St LOUIS INDIGNE DE SON PATRIMOINE

Plaidoyer (2019)pour la réhabilitation de la gare ferroviaire de Saint-Louis

Rien n’a changé, tout a empiré !
À chaque fois que je passe devant la gare, le spectacle affligeant de son état de délabrement avancé me fend le cœur et m’attriste profondément. Et pourtant que je sache, grâce à son patrimoine architectural unique, Saint-Louis est depuis l’an 2000 classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’UNESCO. Personnellement cette décision m’a procuré beaucoup de satisfaction ; mais je dois avouer qu’elle me laisse un peu sur ma faim ; car je n’arrive pas à comprendre pourquoi l’UNESCO ne faisait rien pour sauver la gare qui est en train de partir en lambeaux.
Les questions ne manquent pas. Pourquoi la Commune a laissé des commerçants investir la gare sans autre forme de procès ?
Par hasard au cours d’un forum organisé par la Commune de Saint Louis, l’occasion m’a été donnée de me rapprocher du Maire d’alors, M. Bamba DIEYE et de lui poser le problème de la gare. Dans sa réponse, il me fit savoir que Saint Louis Patrimoine de l’humanité ne concernait en fait que l’île. A cet instant précis c’est comme si le ciel m’était tombé sur la tête ; car je me suis dit non seulement Saint Louis ne se réduit pas à l’île. Mieux quand je pense que c’est le Sénégal qui a proposé de classer Saint-Louis sur la liste du patrimoine mondial, je me suis demandé si nos dirigeants qui ont négocié cette inscription maîtrisaient vraiment leur sujet. En effet, il est avéré que le faubourg de Sor recèle en son sein plusieurs éléments du patrimoine :
Avant tout il est important de savoir que Saint-Louis fut la porte d’entrée de la colonisation française au Sénégal et en Afrique occidentale française (AOF) et que tout est parti de notre gare. Ne serait-ce que pour cette raison, nous estimons qu’elle mérite bien d’être restaurée à l’instar du marché Kermel qui, faut-il le rappeler, après avoir a été dévasté par un incendie, a été restauré à l’identique. Cependant il faut garder à l’esprit qu’une reconstruction à l’identique, ce n’est pas du patrimoine.
La gare de Saint Louis a perdu son prestige, car ayant été durant de nombreuses années le centre d’une activité économique principale, source de revenus pour de nombreuses familles au niveau de la ville et de son arrière-pays. Les rails sont ensevelis pour toujours sous leur linceul de sable du côté de Linguère.
Malheureusement « Autoraillou Peulh » qui, jadis, a joué un grand rôle dans l’économie de la ville ne sifflera plus entrant en gare ; de même on ne verra plus le train « Arrigoni ». Le réseau s’est progressivement dégradé et après avoir agonisé pendant longtemps, a fini par rendre l’âme.
Ce qui me chagrine c’est le fait que le train n’arrivera plus dans la capitale du nord. De ce fait pour réhabiliter la gare qui n’est plus utilisée, il faut lui trouver une destination à l’image de celle de Coky qui a été restaurée pour devenir un complexe pour les femmes et les jeunes. Dans ces conditions pourquoi ne devrait-on pas trouver une destination pour la gare de Saint Louis ? A mon humble avis elle pourrait, par exemple, abriter, à l’étage, un musée des chemins de fer, qui, à l’image de celui de Thiès pourrait présenter quelques pièces autrefois en usage : outils, uniformes, machines d’émission des tickets, « téléphone omnibus », bâton-pilote (système de pointage du passage des trains), pétards de détresse en cas d’obstacles sur la voie. Tout un ancien monde pourrait, ainsi, renaître dans cette salle d’exposition. Car le musée pourrait, donc retracer aussi l’histoire de la lutte des cheminots, qui, pendant longtemps ont revendiqué auprès de l’autorité coloniale l’égalité salariale, l’intégration des travailleurs auxiliaires maintenus dans un statut précaire, ainsi que les allocations familiales dont le personnel venu de métropole était le bénéficiaire.
Et au rez-de-chaussée, la gare pourrait abriter un musée d’art contemporain qui, du reste manque cruellement à notre ville. D’autant que Saint Louis regorge de nombreux artistes très talentueux. En tout cas il est hors de question que des édifices ou des bâtiments chargés d’histoire soient détruits en un tournemain pour être remplacés par du neuf. En essayant d’en savoir un peu plus dans cette histoire de patrimoine, j’ai appris que le classement de l’UNESCO concerne aussi les zones tampons de l’Île que sont la corniche de Sor nord et sud et les corniches de la Langue de Barbarie nord et sud. Ce qui veut dire que la gare et tous les édifices au niveau de ces zones à l’image des Blocs 22, construits après la Seconde Guerre mondiale de 1947 à 1957 doivent impérativement être protégés.
Hélas, il est vraiment malheureux de constater qu’ici au Sénégal et plus largement en Afrique, nous n’avons pas la notion de patrimoine. Contrairement aux pays Européens, nos villes n’ont aucun cachet ancien, tout simplement parce que nous démolissons toujours pour remplacer par du neuf. Paris, par exemple, a gardé intacts ses édifices et ses monuments au temps où il s’appelait Lutèce. On y trouve encore des vestiges de la présence Romaine. Il en est de même de Montréal qui, d’ailleurs, est beaucoup plus jeune que Saint Louis.
Par exemple, le balcon d’où le Général De Gaulle s’était écrié : « Vive le Québec libre » est toujours comme il était, du moins, en 1994, alors que je séjournais au Canada. Et j’imagine qu’il l’est toujours.
Dommage, on ne verra plus les « Blocs 22 ». Le futur tribunal est en train de renaître sur ses cendres! Du n’importe quoi! Et pourtant le 19 janvier 2016, le Gouverneur de la Région de Saint-Louis du Sénégal Alioune Aidara NIANG avait signé un Arrêté interdisant toute opération de démolition de bâtiments anciens au niveau des zones, inscrites sur la liste du patrimoine mondial en 2000. Cet arrêté constituait également une réponse adéquate aux recommandations du Comité du patrimoine mondial (Décision 38 COM 7B.54) demandant notamment de renforcer les mesures institutionnelles de protection et de conservation du site. Il devait sans nul doute contribuer à préserver le patrimoine architectural, confronté à de nombreuses menaces. Il devait également conduire à réduire la disponibilité d’espaces pour la construction de nouveaux ensembles immobiliers qui, ces dernières années ont tendance à porter atteinte à l’intégrité du site.
Toujours au niveau du faubourg de Sor, outre la gare, nous pouvons citer la première École des Otages créée à Saint-Louis par le gouverneur Faidherbe en 1855. Elle est aujourd’hui en péril. Pourtant elle constitue un pan important dans l’Histoire coloniale. Les écoles des otages étaient des établissements scolaires créés par le colonisateur Français au Sénégal et au Soudan Français où étaient recrutés de force les fils de chefs et de notables afin de les surveiller et les former pour devenir des auxiliaires au pouvoir colonial.
L’Ecole des Otages de Saint-Louis a été restaurée par arrêté du 05 mars 1861 pour y élever des fils ou parents de chefs. Elle revit le jour le 31 mars 1892 sous la dénomination de Collège des fils de Chefs et d’Interprètes. La façade du bâtiment est agrémentée de faïences importées de France. Solidement installée, l’administration coloniale remplaça le collège des fils de chefs par la Médersa en 1909.
Les locaux seront ensuite affectés au collège des jeunes filles Ameth FALL jusqu’en 1965 avant d’abriter l’école élémentaire Khayar Mbengue.
ndarinfo.com

