HOMMAGE AUX TIRAILLEURS SÉNÉGALAIS
«Nous, tirailleurs sénégalais, avons débarqué en Provence pour libérer la France en août 1944»

Emmanuel Macron commémore jeudi le débarquement de Provence. Décédés en 2018 et 2019, Issa Cissé et Alioune Fall auront toute leur vie témoigné de cette page de l’Histoire.
Issa Cissé arbore ses médailles, françaises et sénégalaise : la Légion d’honneur française, la Croix de guerre et l’Ordre national du lion.
Au début des années 1940, les colonies représentent le dernier espoir, pour la France, de se libérer par elle-même de l’Allemagne nazie et de s’asseoir à la table des vainqueurs. Brazzaville est devenue la capitale de la France libre et le général de Gaulle met tout en œuvre pour faire débarquer l’armée B en Provence.
Entre 1939 et 1945, plus de 300 000 Africains issus des colonies de l’Afrique occidentale française (AOF) et de l’Afrique équatoriale française (AEF) sont incorporés, parfois de force, dans le corps des tirailleurs sénégalais.
Dès le début du conflit, ils sont envoyés au front. De l’exécution sommaire du capitaine Charles N’Tchoréré dans la Somme, au massacre de Chasselay (1940), nombre de crimes racistes et barbares sont perpétrés par l’armée de Hitler contre ceux qu’elle considère comme des untermenschen (« sous-hommes »). Lorsqu’ils ne sont pas exécutés, afin de ne pas « salir le sol du Reich » et pour être tenus à l’écart des Allemands, les Africains sont emprisonnés dans des camps, les frontstalags. A la fin de l’année 1940, plus de 70 000 « indigènes » sont ainsi détenus, pour la plupart dans la France occupée.
Parmi ces combattants de l’ombre : Issa Cissé et Alioune Fall, très tôt enrôlés dans l’armée coloniale pour libérer la France. Décédés respectivement en avril 2018 et janvier 2019, les deux hommes étaient parmi les derniers tirailleurs sénégalais encore en vie. De 2014 à 2018, nous les avons régulièrement rencontrés dans le cadre d’un projet pédagogique mené avec des collégiens de Savoie. Jusqu’à quelques mois avant leur mort, ils continuaient de raconter leur parcours de vie.
Pour Issa Cissé, originaire de Bakel, au Sénégal, tout a commencé en novembre 1942. « Au lieu de retourner au travail après avoir mangé, je me suis engagé », racontait-il dans le salon de sa modeste maison d’HLM 5, un quartier populaire de Dakar : « Je n’ai rien dit à ma mère. » L’homme a alors 20 ans. Il travaille au port, en métallurgie. Depuis trois ans, la guerre fait rage en Europe et ailleurs dans le monde. « Je me suis engagé parce que tous les jours, on entendait parler de la guerre, disait-il. Les radios parlaient de De Gaulle. De Gaulle parlait. De Gaulle appelait. C’était la folie… »
Comme Issa Cissé, Alioune Fall a été incorporé dans le quatrième régiment de tirailleurs sénégalais (RTS) de la neuvième division d’infanterie coloniale (DIC) et a participé au débarquement de Provence en août 1944. Lui aussi s’est engagé « volontairement », disait-il fièrement : « C’était pour suivre un oncle qui m’avait mis au défi et montrer mon courage ! »
A Ouakam, où se trouve le camp militaire de Dakar, les tirailleurs sont formés en vue de préparer l’offensive et de libérer la patrie. Issa Cissé et Alioune Fall font leurs classes.
