas décoller est reléguer au second plan.
    Y aura à bouffer ailleurs et en plus il n’y a pas d’enjeu électoral pour d’autre, on peut donc restaurer les visas, une autre source où on pourra « bouffer »de l’argent d’ici 2024.
    Déjà on par d’héliport pour les touristes VIP, mdrrr. On se demande si ces gens savent ce qu’est le tourisme?

  4. augereau dit :

    non seulement le visa va rien arranger pour le tourisme ,vous avez raison de parler des avions ,d’avoir renvoyé Corsair qui amenait beaucoup de touristes ,voila encore une bonne idée .Air Sénégal a sa clientèle ,donc faut arrêter toute cette mascarade ,La CIE Corsair avait l’atout d’atterrir a Orly ce qui desservait le sud de Paris.Maintenant on doit prendre des charters comme la Tap ,La RAM qui proposent des voyages de 17 a 20H.
    Il ne faut pas oublier aussi que la plupart des touristes sont des retraités,et que ces voyages interminables sont fatigants.,Vraiment à quoi réfléchissent ils?

  5. ivan dit :

    Concernant Air Sénégal, je pense qu’ils n’ont pas eu le choix sur l’aéroport de Paris compte tenu des créneaux disponibles; de plus, Roissy est un aéroport avec une gare TGV, ce dont ne dispose pas Orly; cela rend l’accès plus facile à partir de la province.
    Récemment Air Sénégal a annoncé l’ouverture de nouvelles lignes vers la province, dont Marseille et Lyon, ce que ne faisait pas Corsair. Et tout récemment, alors que Royal Air Maroc annonce l’ouverture d’une ligne Casablanca Pekin, Air Sénégal annonce une ligne Dakar Casablanca, ce qui devrait donner une formidable ouverture pour capter la clientèle chinoise. Il est donc évident que la stratégie d’Air Sénégal est bien réfléchie; il ne reste plus qu’assurer cette stratégie ambitieuse compte tenu du faible nombre d’avions dans la flotte.

    • Alix dit :

      Touristes chinois au Senegal ? ? Ha ha

    • zette73 dit :

      J’aimerais bien qu’ils prévoient un départ de Lyon ??? il n’en parle pas
      de l’aéroport de Lyon il y a tout le sud est de la France ; plus le centre jusque a Dijon !
      on et tous obligé de monter a Paris ou prendre la RAM ou la T A P voir même des escales en Belgique ??
      CA NOUS FAIS DES 16 OU 17 HEURS AU LIEU D’UN DIRECT A 6 H de vol

  6. ivan dit :

    Alix, je pense que vous loupé un épisode. Les chinois, que je n’apprécie pas particulièrement, viennent de plus en plus nombreux en Afrique de l’ouest pour des raisons économiques, pêche, usines de farine à poisson, exploitations agricoles, BTP, coupes de bois… Et cela commence à représenter un gros potentiel de voyageurs aériens. Ils ne viennent pas encore pour le tourisme mais qui aurait dit il y a 20 ans que les russes seraient sur la côte d’Azur et que les chinois seraient le premier contingent de touristes à Venise… Ne pas oublier qu’ils sont de gros investisseurs dans l’activité du tourisme, TUI, club Med …

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