Inondations de Dakar

Quand l’eau dépeuple des quartiers de Dakar
inondations

Dans la banlieue, plusieurs quartiers inondés donnent l’impression d’être rayés de la carte géographique sous l’effet du sinistre. En effet, l’une des conséquences des inondations reste le dépeuplement progressif de ces quartiers avec comme corollaire, le ralentissement de l’activité économique. Reportage.

Il est 13h. Nous sommes à Thiaroye. Devant une maison, un véhicule hippomobile (charrette) immobilisé charge les bagages. Il s’agit de lits, ustensiles de cuisine, vêtements. Déménagement obligatoire. L’eau est passée par là. Des hommes portant des bottes en caoutchouc font la navette entre la chambre de Seynabou et la charrette. La cour de la maison est pleine d’eau. De même que les chambres. Seynabou vient d’obtenir une chambre à louer à Malika. Grâce à son frère, qui, ne supportant plus de voir sa sœur dans une telle situation, a pu lui dénicher la chambre. Un soulagement pour cette dernière qui souffrait le martyr depuis que la maison voire tout le quartier est sous les eaux stagnantes. La nuit précédente, c’est sa voisine Mame qui avait plié bagages. D’ailleurs, nombreux sont ceux qui ont été contraints à vider les lieux. Mame a pris en location une maison entière où elle loge avec d’autres femmes ainsi que les enfants.

Les hommes, quant à eux, continuent à affronter l’eau. Quoiqu’il en soit, Mame ne compte plus revenir à Thiaroye. « Même si les eaux seront pompées, je ne souhaite pas revenir dans la mesure où de manière cyclique c’est le même problème, les mêmes souffrances », a-t-elle affirmé. Après Mame, Seynabou et une autre famille, c’est Salimata qui s’apprête à quitter. Elle s’était rendue à Malika dans l’espoir de trouver une chambre à louer. Depuis Malika, elle téléphone à son mari pour l’informer avoir trouvé une chambre avec toilettes incorporées à 20.000 F Cfa par mois. Mais son mari est encore dubitatif quant à sa capacité à payer mensuellement cette somme. Son travail ne marche pas et ses charges sont trop lourdes. « Dans des situations pareilles, les femmes perdent leur lucidité, c’est pourquoi elles s’engagent à payer un loyer dont leur mari n’a pas les moyens », a murmuré Babacar Sarr. Dans tous les cas Saly est déterminée à partir et rien ne semble l’en empêcher.

Séparation douloureuse

Malgré la situation, la séparation semble douloureuse pour certains. Une séparation parfois accompagnée de pleurs notamment chez les femmes. C’est le cas de la petite Ami qui se plaint déjà d’être obligée de vivre désormais loin du petit Khadim qu’elle aimait et portait en permanence dans ses bras. La mère de Khadim est une co-locataire. Ami n’est pas la seule à souffrir de cette séparation. Mame aussi. Dès lors, toutes les deux ont individuellement noué un bout de tissu autour du poignet de Khadim. Une pratique traditionnelle.

A longueur de journées, les charrettes défilent entre la route principale et les maisons inondées et les prix dépendent de la distance. Les charretiers se frottent les mains tant ils sont sollicités puisque les véhicules ne pouvaient accéder dans ces quartiers.

« Le service que nous rendons en ces moments vaut plus que ce qu’on nous paie », a déclaré le charretier Ndongo.

Ainsi, Thiaroye se dépeuple progressivement au fil des déménagements massifs opérés par les sinistrés. Malgré tout, il existe des femmes qui n’ont autre solution que la résignation puisque n’arrivant pas à trouver des chambres ou maisons à Malika, Keur Massar…

« Je suis déboussolée », nous a lancé Mary, une jeune femme. Et d’ajouter : « J’ai passé toute la journée à chercher une chambre à louer. Le propriétaire de l’unique chambre que j’ai trouvée ne compte pas la louer à un couple, encore moins, un couple ayant des enfants. Un autre m’a demandé 100.000 F Cfa en guise d’avance, avant de me remettre les clés, je suis perdue », s’est-elle lamenté.

En effet, Mary, qui vit avec son mari, a en charge quatre enfants. Elle ne cherchait qu’une seule chambre et moins cher. Son mari ne peut faire mieux.

Tels des insulaires, ceux qui sont restés sont entourés d’eau de toutes parts, devenant prisonniers des eaux aux couleurs parfois verdâtres. Pourtant, les enfants, envoyés à longueur de journée, y pataugent régulièrement.

« Heureusement que j’ai des bottes que j’amène avec moi à chaque fois que je dois traverser une rue trop inondée », a indiqué M. Diallo. Des grenouilles ont aussi élu domicile dans ces sites. Et la nuit, c’est un concert de croassements continuels très dérangeants. Des alevins se font voir çà et là. Les gamins prennent le plaisir d’en pêcher quelques-uns qu’ils mettent dans des pots.
Abdou DIOP

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