« Nous étions torse nu, sans chemise, s’offusquait Alioune Fall. Vous savez, je n’ai plus l’âge de mentir ni celui de me taire. Je vous dis toute la vérité, que cela plaise ou non. » Les deux anciens combattants rappelaient quelques-unes des disparités entre les soldats blancs et noirs, notamment au niveau de la tenue – « Les chemises, on ne pouvait les mettre que lors des défilés et elles n’avaient pas de col » – ou des repas – « C’était le quart d’un gobelet de bouillie de maïs, on n’avait pas de petit-déjeuner et pas de dessert. »
En 1943, Issa Cissé et Alioune Fall sont envoyés, avec plusieurs régiments de tirailleurs sénégalais, vers l’Algérie afin de former la 9e DIC, commandée par le général Magnan. Dès lors, « nous recevons les tenues américaines et les tirailleurs sénégalais sont mis au même régime que les autres ». « Pour pouvoir débarquer en Provence, il nous fallait d’abord prendre l’île d’Elbe, expliquait Alioune Fall. Nous avons quitté Bastia et, à 4 heures du matin, nous avons débarqué sur l’île d’Elbe. On a anéanti le régiment allemand qui s’y trouvait et nous sommes revenus en Corse. De là, on s’est préparés à débarquer pour libérer la France. »
« On voyait des gosses blessés, d’autres morts noyés »
Le 15 août 1944, soixante-dix jours après le débarquement de Normandie, s’engage l’opération « Dragoon ». Les troupes américaines débarquent sur toute la péninsule de Saint-Tropez, entre Fréjus et le cap Nègre. Elles ont acquis une expérience essentielle après le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie et bénéficient de l’aviation nécessaire au bombardement des batteries ennemies. La côte est rapidement sous contrôle.
Les troupes françaises, commandées par le général de Lattre de Tassigny, peuvent jouer leur partition. Leur connaissance du terrain, leur nombre et leur foi en la patrie leur valent ce rôle majeur : se diriger sans tarder vers Toulon, libérer la ville, contrôler son port, puis mettre le cap sur Marseille. De là, elles vont remonter la vallée du Rhône et les Alpes.
« Nous avons débarqué à 5 heures du matin, se souvenait Alioune Fall. Il y a eu beaucoup de morts. Beaucoup de soldats flottaient avec leur paquetage. On voyait des gosses blessés, d’autres morts noyés. C’était triste, tellement triste. »
Issa Cissé, caporal dans le 4e RTS de la 9e DIC, qui compte 15 000 « Sénégalais », débarque à J + 2, le 17 août. Il traverse le massif des Maures et plonge sur Toulon par l’est. « De Saint-Tropez, on a marché pendant deux jours, racontait-il. Puis les camions américains sont venus nous chercher pour nous conduire près de Toulon. » De là, son régiment ainsi que le 6e RTS ont pour mission de pénétrer dans la ville portuaire par La Valette-du-Var. Le mont Coudon surplombe la plaine. L’artillerie allemande canarde sans retenue en direction de Solliès. Les tirailleurs sénégalais ne battent pas en retraite mais peinent à se frayer un chemin. Ils subissent de lourdes pertes.
D’autres troupes de l’armée B sont sur le point de pénétrer dans Toulon par Hyères. Les tirailleurs algériens du 3e RTA prennent position au Revest, appuyés par les maquisards de Siou Blanc. La ville est encerclée et bombardée. Environ 300 habitants périssent sous les bombes américaines. Le chemin s’ouvre petit à petit. « Depuis le mont Coudon, expliquait Issa Cissé, les Allemands pouvaient voir quelqu’un à deux kilomètres. Nous avions du mal à avancer. » Menant un sévère combat, les tirailleurs sénégalais rentrent dans La Valette : « Le 25 août à minuit pile, nous sommes entrés dans Toulon ! »
Sombres souvenirs
La bataille est perdue pour la Wehrmacht. Les militaires du Reich se jettent dans les bras des Américains ou des troupes françaises. Les deux hommes ont cette même exclamation et cette même fierté : « On a libéré Toulon ! »
Agé de 96 ans sur cette photographie, Alioune Fall est décédé quelques mois plus tard, en janvier.
Le nettoyage de la ville est confié aux 4e, 6e et 13e RTS. « Nous empêchions les FFI [Forces françaises de l’intérieur] de raser les femmes qui avaient fréquenté les Boches et d’exécuter les collabos », disait Alioune Fall, avant de reprendre : « Mon officier français m’a sauvé la vie dans les rues de Toulon, c’était un jeune, un brave, courageux ! Je ne l’oublierai jamais. »
Issa Cissé reste deux mois à Toulon. Son bataillon a pour mission de sécuriser la ville et de maintenir l’ordre. Les premiers jours, il ramasse les cadavres et les enterre. « Il nous a fallu trois jours pour ramasser les corps », confiait le vieil homme, le regard perdu dans ses sombres souvenirs.
