L’orchestre national du Sénégal vit

Orchestre national du SENEGAL : Le blues des ambassadeurs de la musique sénégalaise

orchestre_national_du_seneg.jpgL’orchestre national du Sénégal est bien  vivant. Les musiciens refusent de se laisser ranger aux oubliettes. Ils refusent d’entonner le chant du cygne, bien au contraire, ils ont entamé une nouvelle démarche basée sur une stratégie commerciale et marketing pour se faire connaître davantage des Sénégalais, mais aussi leurs produits. Ils demandent cependant plus de liberté dans leurs actions afin de faire continuer à rayonner l’orchestre national, par leur immense talent, reconnu au-delà des frontières.
Evoquer leurs noms  revient à parler du grand talent de ces musiciens de l’orchestre national du Sénégal. Leurs productions musicales de haute facture ont bercé tant de chefs d’Etat étrangers  en visite officielle au Sénégal. C’était un groupe de privilégiés triés sur le volet, avec un seul critère, le talent. Ils viennent pour la plupart de la prestigieuse école nationale d’art où, pendant des années, ils ont été formés à manier les instruments sous l’œil avisé d’éminents professeurs.
Les musiciens de l’orchestre national traînent toujours une certaine idée de prestige. Depuis plus d’une trentaine d’années, ils sillonnent le continent tout en assurant des prestations nationales de haute facture.
Une nouvelle démarche de proximité vers le public
Hélas, la vérité triviale se conforte dans l’adage populaire qui voudrait que nul n’est prophète chez  lui. Elle trouve sa vérité d’aujourd’hui, avec l’orchestre national du Sénégal, qui reste encore quasi inconnu de la majorité des Sénégalais.En cette matinée, la chaleur estivale tenaille les narines, dans la petite salle de répétition du Centre culturel Douta Seck, l’orchestre national qui y a installé ses pénates est en pleine répétition. C’est une salle exigüe, au sol délabré, jonché de fils et autres matériels de musique reliés les uns des autres par de nombreux fils. Les portes sont restées béantes pour aérer  l’intérieur où règne une chaleur étouffante.
Le décor est assez sombre pour un orchestre national constitué « d’agents de l’Etat », comme aime à le rappeler Sanou Diouf,  l’un des musiciens et par ailleurs directeur de l’atelier de musique « tradimoderne », une des branches de l’orchestre national. C’est le même décor, les mêmes peines quotidiennes que subissent durant toute la semaine les musiciens de l’orchestre national, qui se soumettent volontiers à cette galère du fait de leur « statut d’agents contractuels de l’Etat du Sénégal ». Seule maigre consolation, le matériel quasi neuf avec lequel ils jouent.  La répétition de ce matin, renseigne le guitariste bassiste du groupe Alassane Cissé, et chef d’orchestre, est portée sur la participation de l’orchestre national au prochain festival de Jazz. Il s’agit de la rencontre de jazz  à Dakar, organisée par l’animateur Michael Soumah,  à l’Institut culturel Léopold Sédar Senghor. A cette occasion, l’orchestre national, avance Alassane Cissé, va réserver aux jazzophiles des morceaux inédits, créés par les plus grands musiciens en la matière comme le classique « Spain » de l’espagnol Concerto Aran Jues et repris par un autre grand du jazz, Chick Corréa. L’orchestre national compte imposer la nouvelle dénomination « Spain-Sénégal » par rapport à ce célèbre morceau musical, mais surtout il veut l’adapter aux instruments traditionnels comme le xalam.   Alioune Ndiaye, le joueur du xalam, est d’avis que beaucoup d’Africains ignorent l’importance et les performances de cet instrument africain qui existe depuis la nuit des temps.  L’orchestre national a toujours eu en son sein des instrumentistes de grands talents qui n’ont malheureusement pas eu une grande notoriété.
« Le niveau et le talent des musiciens de l’orchestre national est toujours là », le talent est indéniable à l’orchestre national, renseigne le chef d’orchestre, Alassane Cissé. Selon lui, on n’entre pas à l’orchestre national comme dans une auberge. Il faut  avoir du génie, car l’orchestre national est réservé à une certaine élite de musiciens. La preuve, selon lui, c’est la récente invitation en Sardaigne (Italie) où ils ont assisté à un festival de jazz, et leur prestation est restée gravée dans les anales des organisateurs. D’ailleurs, ajoute-il, les Italiens ont été tellement éblouis par le talent des musiciens sénégalais qu’ils veulent désormais que l’orchestre national assiste à cette rencontre internationale. Ils ont participé ainsi à 12 concerts, entre Milan et Sardaigne, où ils ont joué du jazz avec des grands musiciens étrangers.  Au niveau de la production, Alassane Cissé est d’avis qu’il n’y a aucun orchestre qui a  un répertoire aussi riche que l’orchestre national. Ils ont des productions en réserve dans tous les domaines, que ce soit le traditionnel ou dans le registre de musique moderne.
Le grand problème de l’orchestre national est le manque de communication, avance  Sanou Cissé.  Les morceaux sortis par l’orchestre national ne sont pas bien vulgarisés auprès de l’opinion nationale. Selon lui, la floraison des médias au Sénégal a contribué à les reléguer au second plan. Force est de reconnaître qu’aujourd’hui, les médias privés ont fait émerger d’autres groupes et d’autres talents, ainsi que d’autres types de variétés musicales prisées par les Sénégalais. Sanou Diouf, le saxophoniste, est cependant d’avis que les médias doivent s’intéresser davantage  à l’orchestre national qui est comme « l’équipe nationale de football du Sénégal » et qui doit mériter plus d’attention.  La solution, selon lui, est d’opérer, dans les plus brefs délais, une démarche proactive. Pour ce faire, il est d’avis « qu’il nous faut plus de liberté pour faire éclater nos talents ». Il dit entendre par là, avoir plus de liberté de création, d’expression et de stratégie marketing et commerciale pour mieux faire connaître les produits de l’orchestre national.Selon Traoré, le chef de la production, la nouvelle stratégie est d’avoir une démarche axée sur plus de proximité envers le grand public. Faire connaître davantage les produits de l’orchestre national par la diffusion de leurs clips au niveau des différentes chaînes du pays. D’ailleurs, l’amorce a été enclenchée en participant à l’enregistrement d’une émission Salsa sur une chaîne de télévision de Dakar.
Yaté Nara Ndoye

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