PLEINS FEUX SUR LES VIEUX BATIMENTS DAKAROIS

Dakar raconté par ses vieux bâtiments

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Dakar, l’histoire dans de vieilles briques
«Si l’histoire ne sert pas à éclairer le présent, l’esprit va sombrer dans les ténèbres», disait Alexis de Tocqueville. Le Quotidien s’est tourné vers un passé pas si lointain de Dakar pour interroger certains bâtiments situés au centre-ville et témoins de l’histoire du Sénégal. Parmi ces vestiges de la colonisation, outre le palais de la République, il y a le siège du ministère des Affaires étrangères, celui des élus locaux et le marché Kermel…
Un certain nombre d’édifices ont été construits à Dakar pendant l’époque coloniale pour accompagner la mise en place et la consolidation du pouvoir colonial dans ce qui devenait l’Afrique occidentale française (Aof). Aujourd’hui capitale du Sénégal à la suite de Saint-Louis, Dakar a hérité de ce poids de l’histoire politique et économique. Un tour des édifices nous renseigne sur un pan important du patrimoine culturel du Sénégal. Et pour ce faire, Le Quotidien a juste circulé sur la Place de l’Indépendance, où se dressent encore avec fierté des édifices hérités de ces temps.
Ministère des affaires étrangères, ancien Tribunal de Dakar
L’actuel siège du ministère des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur à la Place de l’Indépendance était à l’origine un Tribunal de droit français. Il fait partie des tous premiers bâtiments construits à Dakar par celui qu’on appelait le bâtisseur de Dakar, l’ancien gouverneur Pinet Laprade. Ce dernier a beaucoup travaillé sur les rues à partir du vieux Kermel, où le plan de Dakar à été dessiné. Le bâtiment qui abrite aujourd’hui le ministère géré par Mankeur Ndiaye fait partie des tous premiers qui ont structuré le pouvoir colonial autour de ce qui n’était pas encore connu comme la Place de l’Indépendance. Il a été construit entre 1905 et 1906 par des architectes parmi les plus connus de l’époque, comme Chesneau et Vérola. Ce bâtiment est, selon les connaisseurs, de style architectural dit Electric. C’est l’un des premiers bâtiments publics de Dakar dont les ultimes utilisations ne sont pas celles qui avaient été imaginées par leurs concepteurs. A ses débuts, il était le lieu où se rendait la justice selon les principes du pouvoir colonial. C’est là que la plupart des procès de l’époque coloniale ont été tenus. Le bâtiment a abrité des jugements assez symboliques comme celui du Mahdi Limamou Laye, fondateur de la confrérie musulmane des Layènes. Selon Moustapha Guèye, journaliste chercheur, ce dernier a été détenu pendant trois mois dans ces lieux. De même, tous les problèmes qui ont opposé l’Administration coloniale à la collectivité lébou, notamment l’affaire des terres de Tound, ont été jugés dans ce lieu qui incarne aujourd’hui la diplomatie sénégalaise. En 1959, au moment où se préparait la prochaine indépendance, le Palais de justice est devenu le siège de l’Assemblée législative du Sénégal. Les lieux où trône actuellement Mankeur Ndiaye ont servi de siège à l’Assemblée fédérale française à Dakar qui était le centre des décisions administratives, commerciales, politiques et même culturelles de la France en Afrique occidentale. Dakar était la capitale de l’Afrique occidentale française, donc le centre névralgique de la colonisation française dans cette partie du monde. «La ville bénéficiait d’un statut et d’une spécificité particuliers qui la distinguaient des autres capitales africaines de l’époque», raconte Moustapha Guèye. Ce n’est que plus tard, après les indépendances, que le bâtiment a été transformé en siège du ministère des Affaires étrangères. «C’était le bâtiment le plus emblématique du Sénégal par rapport au rôle qu’il a joué durant la période coloniale», indique le directeur général du Patrimoine culturel, Abdoul Aziz Guissé. L’actuelle Gouvernance et la Préfecture de Dakar abritaient des services rattachés à ce ministère des Affaires étrangères qui avait un style néoclassique qui n’a pas été fortement bouleversé. Si l’on compare les photographies de l’époque, l’on note que cet édifice a été légèrement surélevé, même si les façades sont toujours ouvertes sur la Place de l’Indépendance. «Il y a eu quelques modifications liées à l’humidité sur la toiture, mais c’est des éléments de fonctionnalité du bâtiment qui ne le défigurent pas et qui n’ôtent pas sa valeur architecturale», dit M. Guissé.
Le siège de l’Alliance française devient celui de l’Ams