A la suite de cette victoire, l’essentiel des troupes remonte la vallée du Rhône et les Alpes pour faire jonction avec celles qui viennent de Normandie. Alioune Fall combat jusqu’en Alsace. Nous sommes en automne, le froid arrive dans l’est de la France. L’ordre est alors donné de « blanchir » les troupes. Au grand dam des officiers, les soldats africains sont retirés du front et remplacés par de nouvelles recrues et des maquisards FFI de tous bords. La 9e DIC perd des soldats aguerris pour de jeunes hommes parfois inexpérimentés.
En France, la plupart des tirailleurs sénégalais sont alors cantonnés dans le Sud. D’autres, comme Issa Cissé et Alioune Fall, participent au recrutement. « C’est comme ça que j’ai découvert Annecy, Chambéry… », expliquait le second. Le jeune homme parcourt les départements de la Savoie et de la Haute-Savoie, « car les gens là-bas connaissent le froid », afin de recruter des combattants pour conduire la France à la victoire finale.
« Dans l’administration française, il y avait des salauds »
Issa Cissé et Alioune Fall, comme d’autres tirailleurs rencontrés, sont unanimes : la France a eu un comportement ingrat. « De Gaulle nous a barré la route vers la victoire finale, c’est un colonisateur, rappelait Issa Cissé. Les Français sont bons, mais leurs gouvernants ne l’ont pas toujours été avec nous. Pourquoi ? Parce que nous sommes Noirs. Au front, il n’y avait pourtant aucune différence. Combien de Sénégalais sont morts ? Pour qui ? Pour la France. Pour que le drapeau français puisse exister. »
Les deux hommes insistaient sur les liens d’amitié, de fraternité, d’amour parfois, qu’ils ont tissés avec les Français, que ce soient leurs frères d’armes, leurs marraines de guerre ou tout simplement des habitants rencontrés, souvent bien différents de ceux des colonies.
Malgré les nombreuses disparités, la cristallisation des pensions, le massacre de Thiaroye, les oublis historiques et toutes les injustices vécues durant plus de soixante-dix ans, ces hommes, au crépuscule de leur vie, faisaient nettement la différence entre le peuple français et son gouvernement.
Avec émotion et une grande sincérité, Alioune Fall disait : « Dans l’administration française, il y avait des salauds. Mais le peuple français est un peuple formidable. Il est très accueillant. Tout ce que nous avons fait pour le peuple français, il le mérite. »
Lire aussi « Offrir un passeport français à de vieux tirailleurs sénégalais est un geste de terrible condescendance »
Croix de guerre et Légion d’honneur
Issa Cissé et Alioune Fall étaient fiers d’avoir combattu le nazisme, même si de douloureux souvenirs les ont hantés jusqu’à la fin de leur vie. « La nuit, confiait Issa Cissé, je ne cesse de voir les tas de cadavres que j’ai dû empiler après la bataille de Toulon. »
L’ancien combattant est décédé en avril 2018 à l’âge de 96 ans. Depuis vingt ans, il était le responsable de son quartier et vivait dans une maison animée en permanence par des rires d’enfants. Sur son boubou blanc, il aimait accrocher ses médailles, dont celles de la Croix de guerre et la Légion d’honneur.
Alioune Fall, quant à lui, habitait la ville de Thiès, à 70 km à l’est de Dakar. A 95 ans, il vivait simplement, se disait heureux de pouvoir faire le ramadan : « Je mange quelques dattes à 5 heures du matin et je tiens la journée. » Pour la première fois depuis soixante-quinze ans, il ne repensera pas aujourd’hui à cette journée du 15 août 1944. Alioune Fall s’en est allé en janvier, à l’âge de 97 ans. Il était le dernier soldat recensé par l’Office national des anciens combattants du Sénégal à avoir participé au débarquement de Provence. Comme Issa Cissé et tant d’autres tirailleurs, Alioune Fall aimait se souvenir que beaucoup d’Africains se sont battus pour libérer la France.
