L’après élection

Les Sénégalais redoutent déjà l’après-présidentielle

8f54a14e-608e-11e1-a681-2790bf6e5344-493x328.jpg

En l’absence de sondages, certains candidats cèdent à la surenchère verbale et les électeurs ne savent trop à quel saint se vouer.

Le plus étonnant, c’est le silence. À l’approche de l’école Thiam de Pikine, on n’entend aucun des bruits habituels de cette banlieue populaire de Dakar. Ce n’est pas l’appréhension qui explique ce calme étrange mais l’importance du moment et les questions que tout le monde se pose. Ici, comme partout en ce dimanche au Sénégal, on a pris le vote pour l’élection présidentielle au sérieux. Dans la cour de sable jaune, les femmes, en robes élégantes, sont sagement alignées entre les hommes aux polos fraîchement repassés. Dans les bureaux, le matériel est là. Le Sénégal a une tradition démocratique qui se lit dans la logistique. Pourtant, malgré tout, cette année les électeurs se sentent un peu perdus.

La décision d’Abdoulaye Wade de se présenter pour un troisième mandat, jugée illégale par l’opposition mais entérinée par le Conseil constitutionnel, a déboussolé un pays qui se considérait comme exemplaire. La stratégie obscure de ses rivaux, rassemblés au sein du M23, n’a rien arrangé. Accrochés à leur refus de voir Wade concourir, les leaders de l’opposition n’ont jamais donné de consignes claires, refusant d’appeler à voter ou au contraire à boycotter le scrutin, avant de se perdre dans leurs divisions. Aucun des ténors anti-Wade n’a su réunir sur son nom les déçus du régime. Pikine, ex-fief wadiste, reste à prendre. Certes, le vieux président y conserve malgré tout des fidèles, comme Amara, qui explique: «Tout n’est pas parfait, mais Wade a travaillé. Il faut lui laisser le temps de finir.»

Déjà un plan de «sortie de crise»

C’est la petite classe moyenne, celle des commerçants et des fonction­naires, qui a tourné le dos au président. «On ne veut plus de Wade. Il est trop vieux. Mais pour qui voter?» s’inter­roge Souleyman Antia. Bakary, son ami, résume les options sans enthousiasme: «On peut choisir des radicaux, comme Idrissa Seck ou Moustapha Niasse, qui ont manifesté tous les jours contre Wade à Dakar, ou parmi les plus calmes qui ont fait campagne. Macky Sall, par exemple.» En ce jour de vote où il faut trancher, Bakary se sent l’âme radi­cale. Souleyman, lui, penche plutôt pour un candidat «sérieux».

«La participation constituera une donnée clé de cette élection. Un faible taux offrirait un avantage certain à Wade», rappelle un diplomate travaillant pour une mission d’observation. Ces observateurs, nationaux ou internationaux, sont des milliers à être répartis dans les 12.000 bureaux de vote, pour endiguer une éventuelle fraude et rassurer. «Les problèmes viendront à l’heure des résultats, qui s’annoncent serrés», pronostique Moktar Diallo.

Abdoulaye Wade, lui, se dit serein. «Ma majorité est si écrasante que je pense être élu avec un fort pourcentage dès le premier tour», a-t-il réaffirmé au Journal du dimanche. Samedi, Macky Sall, considéré comme le principal rival du président sortant, s’insurge contre cette sérénité. «Il est tout simplement impossible qu’il n’y ait pas de second tour.» Ces discours radicalement opposés inquiètent les Sénégalais comme les observateurs. Pour prévenir d’éventuelles tensions à venir, Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigeria et chef de la mission d’observation de l’Union africaine, a dévoilé curieusement dès samedi un plan «de sortie de crise». Le texte, qui prévoit de laisser Wade au pouvoir pour deux ans, a immédiatement été rejeté tant par le président que par ses opposants et tous les Sénégalais, pour une fois unis.

Le Figaro International

Vous aimerez aussi...