Le tourisme abîme le Sénégal

Tourisme et environnement : penser responsable

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Le Sénégal dispose d’une diversité d’écosystèmes (mangrove, savane arborée, lagunes) qui sont aujourd’hui menacés. Dans ce pays, le développement social et économique est intrinsèquement lié à la richesse des ressources naturelles.

Pour faire face à une démographie galopante, le Sénégal a puisé excessivement dans ses ressources marines et forestières. La pêche et l’agriculture sont les deux activités économiques dominantes permettant aux communautés de travailler, de générer des revenus et de se nourrir. Nécessaires à la survie des générations futures, les ressources naturelles sont actuellement surexploitées.

Pendant son séjour, le touriste peut adopter des comportements responsables qui contribueront à sauvegarder les richesses naturelles dont dépendent tant les populations locales.

Les forêts disparaissent

L’achat de souvenirs fait souvent partie intégrante du voyage. L’artisanat local est relativement bien développé et se compose majoritairement d’objets d’art en bois. Pour autant, cette filière contribue à la déforestation du pays. Par exemple, il faut un arbre pour fabriquer un djembé.

En raison de la demande croissante des touristes, le djimb (Cordyla pinnata), arbre servant à la fabrication de cet instrument de percussion très populaire, est en voie d’extinction dans la région. Il en est de même pour le bois d’ébène de plus en plus rare, mais toujours plus demandé par les touristes. Il est donc important lors de son voyage de penser à acheter responsable, pour limiter ce fléau qui ronge le Sénégal.

Selon la FAO, le couvert végétal a diminué de 42 % depuis les années 60. Plus de 4 millions de mètres cube sont prélevés par an sur les forêts. Le bois et le charbon de bois représentent 84 % de la consommation énergétique des ménages, qui ont très peu accès à d’autres sources d’énergie comme l’électricité, le gaz ou le solaire. Au Sénégal, cette dépendance au bois et la gestion non raisonnée des forêts sont des causes majeures de la déforestation, accentuant avec elle sécheresse, désertification, érosion des sols, perte de biodiversité et pauvreté.

Des poissons pêchés trop petits

De la même façon, les pêcheurs sénégalais bénéficiaient d’une des eaux les plus poissonneuses d’Afrique de l’Ouest. Pour autant, les techniques de pêche non durables (surexploitation, engins destructeurs, non respect des périodes de reproduction et des tailles de maturité sexuelle) menacent la pérennité des ressources halieutiques. Les revenus liés au secteur de la pêche et la consommation moyenne de poisson par les communautés ont diminué, accentuant la précarité sociale et économique des populations locales et l’insécurité alimentaire.

Les poissons, en particulier les thiofs, sont pêchés trop petits, avant qu’ils n’aient eu le temps de se reproduire. Les restaurateurs continuent en effet à servir des poissons portion, plus adaptés à la demande touristique mais participant à l’extinction de l’espèce. En évitant de consommer du thiof trop jeune, le touriste contribue à la survie de ce poisson et à l’écosystème qui l’entoure.

Le plastique : un fléau moderne

La pollution et l’absence de gestion des déchets contribuent à la destruction des habitats naturels des espèces marines et forestières qui, par conséquent, tendent à disparaître. En particulier, le sachet plastique, qui met plus de 300 années à se décomposer, a envahi le territoire et entraîne de graves conséquences : baisse de fertilité des sols, inondations, intoxication du bétail, dangers sanitaires.

Les sachets plastiques sont entassés dans des décharges sauvages qui libèrent de nombreux gaz toxiques pour la population vivant à proximité. Refuser systématiquement le sachet plastique est un comportement responsable que le touriste pourra adopter pour limiter ces risques.

Consommer local

Enfin, le séjour du touriste pourra être l’occasion de favoriser l’économie locale : en choisissant des hébergements typiques et écologiques tenus par des autochtones (plutôt que des grandes chaînes multinationales), en consommant des produits locaux (préférer le jus de bouye ou de bissap plutôt que les sodas), en économisant l’eau et l’électricité.

Si le touriste souhaite participer à la vie de la communauté en apportant une contribution financière et/ou matérielle, il est important de s’enquérir auprès du chef du village plutôt que de distribuer. En effet, ce comportement, qui part d’une bonne intention, favorise la mendicité et perturbe l’équilibre de la vie communautaire.

Source d’emploi, de revenu, d’énergie et d’alimentation, la biodiversité est source de vie pour les populations sénégalaises. Aujourd’hui, les équilibres naturels sont perturbés et les ressources naturelles ont de plus en plus de difficultés à se régénérer : multiples pressions anthropiques, feux de brousse, divagation du bétail, pollutions, changement climatique. Face à ce constat, sous l’impulsion d’ONG locales comme Nebeday, des communautés villageoises actives se mobilisent pour restaurer, protéger, reboiser et gérer durablement leur environnement.

Des filières de valorisation des ressources présentes localement sont mises en place par des groupements féminins : apiculture, filière coquillages, pain de singe, moringa. L’exploitation raisonnée permet de générer des revenus tout en préservant les équilibres naturels. Les femmes africaines sont actrices de changement.

En menant des activités respectueuses de l’environnement, ces femmes leaders de développement durable protègent leurs communautés en préservant leurs sources de vie.

Alex Gaye

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