Julien Masson/https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/08/15/nous-tirailleurs-senegalais-avons-debarque-en-provence-pour-liberer-la-france-en-aout-1944_5499575_3212.html?fbclid=IwAR1cWniI7JrrDdYWLM53iE5tcSGGcuSMhGtmdEQN4-IzuO5ot5gGszGDKLI










Issa, à bientôt 62 ans, j’ai des Trous de mémoire inquiétants.
Dans les programmes d’Histoire de l’éducation nationale 🇫🇷, de 1957 à……. 1977 ?
Les COMBATTANTS TIRAILLEURS SÉNÉGALAIS POUR LA FRANCE, le MASSACRE DE THIAROYE, étaient ils dans les manuels ?
Merci Issa pour votre interprétation.
Bien à vous
Béatrice BRUN
Personnellement, j’ai « appris » l’histoire du massacre de Thiaroye » ici, sur place, au Sénégal… J’ai un peu + de 8 ans que vous Béatrice… et ce fut une découverte stupéfiante !
Les livres d’Histoire sont sévèrement décortiqués avant l’autorisation de leur publication, chaque pays se concoctant une histoire « embellie » pour ne point choquer sa propre population… J’imagine qu’il en est de même au Sénégal ? (en particulier sur la période du trafic Atlantique des esclaves, occultant totalement le trafic bien antérieur intra-africain et celui de l’Arabie ?) mais je ne saurais l’affirmer ! C’est ainsi que se créent des situations conflictuelles qui perdurent… pendant des années, ou des siècles !
http://www.dna.fr/actualite/2019/08/15/macron-appelle-les-maires-a-renommer-des-rues-en-hommage-aux-soldats-africains?utm_source=direct&utm_medium=newsletter&utm_campaign=les-points-forts-de-l-actualite-sur-dna.fr-a-la-mi-journee
Merci Xx ❗
Réponse nette et sans détours 👍❗
Je pense qu’Issa GIBB abondera dans votre sens.
Bonsoir Béatrice, Vous me faites faire des exercices de vacances… Mais, j’y consens bien volontiers, vue ma passion pour l’Histoire.
Effectivement, en se penchant sur cet article au sujet des tirailleurs sénégalais, en ce jour du 15 août 2019, où le Président français, Emmanuel Macron invite tous les maires de France à honorer les tirailleurs sénégalais en baptisant des rues de leurs communes à leurs noms, lors de la célébration du débarquement en Provence du 15 août 1944 des troupes du général De Lattre de Tassigny, composées 120 000 tirailleurs, goumiers, spahis et européens d’Afrique, on se rend vite compte que l’histoire des tirailleurs sénégalais n’a pas une grande place dans les manuels scolaires de l’Education Nationale Française… Quand au Massacre de Thiaroye, il est totalement absent des manuels scolaires français, ignoré par l’Education Nationale car il y a des vérités difficiles à dire et pour cause…
Les tirailleurs sénégalais (1857-1960) étaient un corps de militaires des troupes coloniales de l’Empire colonial français, créé par le Général Louis Faidherbe en 1857 au Sénégal qui intégrera des hommes des pays de l’AOF (Afrique Occidentale Française)et de l’AEF (Afrique Equatoriale Française) appelés « la Force Noire », bien distinctes des unités d’Afrique du Nord des tirailleurs marocains, algériens et tunisiens ou des soldats recrutés en Indochine…