Le siège du Conseil régional, maintenant démoli, ainsi que la Chambre de commerce de Dakar faisaient partie de cet ensemble de bâtiments. L’architecture coloniale est plus ou moins la même sur la Place de l’Indépendance. Ce qui fait qu’il y avait une harmonie architecturale sur ce site encore visible aujourd’hui. Cependant, si la Chambre de commerce de Dakar a gardé la même fonctionnalité sans connaître beaucoup de modifications, ce n’est pas le cas du bâtiment de l’autre côté de l’esplanade de la capitale, à savoir la Maison des élus locaux, actuel siège de l’Association des maires du Sénégal (Ams). Il n’est certes pas un édifice aussi emblématique ou d’un style néoclassique et comme le ministère des Affaires étrangères, mais reste tout de même un bâtiment classé, construit autour des années 1900. En attestent la palette des couleurs tout comme l’architecture, malgré les quelques modifications lors de l’aménagement. Avant l’indépendance du Sénégal, le siège de l’Association des maires du Sénégal a abrité l’Alliance française qui est une institution culturelle française. A l’indépendance, alors qu’il était géré par la Sicap, le bâtiment a servi de siège à l’Association des villes jumelées qui était une organisation internationale multilatérale regroupant des villes et capitales dans les pays de l’espace francophone. C’est par la suite que l’Association des maires du Sénégal y a trouvé siège. «Par décision présidentielle, l’immeuble a été définitivement affecté à cette association le 5 mai 1988», renseigne le directeur général du Patrimoine culturel. Aujourd’hui, il abrite aussi l’Union des associations des élus locaux du Sénégal (Uaels). «C’est un bâtiment R+1 haut sous plafond. Le rez-de-chaussée surélevé avec son style haut sous plafond assez surélevé, avec une véranda courant sur les deux façades et rythmée par des piliers cubiques avec parement par des petites briques cuites. La toiture est en tuiles mécaniques sur charpente bois qui donne l’aspect colonial», décrit Abdoul Aziz Guissé, nostalgique du Dakar colonial dont il n’existe presque plus rien. Les vieux bâtiments ayant fait la place aux immeubles de béton.
Palais de la République, ancien Palais du gouverneur
Avant de servir de palais de la République, le bâtiment construit par l’Administration coloniale a d’abord été le Palais du gouverneur. Son premier occupant fut le gouverneur Ernest Roume. L’édifice remonte au début des années 1900. Il a été construit par des ouvriers français venus au Sénégal par bateau. «Les chantiers ont été ouverts en 1902 par la France, notamment le min
istre Gaston Doumergue et le chantier a été terminé en 1907 et inauguré en 1907 à Dakar», développe M. Guèye. Le bâtiment central, ses dépendances et ses grilles n’ont pas beaucoup changé, mais il y a des choses qui existaient sur ce lieu et qui ont disparu aujourd’hui, tandis que d’autres se sont ajoutées. Parmi celles restées intactes, témoigne le directeur général du Patrimoine culturel, il y a «cette large cour ouverte sur l’Avenue de la République, ces grilles, cette devanture noble». Les tuiles vertes devant le Palais étaient en rouge. A la suite du gouverneur Roume, plusieurs autres gouverneurs se sont succédé en ce lieu. Ce n’est qu’après l’accession du pays à l’indépendance que Senghor, devenu Président, y installa le palais de la République. Et pour le mouvoir en palais de la République, en 1960 quand le pays est devenu indépendant, les dirigeants de la France, dit-on, ont juste sorti un décret. Le Palais a donc toujours symbolisé le pouvoir central. Sans changer la configuration fonctionnelle, à chaque fois et en fonction des nouvelles fonctions du Palais, les nouveaux occupants du lieu ont imaginé et apporté des touches personnelles. Touches qui l’ont peut-être rendu plus sublime, mais qui ne l’ont pas défiguré. On peut ainsi placer dans cette catégorie la salle des banquets, excroissance au bâtiment principal, et qui est devenu du fait du caractère gonflable des gouvernements successifs du pays la salle la plus commode pour les Conseils des ministres. Devenu palais de la République, son premier occupant fut Léopold Sédar Senghor, puis Abdou Diouf ensuite Abdoulaye Wade et aujourd’hui Macky Sall. Le journaliste chercheur Moustapha Guèye de souligner que le palais de la République du Sénégal a vécu la première guerre mondiale, mais aussi la deuxième et constitue l’un des patrimoines de l’histoire de l’Afrique francophone et aussi du Sénégal. A ses yeux, ce Palais «est un patrimoine historique» à partir d’où toute l’Afrique sous domination française était régentée.

