PASSAGE DU FRANC CFA À L’ÉCO
Les populations entre espoir et craintes

Jusque-là, ce sont les hommes politiques et les experts qu’on entendait sur la réforme annoncée du franc Cfa. Qu’en pensent les principaux concernés, c’est-à-dire les populations ? Certaines attendent cette future monnaie avec espoir, malgré « une ignorance des contours de la réforme ». D’autres se plaisent bien avec le franc Cfa. Avis divergents reposés sur des arguments politico-économiques.
L’Eco, Moustapha Gningue n’en a eu écho qu’à travers la revue de presse quotidienne. Et il en disserte avec passion. Etabli à quelques mètres du Bureau des passeports de Dieuppeul, le commerçant d’écouteurs et autres accessoires téléphoniques a un raisonnement assez simple : disposer de billets de banque quelle que soit l’appellation. Le cure-dent coincé entre les dents, le jeune homme argumente : « Que notre monnaie s’appelle Bambey, Ngoumba ou Pire, peu importe ; ce qui nous préoccupe, c’est l’existence d’une monnaie reconnue par tout le pays ». Gesticulant à outrance, il ajoute, de vive voix, une autre préoccupation : « Il faut que le Président Macky Sall veille à ce qu’il n’y ait pas de faux billets ». Son camarade Hamidou Wone saisit la balle au rebond et tente de lui apporter des éclaircissements selon sa compréhension de la réforme monétaire. « L’Eco n’est pas le propre du Sénégal. C’est pour l’ensemble des pays d’Afrique (sic) », explique-t-il calmement.
L’intégralité des pays du continent noir ? Ousseynou Fall n’en est pas convaincu. « Dans l’édition spéciale de la Radio futurs médias, j’ai entendu parler de huit pays », précise ce dernier. Le bonhomme, vêtu d’un blouson à l’écusson blaugrana, pense déjà à la circulation des billets. Sa préoccupation est d’ordre sécuritaire. D’un ton ironique, le regard dirigé vers ses camarades, il se livre : « Saurons-nous à temps quand est-ce que les billets seront mis en circulation ? Nous, les commerçants, qui rentrons chaque soir ne serons pas victimes d’un délai court ou non communiqué ? » Ses craintes sont partagées par ses pairs. Ils acquiescent avant que l’un d’eux, Hamidou, ne lance un « lu jara xalaat lah » (c’est un paramètre à tenir en compte).
«L’urgence n’est pas à un changement de monnaie»
Debout en face d’un kiosque à journaux qui sert d’espace d’échanges sur l’actualité, Papis Guèye apprécie bien l’Eco, dans la mesure où « il s’agit d’une décision communautaire ». Cependant, il se pose des questions sur son impact réel. « L’importance est que les populations ressentent une véritable différence par rapport au franc Cfa. Il ne sert à rien de se limiter à un changement de nom », analyse-t-il avant d’émettre une ultime interrogation. « Où est-ce que les nouveaux billets seront imprimés ? » se demande notre interlocuteur.
Dans une boutique multiservices voisine du siège de la Ligue islamique mondiale, un homme à la silhouette imposante dialogue avec la caissière. Il s’apprête à faire une transaction. Par la main droite, il lui glisse un billet de 10.000 francs Cfa et donne les indications nécessaires. La monnaie unique, Eco, il souhaite en parler, mais dans l’anonymat. « Je ne vois pas l’utilité d’une réforme. Les choses bougent. Nous arrivons à faire nos transactions et achats avec le franc Cfa. Nous ne pouvons pas y mettre fin du jour au lendemain ». Le client estime que tous les mécanismes doivent être mis en place pour engager une nouvelle politique monétaire parce que craignant que le projet d’une nouvelle monnaie soit plombé dès le départ. « Il vaut mieux se contenter de ce que l’on a. La précipitation ne nous mènera nulle part », commente-t-il.
Policier à la retraite, Souleymane Ndiaye adoube l’idée d’une monnaie unique. Pour lui, cela constitue un gage de développement économique et de souveraineté. Toutefois, il émet des réserves quant à la mise en circulation de l’Eco en juillet 2020. « L’initiative est à saluer. Je me demande si ce projet va aboutir. Les années passées, nous avons entendu des Chefs d’États en chanter partout et, au final, la montagne a accouché d’une souris », affirme-t-il tout en mâchant des restes de cola. Se basant sur l’exemple fourni, l’ancien policier se pose des questions sur la pertinence « de tourner le dos » au franc Cfa.
Tablier dans ce coin de la commune de Dakar Plateau, Seyni Niang tient à son franc Cfa. Plaisantin, il justifie son attachement à cette monnaie : « Je ne sais pas de quoi demain sera fait, mais pour l’instant, je mène mon commerce. Je maitrise bien le franc Cfa. Il n’y a pas de raison que cela change. Si le franc Cfa disparait, je pourrai, dans quelques années, dire à mes petits-fils que j’ai été témoin de sa dévaluation et de sa mort ».