Le recrutement des tirailleurs sénégalais sont faits par l’engagement volontaire ou la conscription, au début… Mais très vite, devant les difficultés de recrutement et l’absence d’état civil, les autorités coloniales passent à la réquisition ou engagement de force, avec des quotas obligatoires d’hommes pour les chefs des villages… Un système arbitraire qui a aidé la puissance des chefferies à favoriser leurs progénitures, familles et amis et à se débarrasser des pauvres cons des villages qu’ils n’appréciaient pas ou qui n’étaient pas dans leurs faveurs… Dans ce système, le guide omarien Seydou Nourou Tall (1864-1980) deviendra l’interlocuteur privilégié des français pour enrôler des troupes et envoyer des pauvres gars de son peuple, se faire tuer dans les guerres de 1914-1918 et de 1939-1945 en €urope et il recevra la médaille de la Légion d’Honneur en remerciement pour çà… Tout comme sera décoré, son beau-frère Aboubacar Sy (1885-1957), 2° fils du Maodo tidjane Malick Sy (1855-1922) et 1° khalife tidjane (1922-1957 à la mort de son père), malgré que son frère aîné Sidi Ahmed Sy se soit fait tuer à la guerre au Détroit des Dardanelles en 1916 en Grèce… Mais aussi, le grand maître tidjane de Kaolack, Abdoul Hamid Kane (1855-1932) et le Grand Serigne de Dakar, Ibrahima Diop (1891-1969), nommés représentants de l’AOF et décorés pour leur participation active à l’enrôlement de soldats « indigènes » comme les nommaient, les autorités coloniales… Tout comme le fera aussi, Blaise Diagne nommé commissaire général aux troupes noires avec rang de sous-secrétaire de l’Etat français aux colonies en 1917…
Le recrutement de soldats africains peut se faire aussi par tirage au sort dans les villages et Ibrahima Fall (1858-1930), guide des Baye Fall, offrira son fils aîné Fallou Fall à son maître mouride Ahmadou Bamba Mbacké (1853-1927), pour remplacer son fils ainé tiré au sort, Moustapha Mbacké (1888-1945) qui deviendra le 1° khalife mouride (1927-1945 à la mort de son père Serigne Touba), tandis que l’autre, Fallou Fall mourra à la guerre … Merci papa ! Mais tout cela n’est pas raconté, ni dans les manuels scolaires français, ni dans les manuels scolaires sénégalais ou africains ???
Pourtant, l’héroïsme des tirailleurs sénégalais a bel et bien existé :
– Pendant la Grande Guerre de 1914-1918, c’est 200 000 tirailleurs sénégalais qui se battent sous le drapeau français sur les champs de batailles d’€urope ou d’Asie mineure (Dardanelles). Ils se couvrent de gloire à la bataille d’Ypres en 1914, à la prise du Fort de Douaumont et leur résistance sous le commandement du Général Charles Mangin, face aux offensives allemandes pour reprendre le Fort en 1916, à la bataille du Chemin des Dames en 1917 et à la bataille de Reims en 1918… Le nombre de tirailleurs sénégalais tués ou portés disparus en 1914-1918 est estimé entre 30 000 à 35 000 morts (sans compter les blessés et invalides), avec un pourcentage à égalité au nombre des morts dans les rangs des soldats poilus français dans cette stupide guerre de tranchées…Ce qui brise l’affirmation que les troupes noires servaient de « chair à canon » en première ligne dans l’armée française…
– Durant la Seconde Guerre Mondiale (1939-1945), il y a 320 000 soldats maghrébins et 180 000 tirailleurs sénégalais mobilisés pour la Bataille de France en 1939-1940… Ils se battent dans les Ardennes, sur la Somme, près de Lyon et à Chartres… 17 000 sont tués ou portés disparus et 80 000 sont faits prisonniers par l’armée allemande à la débâcle, fin 1940… Les Nazis qui considèrent les soldats noirs comme des êtres inférieurs, des « untermenschen = sous-hommes » et qui ne respectent pas la Convention