Nuages sur l’énergie solaire Casamançaise

ENERGIE SOLAIRE- «RETICENCES» DE SENELEC

La centrale de Ziguinchor plombée

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La  centrale  solaire  de Ziguinchor risque de ne pas se concrétiser de sitôt.  Prévus en début d’année prochaine, les travaux d’installation de cette centrale par la Société implantation et de gestion des centrales à énergies renouvelables au Sénégal (Sicgers) pourraient connaître un retard voire même  une annulation pur et  simple. Les promoteurs du projet ont tenu hier un point  de presse, en présence du représentant du conseil régional.

Selon les promoteurs, l’installation de la centrale  d’énergie solaire  se heurte à la réticence de la Senelec « qui  tarde à finaliser le contrat d’achat de la production ».  Les négociations  butent sur le prix de cession et sur la quantité d’énergie solaire que la Société  nationale voudrait bien leur  acheter pour la déverser dans son réseau de distribution. A les en croire, le représentant de la Senelec aux différents rounds de négociations ne souhaiteraient pas acheter la totalité de leur production qui pourrait assurer près de 90% de la consommation d’énergie en Casamance, pendant la journée. Or de leur point de vue,  la Senelec ayant le monopole  de la distribution, ils ne pourraient pas vendre leur reste d’énergie si elle leur  achetait simplement une partie  de leur production.

Ainsi le projet dont la mise en œuvre devait être assurée par une société allemande CARERA  (capitalisation des ressources en énergie renouvelable en Afrique, ASIE, Amérique) dans le cadre d’un partenariat public/privé avec le conseil régional de ZIGUINCHOR, prend du plomb dans l’aile.

C’est sous le magistère  de l’ancien président du conseil régional de Ziguinchor Omar Lamine Badji que le projet a été lancé en 2003. Il consiste à installer à Niaguiss, dans la région de  Ziguinchor, une centrale solaire de 7.5 mégawatts pour produire de l’électricité en quantité suffisante pour 90 % de la consommation de toute la région de la Casamance, a dit  Hubert Heindl, Directeur de la société allemande CARERA. Le coût global du projet est estimé à 14,5 millions d’euros (9,5 milliards de FCfa).

L’ancien président du Conseil régional de Ziguinchor, Mamadou Lamine Badji, avait approché en 2003 les investisseurs allemands pour venir en Casamance développer les énergies renouvelables et participer ainsi à la relance des activités économiques.

Cela a abouti à la création d’une société, fruit d’un partenariat public-privé entre le Conseil régional de Ziguinchor et la société allemande CARERA, dénommée Société d’implantation et de gestion des centrales en énergies renouvelables au Sénégal (SIGCERS). Cette société compte ainsi implanter plusieurs centrales solaires au Sénégal, en partant du projet pilote de Ziguinchor.

Un prix de l’électricité stable  

Cette production est destinée à être injectée dans le réseau de la Senelec, la société publique sénégalaise détenant le monopole de la distribution de l’énergie électrique. Avec des avantages certains du point de vue du coût et de l’alternative aux  énergies fossiles. « Le coût sera moindre que celui que le Sénégal connaît aujourd’hui dans le domaine de l’électricité avec les fluctuations du marché des combustibles qui tendent régulièrement à la hausse », a estimé  M. Heindl.

Dès lors, des négociations ont été engagées avec la Senelec, du fait que la législation en cours, obligeant la SIGCERS à ne vendre qu’à la société nationale qui a le monopole de la distribution de l’énergie électrique.

Après trois rounds,  l’espoir d’une finalisation était toute proche,  la SENELEC devait s’engager par un contrat  à acheter l’électricité produite pour son réseau.  « Trois rounds de négociations s’étaient déjà tenus et la délégation de CARERA était revenue pour préparer le round final qui devrait aboutir à la signature solennelle en décembre du premier contrat de la SENELEC, avec un projet d’énergie renouvelable solaire », a expliqué M. Heindl.

Aujourd’hui, cet espoir s’est mué en craintes pour les promoteurs du projet  qui s’étonnent de voir la Senelec afficher certaines réticences.  «  Il y a un souci de la part des investisseurs qui notent une certaine réticence de la SENELEC à finaliser le contrat d’achat de la production de SIGCERS après un bon démarrage des négociations au début .Malheureusement, vers la fin, alors que les choses deviennent très concrètes et très palpables, nous sentons aujourd’hui une grande réticence de la SENELEC qui tarde à finaliser les relations économiques avec des investisseurs en énergie renouvelables », souligne M.HEINDL.

Malgré tout, les promoteurs espèrent que le « malentendu » sera bientôt  dissipé, car le projet est en phase avec la vision des pouvoirs publics dans le domaine des énergies renouvelables. Une  vision qui aurait beaucoup participé à motiver la partie allemande.

Ce qui fait dire au  Directeur de CARERA,  que  « la vision des pouvoirs publics sénégalais, consistant à diversifier les sources d’énergie, n’est pas traduite dans les indicateurs de la société nationale chargé d’exécuter cette politique de l’Etat. »

Pour  El Hadj Soyibou Diémé, premier secrétaire élu du Conseil régional de Ziguinchor, chargé de l’énergie et de l’environnement, l’objectif du projet est d’augmenter les ressources en énergie et de relancer les activités économiques de la région. « L’installation de cette centrale solaire aura aussi un impact sur le budget, parce qu’à part le paiement des investissements techniques, il n’y a pas de combustibles à injecter, puisque le soleil est gratuit et notre pays doit aller à un « mix » énergétique pour se libérer du joug des énergies fossiles qui doivent être remplacées par des énergies plus propres », a-t-il ajouté.

Selon lui, le prix de l’électricité resterait stable (une durée  de 20 ans) dès que l’installation sera connectée au réseau de la Senelec, et il n’y aura plus d’investissements  à part le volet maintenance et sécurité, a-t-il annoncé.

Daouda GUEYE

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