Rompre avec la France
Boutiquier d’origine guinéenne, Abdou Aziz Bâ, debout derrière son comptoir, manipule sa calculatrice. Certes, sa Guinée natale n’est pas concernée, mais son pays d’accueil l’est. Il considère l’avènement de l’Eco comme une excellente chose. Et ce, pour deux raisons : l’une est la sortie du franc Cfa, l’autre est l’échange intra-africain. Toutefois, le vendeur y voit déjà une fausse note, l’implication de la France. D’une voix criante, il reprend le slogan « France dégage ». « Il est temps de mettre fin aux relations avec la France. Elle pille l’Afrique et oriente ses politiques. Le Président français Emmanuel Macron n’avait rien à faire Abidjan », indique Abdou Aziz Bâ. Il est aussi d’avis que l’Afrique doit voler de ses propres ailes « avec l’union de tous ses fils ».
Plus modéré, Bamba Diop tente de décrire la « Françafrique ». « L’ancien maître suit toujours le colonisé. Il prétend le défendre partout et intervient chez lui sur tous les plans. Une assistance et une exploitation à la fois », avance-t-il. Remontant à la Conférence de Berlin, l’ancien instituteur invite le Président français à s’inspirer du Portugal et de l’Italie qui n’ont pas de main mise sur le fonctionnement respectif du Cap-Vert et de la Libye.
D’après lui, l’heure est à l’union, à travers la mise en œuvre de l’Eco, et que la France « dégage entièrement toute responsabilité ».
Echos des réseaux sociaux
Après les appréciations de la rue par rapport à l’Eco, les échos des réseaux sociaux. Depuis l’annonce d’Abidjan de samedi dernier, l’Eco intéresse les internautes et agite la toile.
De Twitter à Facebook en passant par WhatsApp, les publications pullulent. Cinq mouvances se dégagent : les chambreurs, les anti-Cfa, les spécialistes en tout (Toutologues), ceux qui ignorent et sollicitent des éclairages et, enfin, les spécialistes crédibles.
La première catégorie met en avant les images de billets de « la future monnaie » avec des montants qui vont de 0,5 à 20. Leur style tire en dérision l’Eco en ayant « une pensée » pour les batteurs de tam-tams, artistes et autres « bongoman » qui risquent de se taper des billets de 0,5 Eco après des minutes de louanges.
La même mouvance se délecte du challenge entre mariés et célibataires. Les premiers nommés, assez moqueurs, s’illustrent par cette expression : « Ceux qui se marient à partir de juillet 2020 vont recevoir la dot en Eco. Nous avons vécu l’époque Cfa ».
Les anti-Cfa sont partagés sur la question. Certains parlent de victoire d’étape. D’autres exigent un Eco sans l’empreinte de la France. Ils vont plus loin en taxant le Président ivoirien Alassane Dramane Ouattara de mûrir un coup sur le dos du continent à côté de son homologue français, Emmanuel Macron.
Quant aux « Toutologues », grands spécialistes du football lors de la dernière Coupe d’Afrique qui se sont subitement transformé en grands experts de la monnaie, ils écrivent de longs textes pour ne finalement rien dire. La partie la plus intéressante de leur fiche a été une copie de l’historique du franc Cfa sur Wikipédia.
Quant à ceux qui ignorent et savent qu’ils ignorent, ils ont posé sur la table des questions liées à la différence entre monnaie unique et monnaie commune, les changements opérés, le rôle de la France dans la nouvelle configuration…
Des interpellations auxquelles ont tenté de répondre les vrais spécialistes qui ont également eu la lourde tâche de rappeler qu’un euro n’est pas égal à 1200 Ecos. Ils ont précisé qu’il « n’existe pas, pour le moment, une valeur accordée à la monnaie unique ».
D. DIENG/lesoleil/sn










Je propose aux pays de la CEDEAO d’adopter la « Monnaie de singe » au lieu du Franc CFA, ce sera à la mesure de leurs capacité à gérer seul leur politique monétaire, sans l’aide des européens….
Méfiez vous des chinois, ils peuvent vous proposer le Bitcoin ou tout autre monnaie électronique, dont vous ne maitrisez ni le cours, ni la pérennité……
Je ne suis pas certain de savoir qui peut le plus y perdre !…
Abdul
Bien vu❗
Je partage l’analyse.
Et sachant que, tout compte fait, les Africains n’ont pas une opinion détestable des Chinois. (relation Sud-Sud).
Mais bon, si il faut se les coltiner ! 😢😭😢………..