de Genève sur le respect et les droits des prisonniers, commettront des crimes de guerre sur 3 000 tirailleurs sénégalais. Crimes perpétrés par des officiers SS, mais aussi par l’armée régulière allemande de la Wermacht, en alignant leurs victimes par rangées de 6 hommes pour les tuer avec une seule balle pour faire des économies de munitions ou en les attachant les mains dans le dos, allongés sur le sol, côte à côte et en les écrasant avec un char qui leur passe dessus… (l’Allemand ne faisait pas dans la dentelle, avec le soldat noir et indigène français )…
Pour les 80 000 tirailleurs sénégalais prisonniers en 1940 : Pas question de les amener en Allemagne pour ne pas salir la Patrie de la race arienne… Ils seront enfermés dans 22 Fronstalags, ouvriers esclaves des allemands dans des camps de travaux forcés en zone occupée en France, commandés par des officiers français restés fidèles à Vichy, mais sous tutelle allemande… 40 000 d’entre eux périrent de leurs conditions de détention et de la tuberculose… Certains réussiront à s’enfouir des camps et rejoignent la Résistance française… A la libération des camps, après le débarquement en Normandie en Juin 1944, ils ne restaient que 40 000 prisonniers africains dans les camps allemands de travail forcé, vite démobilisés et renvoyés au pays où se déroulera au Sénégal, le * Massacre de Thiaroye*, le 1er décembre 1944…
En août 1944, ceux sont 120 000 nouveaux du Maghred et d’Afrique Noire qui débarquent en Provence et libèrent Toulon, sous les ordres du Général De Lattre de Tassigny, après avoir participé à la bataille de Bir Hakeim en Lybie, à la Campagne d’Italie et la prise de Monte Cassino et à la prise de l’Île d’Elbe…
Après le débarquement en Provence, les troupes de tirailleurs sénégalais sont démobilisées pour raison de « Blanchiment » de l’armée française suivant la volonté du général américain W.B. Smith et du général français de Gaulle : Pas question que des troupes noires « indigènes » défilent à Paris ou marchent sur Berlin en 1945 ??? Seules quelques unités de tirailleurs sénégalais combattront dans les Vosges durant l’hiver 1944 et défileront sur les Champs Elysées à Paris, le 18 juin 1945… Tous les autres sont renvoyés en Afrique.
Après la Seconde Guerre Mondiale, les tirailleurs sénégalais restent fidèles au drapeau français…. Ils combattent encore en Indochine (1945-1954), à Madagascar (1947) et en Algérie (1954-1962) contre des pays qui luttent pour leurs Indépendances et sortir de l’Empire colonial français ??? Les derniers régiments de tirailleurs sénégalais sont définitivement supprimés entre 1960 et 1962 aux Indépendances africaines…
Avec un dernier affront du Parlement français qui adopte la « Cristallisation » soit le gel ou le blocage de la valeur des points de retraite des anciens tirailleurs sénégalais… En 2006, le Parlement français revalorisera les pensions de 84 000 combattants coloniaux, s’ils se manifestent ???
Et dans les manuels scolaires français, la bravoure des tirailleurs sénégalais s’arrête à quelques lignes : La France a été libérée grâce aux Alliés, les Américains, les Anglais, les Canadiens, aux forces de la France Libre ralliée au général de Gaulle dont une partie était composée de troupes de tirailleurs sénégalais, maghrébins et indochinois et grâce aux actions de la Résistance… Stop !
