Kankourang à Mbour

Sortie annuelle du Kankourang à Mbour : Plongée dans les arcanes de l’initiation mandingue

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Le mois de septembre est celui de la sortie du « Kankourang », génie protecteur des Mandingues et des populations de Mbour. L’édition 2012 a connu un caractère particulier, avec le retour aux sources de la tradition mandingue. A l’occasion du démarrage de la saison, les dirigeants de la collectivité mandingue ont eu une chaleureuse rencontre avec le ministre de la culture, Youssou Ndour, et le préfet de Mbour.

MBOUR – La saison du « Kankourang », génie protecteur de la communauté mandingue et des populations de Mbour et Petite côte est bien entamée. Dans la commune de Mbour, l’événement de cette saison a revêtu un caractère particulier, avec l’encouragement de Youssou Ndour, ministre de la Culture et du Tourisme, envers les responsables de la collectivité mandingue de la localité dont Mamadou Lamine Signaté et le Professeur Cheikhou Dabo.  Lors de la visite du ministre sur le terrain, un échange fructueux a porté sur la vie des mandingues dans cette localité. Le ministre a promis son soutien pour les activités culturelles en faveur des populations de Mbour et de la région de Thiès.

Le « Kankourang », en tant que patrimoine, a été reconnu comme patrimoine culturel à l’Unesco.  

La sortie du « Kankourang », devenue, malgré elle, une grande attraction touristique, attire, chaque année, les ressortissants du département de la Petite Côte, notamment les femmes et filles de toutes les régions du Sénégal.

La communauté mandingue a recentré les débats soulevés autour du « Kankourang ». « Halte au folklore. Le « Kankourang », c’est quelque chose de sérieux ».

L’association a mis en place 12 commissions pilotées par des personnes choisies pour atteindre l’efficacité dans le programme d’activité », selon  Cheikhou Dabo, secrétaire exécutif adjoint. Des actions préventives ont été organisées sur le plan sanitaire, avec des  journées de sensibilisation et de consultations gratuites. Des activités génératrices de revenus, pour les femmes, seront menées sur le plan économique. L’organisation d’un festival des arts et de la culture mandingue était inscrite au programme de cette année, ainsi qu’un colloque sur la culture mandingue. La société mandingue étant basée sur la gérontocratie. Seuls les sages sont habilités à parler du « Kankourang ». Toutefois, précise Cheikhou Dabo, « Mbour demeure le bastion du « Kankourang », où sa sacralité est toujours bien conservée ».

Seuls les sages peuvent parler du « Kankourang »

Prévue vers la fin de chaque hivernage, l’initiation des jeunes mandingues au rite du « Kankourang » est pratiquée, de nos jours, pendant les grandes vacances, durant le mois de Septembre, pour permettre aux initiés venant du monde scolaires de reprendre le chemin de l’école.

Nonobstant ce choix dicté par la modernité, l’initiation comporte toujours tout son rituel traditionnel, garant de l’héritage laissé par les anciens.  La 1ère étape de l’initiation est marquée par l’opération de la circoncision des initiées, qui sont isolés de leur milieu social pour une période d’un mois. Une retraite appelée « leul », ou case d’initiation, abrite les initiés qui sont assistés d’autres jeunes, plus âgés ou parfois du même âge, mais déjà circoncis. Il y a, en plus, les guérisseurs et les instructeurs pour compléter la formation des novices.

Dans son  mémoire de maîtrise d’histoire sur le thème : « Ethnicité et urbanisation : les Mandingues de Mbour », Sadibou Dabo écrit  que la grande épreuve de la circoncision a pour finalité « l’initiation proprement dite ». La retraite des jeunes dans la forêt est une expérience douloureuse de cette initiation. Des séances spéciales appelées « mira-koso » (littéralement battre les ustensiles), en pays mandingue, sont organisées. Par des sévices et corrections diverses, les « kitans » ou instructeurs rappellent aux initiés leurs mauvais comportements et leurs impolitesses passés.

Il leur est alors interdit de gémir ou de manifester leur douleur. Les cris et les pleurs étant des prétextes pour durcir la punition. La douleur étant d’abord physique, mais aussi morale, en ce sens qu’elle entraîne la soumission, le caractère doit être trempé. Le courage et le sens de l’humilité sont les buts recherchés.

Les séances de « mirankoro » constituent ainsi de véritables épreuves morales pour les initiés, tout en suscitant le respect des anciens. Elles permettent de restaurer la justice et de réguler la vie collective.

 L’initiation en pays mandingue, à l’instar de celle faite chez les Sérères, repose sur cinq piliers fondamentaux, considérés dans le milieu comme des valeurs éducatives primordiales. Les initiés étudient le langage, « candia » ou « voix sèche »,  le sens de la discrétion, le langage des yeux et last but not least, la base de tout le système qui préconise le respect du à l’âge ou « simbering simbé Kéba ».

« Ces règles constituent, selon Sadibou Dabo, la quintessence d’enseignements ayant trait à la bienveillance et renferment l’ensemble des valeurs éducatives du milieu. Ainsi, on apprenait aux jeunes comment s’orienter dans la brousse.  On leur enseignait également les plantes et leurs vertus thérapeutiques, les noms des animaux, leurs mœurs, les espèces comestibles ou dérangeuses de la faune et de la flore, l’art de poser des pièges et de suivre les traces des animaux en reconnaissant leurs pas ».

  La banalisation de l’initiation qui se produit actuellement, au mépris de son principe initial ne milite pas pour sa pérennité. Le mythe, s’il n’a pas encore volé en éclats, présente tous les signes avant-coureurs d’un effondrement. Ce qui serait dommage, quand on sait que l’initiation mandingue, singulièrement à Mbour, est l’une de nos rares traditions culturelles qui a résisté à l’usure du temps.

« L’initiation, poursuit Sadibou Dabo, est suivie par une procession festive accompagnée des tam-tams mandingues et des chants. Ces danses sont appelées « jambadong » ou « jambojambo » (danses des feuilles) au cours desquelles les danseurs agitent des feuilles d’arbres.

 La végétation symbolise, dans la mentalité africaine, la fertilité.

Pour étayer cette thèse, Sadibou Dabo soutient que « la circoncision ou l’enlèvement du prépuce a pour but de faciliter la fertilité de l’adolescent rendu à sa dimension d’homme prêt à perpétuer l’espèce.  

Soulignons que le nom « kouyang-mansa » est le nom d’un chef ayant un pouvoir absolu dans son pays d’origine, tel que feu Baye Mady Koté, l’homme qui a introduit le « Kankourang »,  en 1904, à Mbour, après l’avoir propagé dans les villages habités principalement par des Mandingues, tels que Mboulème, Diyabougou, Balabougou, Warangue et Malikounda, après avoir quitté la Guinée Bissau, pays des ses ancêtres.

Ben CHEIK

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