Marché Kermel, ancien cœur de l’activité commerciale
Kermel fut le cœur essentiel de ce vieux Dakar où tournait tout le commerce à l’époque coloniale avec des boutiques tout au tour et des produits variés. Même s’il n’est pas totalement perdu, le marché ne répond plus à ses objectifs initiaux. Les immeubles ayant émergé de partout, le marché Kermel se retrouve presque dans un puits et passe quasiment inaperçu. «On ne peut plus avoir cet accès sur Kermel parce que simplement des bâtiments d’une dizaine d’étages ont fini de mettre le marché dans une situation qu’on ne souhaitait pas. Ce qui est dommage», déplore le Dg du Patrimoine culturel.
La Place Protet
La Place de l’Indépendance n’a pas toujours porté ce nom. Elle qui existait avant l’indépendance du pays a pris sa nouvelle appellation au lendemain de l’accession du pays à la souveraineté internationale en 1960. C’est en quelque sorte une référence à la réplique du général français De gaulle lors de son passage à cet endroit en 1958. Interpellant ceux qui portaient des pancartes demandant l’indépendance immédiate, il leur avait dit : «Vous voulez l’indépendance, prenez-la !» C’est après cet événement historique que l’endroit est devenu Place de l’Indépendance. Avant, cette vaste esplanade s’appelait Place Protet, du nom, dit-on, de ce gouverneur français qui a planté pour la première fois le drapeau français pour dire que Dakar devenait colonie française. A l’époque, raconte-t-on, la communauté lébou avait été conviée à ce qui se révéla être une grande fête. «Ils ne comprenaient pas que c’était presque pour accepter que Protet implanta le drapeau français sur la place pour dire que Dakar était une colonie française», raconte M. Guissé. Quelques aménagements s’en sont suivis pour la rendre conforme au nom qu’elle portait désormais. De l’avis du Dg du Patrimoine culturel, l’espace mérite un meilleur sort que son état actuel. «C’est inacceptable pour un pays comme le Sénégal. Elle doit être aménagée à la dimension de ce qu’elle représente pour le pays comme des symboles forts qui représentent la Nation, et y mettre des commodités qui la rendraient vivante et attrayante.
Khady SONKO/lequodien.sn

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8 réponses

  1. oyster dit :

     » vous voulez votre indépendance, prenez la »………
    et après plus de 50 ans quel bilan ferait il ?

  2. Ndiaye dit :

    Le bilan : A raser!!! moche et archaique, on veut nous aussi l’équivalent de paris la défense à la place, un truc bien quoi

  3. oyster dit :

    Retrousse toi les manches ………….

  4. Ndiaye dit :

    je veux bien mais enleves moi les chaines… aux pieds aussi …maître!

  5. oyster dit :

    Bonjour,
    Lève toi ,et marche ,ainsi tu pourrait voir que les chaines n’existent que dans ton imaginaire ………….
    aide toi ,rien n’est acquis ,mais seul la victoire est jolie!

  6. eddy dit :

    Certains ont le cerveau vraiment a l’envers,enfin si ils ont un cerveau ,nous sommes en 2016 et toujours les memes conneries sur le colonialisme !!!il faut savoir évoluer,apparemment ce n’est pas donné a tout le monde…

  7. flopaty dit :

    c’est en permanence que Ndiaye se plait dans les colonianisme et pire dans l’esclavage……a croire que ça lui manque !!!!!! et a cote de cela il traite les femmes de putes dans d’autres sujets……. tous ces commentaires ne sont pas cohérents…..

  8. Candide dit :

    Pour la petite histoire :
    1444 : arrivée des premiers colons portugais au Sénégal
    1848 : abolition de l’esclavage
    1895 : le Sénégal devient officiellement une colonie française
    1914 : les habitants des communes de Saint-Louis, Rufisque, Gorée et Dakar se voient attribuer la citoyenneté française
    1946 : l’union française confère au Sénégal un statut de territoire d’outre-mer
    1958 : le Sénégal obtient le statut de république autonome
    1960 : indépendance du Sénégal (au moment de son indépendance, le pays avait le même niveau de développement que la Corée du Sud qui, aujourd’hui, siège au G20, le groupe des 20 premières puissances économiques du monde).
    Certains se sentent encore enchaînés ? Vite vite des grigris, pour les libérer de ces lourdes chaînes fictives ! Allez allez… vive le sopi… il faut se mettre à jour… nous sommes en 2016, il y a urgence !

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