*La Massacre de Thiaroye* ??? Là, on marche sur des œufs, on est sur une pente savonneuse dès qu’on aborde ce sujet qui est encore vécu comme une plaie béante et sanguinolente qui envenime les relations franco-sénégalaises, encore de nos jours…
On est fin novembre 1944, la Seconde Guerre Mondiale n’est pas terminée…
1 280 tirailleurs sénégalais de 9 pays Africains, des anciens prisonniers des Frontstalags allemands, libérés et de retour de France, sont regroupés dans le camp militaire de Thiaroye pour être démobilisés et ils attendent le paiement de leurs arriérés de solde, leur prime de démobilisation et des indemnités promises depuis des mois… Dans le camp, à l’annonce qu’ils vont être déplacés à Bamako au Mali, sans avoir toucher leurs argents, des tirailleurs sénégalais manifestent et refusent de partir à Bamako, sans être payés…
Le général Marcel Dagnan, commandant de la division Sénégal-Mauritanie, vient parlementer avec ceux qu’il appelle déjà les « mutins »… Dagnan ne leur donne aucun signe de volonté de paiements, se contentant de leur dire qu’ils pourront garder leurs effets militaires à Bamako… Les esprits s’échauffent, les insultes fusent, l’autorité du général Dagnan s’évanouit et sa voiture est bousculée par les hommes en colère…
Choqué et se persuadant que les « mutins » voulaient le séquestrer, le général Dagnan prend la décision de faire une démonstration de force, avec la bénédiction de son supérieur, le général Yves de Boisboissel, le commandant en chef des troupes de Dakar en 1944…
Le 1er décembre 1944, au matin, le général Dagnan avec des gendarmes, 3 régiments de tirailleurs sénégalais, un char léger américain M3, trois automitrailleuses, deux half-tracks, un peloton de sous-officiers et de soldats français, entourent le camp et ouvrent le feu sans sommation, sur les tirailleurs sénégalais, pourtant soldats de l’Armée coloniale française qui ont combattu pour la France, commettant un bavure militaire grave et indigne, mais aussi l’irréparable envers les Africains et l’Afrique au nom de l’autorité de l’Armée Française…
Car, fausser l’Histoire est une tentation dans laquelle les Etats tombent très souvent : Il n’y a qu’à dire qu’il n’y a pas d’archives ou simplement traficoter les archives qui pourtant, expliquent que le 1er décembre 1944, l’armée française a tiré sur 500 de ses tirailleurs Ouest-africains, revenus de France.
En visite officielle à Dakar, le 12 octobre 2012, le président français François Hollande déclarera que la part d’ombre de l’Histoire franco-sénégalaise, c’est aussi la répression sanglante qui en 1944 au camp de Thiaroye provoqua la mort de 35 soldats africains qui s’étaient pourtant battus pour la France et qu’il s’engageait à donner toutes les archives dont la France dispose sur ce drame afin qu’elles puisent être exposées au musée du mémorial…
L’hypocrisie continue, 70 ans après ce crime colonial prémédité, car les archives parlent des graves évènements de Dakar et elles se perdent dans les mensonges des rapports de militaires et dans les chiffres qui se contredisent constamment… Le Président Hollande minimise aussi le nombre de morts à 35 hommes, alors que les archives de l’époque parle de 70 morts… Des historiens africains vont jusqu’à avancer le nombre de 300 morts et le cimetière de Thiaroye compte déjà 210 tombes de tirailleurs sénégalais ???
Dans son rapport, après la tuerie, le général Dagnan oublie de citer la revendication principale du paiement des rappels de solde des 1 280 soldats ex-prisonniers de guerre basés à Thiaroye ??? Tout comme les circulaires officielles des soldats, prouvant le bien-fondé de leurs protestations financières ont disparu des archives, effaçant toute trace de spoliation de l’Armée Française à leur encontre.
Mais, l’Histoire ne s’écrit pas seulement avec des archives, il y a la mémoire et la mémoire dit tout autre chose… La mémoire parle des raisons pour lesquelles, ces tirailleurs ont été massacrés : Ils demandaient seulement à recevoir leurs dues et au lieu de çà, ils ont été massacré par leurs propres autorités et par leurs propres frères tirailleurs sénégalais asservis par leurs chefs militaires qui iront dans l’ignominie du mensonge dans leurs rapports…
Comme le général Dagnan qui rapportera que les soldats mutins avaient ouvert le feu, en premier sur ses troupes, alors que les tirailleurs de Thiaroye avaient été désarmé, sans munitions et n’avaient comme seule arme, des poignards… Tout comme le général de Périer, dans son rapport, accusera faussement la mutinerie d’avoir été dirigé par les allemands en faisant passer les ex-prisonniers de guerre ‘Indigènes » pour des traîtres, après les 4 années passées dans les camps de travail forcé, allemands en France…
En mars 1945, 34 tirailleurs considérés comme les leaders de la mutinerie, sont jugés et condamnés à des peines allant de un à 10 ans de prison, à une amende de 100 francs de l’époque, à la dégradation militaire et bien sur, ils perdent avec leurs droits à l’indemnité de démobilisation…
Ces tirailleurs seront graciés par le président français Vincent Auriol en 1947, mais jamais acquittés et par conséquence, ils ne toucheront rien, comme les veuves de Thiaroye qui n’ont jamais perçu de pension… Preuves qu’en plus d’un massacre prémédité, il y a eu une volonté des autorités coloniales de ne pas payer
les tirailleurs sénégalais dans ce « Crime d’Etat » qui démontrera l’état d’inégalité profonde dans lequel la colonisation maintenait ses soldats « indigènes »….