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5 réponses

  1. Stephane dit :

    Combien de milliards la France à jeté à fonds perdus pour garder le cachet colonial de St Louis, laissons les Sénégalais défoncer le pont Faidherbe , déboulonner la statue si ca fait éjaculer les marabouts du coin , faire des brèches sur les protections naturelles de la régions qu’ils fassent leur festival de kora enfin bref qu’ils se démerdent c’est un puit sans fond ce merdier Sénégalais qu’ils aillent pleurnicher auprès de l’oncle Biden ce croulant

  2. Bill dit :

    Peut-être faut-il faire une consultation auprès des saint-louisiens afin de savoir si le patrimoine colonial doit être maintenu ou effacé. Il me semble bien que la deuxième option est la plus répandue au sein de la population. Pour ma part, c’est plutôt du côté du village des pêcheurs qu’il y a urgence à faire des travaux.

  3. Bernard dit :

    Saint Louis = d’un côté une ville en ruines et de l’autre un port cloaque ! Je n’y reviendrai pas même si mon gouvernement français continue à distribuer de l’argent à fonds perdu pour cet endroit. Si l’UNESCO en a, elle doit absolument déclasser Saint Louis.

  4. trevidic dit :

    Bonjour,
    La ligne DAKAR .ST LOUIS était une réalisation des FRANCAIS BIEN UTILE
    mais le temps faisant faute d’entretien il ne reste plus rien …
    On peut dire que l’écartement des rails était obsolète ,ou , je ne sais quel
    raison plus ou moins valable : « c’est ainsi » !…
    Depuis peu d’années une route assez belle construite par les CHINOIS amène
    à supporter la longue distance ..
    ST LOUIS est toujours aussi attachant ,et la croisière sur le fleuve SENEGAL
    avec le BOU el MOGDAB un des meilleurs souvenirs.

  5. Un truc intelligent, pendant qu’il en était encore temps, aurait été de transformer la ligne de chemin de fer en attraction touristique avec quelques wagons légers comme cela se fait dans beaucoup de pays sur les voies désaffectées. Les touristes auraient adoré faire le voyage Dakar Saint Louis dans un train au look rétro, cela aurait relancé la destination et permis de conserver un trafic de passagers sans grandss bagages (et pourquoi pas un peu de frêt la nuit, marchandises pas trop lourdes). Les arrêts en chemin auraient permis de visiter quelques lieux, des marchés, bref, d’apporter un peu d’oxygène à des villes qui en ont bien besoin. Mais les solutions intelligentes n’intéressent personne me sembe-t-il, seules les solutions qui permettent des détournements paraissent devoir retenir l’attention. Le Sénégal, le pays des occasions ratées et de l’argent gaspillé, des intelligences inutilisées. Un fonctionnaire international de haut niveau me disait que le troisième mandat en Afrique était essentiellement basé sur la peur d’être condamné pour détournements de biens publics par les présidents sortants. Ah bon ? Mais assurément, si Macky Sall briguait un troisième mandat ce serait uniquement pour continuer à diriger le pays avec la droiture que l’on sait, soyons rassurés.

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