Curieusement aussi, tous les généraux impliqués dans cette tuerie, de Boisboissel, Dagnan, de Périer, etc… Ainsi que le lieutenant-colonel Siméoni, commandant trésorier des paiements des soldats qu’il n’a pas effectué et qui a entrainé la rébellion des tirailleurs impayés, suivi de leur tuerie, demanderont tous, leurs départs de l’AOF et leurs mises à la retraite du service d’active, sans jamais être inquiétés ???
Depuis ce drame, de nombreuses Associations se battent pour faire réviser les procès des tirailleurs, dont certains sont, même morts, encore considérés comme traîtres ou déserteurs… Preuves que la France, après les mensonges militaires dans leurs rapports aux archives, fait peu d’efforts pour reconnaitre les faits, le nombre de morts, assumer ses responsabilités et réhabiliter ces pauvres tirailleurs, surement ignorants qu’une rébellion est passible, en Temps de Guerre, de la Cour Martiale pour Haute Trahison, même pour un non-paiement de leur solde militaire, face à des officiers imbus de leurs galons, souvent bien lâches à condamner des pauvres bougres pour désobéissance ou envoyer à la mort, des milliers d’hommes dans des attaques suicides inutiles… Tandis qu’ils sont bien planqués à l’arrière, avec leurs cartes d’Etat-Major, leurs cigares, leurs bouteilles de cognac et de champagne et en compagnie de putes professionnelles…
Aujourd’hui, encore, le souvenir du Crime de Thiaroye est vivace au Sénégal qui a instauré en 2004, la « Journée du tirailleur sénégalais » où il invite les autres pays Africains d’où étaient originaires les tirailleurs, a commémoré le Massacre de Thiaroye… Où la Mémoire dit ceci : Il y a eu un massacre injuste d’hommes colonisés dits « indigènes »qui portaient l’uniforme français et qui avaient combattu pour la France et son drapeau et sur lesquels, des soldats français ont retourné leurs fusils, pour une histoire de fric qu’on ne voulait payer ou qu’on cherchait à ne pas payer…
Autrement dit, l’Histoire du Massacre de Thiayore, c’est un passé qui ne passe pas !
halte a la lobotimisation de nos peuples.
un jour ou l’autre, va falloir surtout mettre dans nos manuels qu’ils étaient des braves soldats héros on n’en doute pas mais à préciser en vérité héros que pour la France la « mère patrie ». Car on ne peut pas laisser son propre pays occupé par un envahisseur et aller au même moment libérer ce même envahisseur lui même envahi entre temps.
ailleurs un autre terme serait utiliser que de parler d’héros nationaux.
quant aux noms de rues, a t-on en France un seul nom de rue portant le nom d’un général ou administrateur allemand de l’époque sous l’occupation?? non! alors débaptisons/rebaptisons sans honte ni regret mais par minimim de dignité, et tournons cette page.
N’diaye, je pense que tourner la page sera difficile.
Si vous avez écouté Aissata SECK (Maire adjointe de BONDY), mettre les noms de soldats tirailleurs Sénégalais morts pour la France, n’est pas « suffisant ».
Alors, quand il s’agit du crime de Thiaroye, Issa l’a très bien expliqué , « ça ne passe pas » pour les Sénégalais.
Et peut être même Jamais !
Comme il est toujours difficile de commenter après ISSA, car tout est dit, je terminerai par cette pensée de Mr Achille M’BEMBE
« Toute pensée Monde, au 21 ème siècle, sera obligée de se confronter au signe Africain ».
Merci encore, Issa, car j’ai beaucoup appris.