LE SCANDALE DE L’EAU DU SALOUM

L’eau des camions de la SEOH vendue cinq fois et demie plus cher que l’eau des tuyaux !

Le scandale de l’interruption totale de fourniture d’eau par la SEOH dans la région du Saloum semble fonctionner à la façon des poupées russes, n’en finissant jamais. Il est aussi difficile de s’y retrouver que dans les multiples entités qui gèrent l’approvisionnement de l’eau au Sénégal, à savoir la SONES, la SDE, l’OFOR, et la SEOH associée à AQUANET.
Le premier point que je veux soulever est celui de l’approvisionnement.
Lors d’une réunion qui s’est tenue le 20 mars dernier à la mairie de Fimela, en présence de toutes les autorités, entreprises et acteurs concernés par le problème, il a été établi que l’interruption de fourniture est due à une mauvaise appréciation des ingénieurs qui ont raccordé les localités impactées avec des tuyaux de 160 mm de diamètre seulement.
D’après le directeur de l’exploitation de la SEOH , les facteurs sont les suivants :
– Une sous estimation de la tuyauterie venant à Fimela ; au départ de Tassette des tuyaux de
400mm de diamètre et à l’arrivée à Fimela, Ndangane, Palmarin des tuyaux de 160mm de
diamètre, donc une grosse erreur des ingénieurs dans la conception du projet .
– Un maillage exagéré du réseau qui aujourd’hui atteint 1000 km de tuyaux.
– Le branchement de 17 communes, telle que Thiadiaye, non prévues au départ du projet initial.
– Le branchement en 2016 de la conduite 400 mm pour les iles de Bassoul , Djirna et bien d’autres localités insulaires non prévues elles aussi et qui a aggravé la situation, parce qu’empêchant les communes de Fimela et de Palmarin d’avoir de la pression.
– Le branchement de plusieurs jardins maraîchers tout le long du réseau depuis Thies.
Cela fait beaucoup d’erreurs de la part d’entités auxquelles on a confié la réalisation d’un
projet si crucial pour la santé et l’économie du pays.
Lors de cette même réunion, les responsables de la distribution ont communiqué les chiffres suivants :
Nombre de communes raccordées: 17 (mais c’est évidemment bien davantage car il faut
compter les dizaines de petits villages dépendant des communes)
Mètre cubes des pompes en 2018: 4 733 227
Nombre de mètres cubes par 24 heures: 14 000
Il est souvent intéressant de faire parler les chiffres.
En effet, 4 733 227 m3 par an font 12 967,24 m 3 par jour, (on vous fait grâce des 1 000 m 3
manquants). Ceci divisé par 24 heures nous donne une production de 540,32 m 3 par heure.
Ce qui, converti en minutes, nous donne une production moyenne de 9 mètres cubes par minute.
Mais s’il faut répartir la production sur 17 communes, il ne reste plus que 0 ,53 mètre cube par minute et par commune (et villages qui en dépendent), soit 530 litres/minutes ou 0,12 litres par habitant (sur une base de 70 000) et par minute, à se répartir par tous. Il est clair que dans des grosses communes comme Fimela, Dioffior, Ndangane, Palmarin, la consommation est logiquement plus élevée. Des ingénieurs, avez-vous dit ?
Ceci est pour la quantité. Pour le débit, nous avons vu que les tuyaux sont ridiculement petits et exagérément longs. Naturellement il faut tenir compte d’importantes pertes de charge dues à l’encrassement des tuyaux par le calcaire, à la longueur de l’installation, aux remous internes qui se produisent à chaque coude et à chaque vanne, qui ralentissent le débit considérablement et des fuites obligatoires sur un tel réseau.
Je ne suis pas ingénieur, mais si je m’étais livré à un calcul aussi simple avant l’installation, je n’aurais pas mis longtemps à deviner que ça ne fonctionnerait pas.
D’autant que le projet initial soutenu par la Banque Mondiale prévoyait « la mise en œuvre du Projet de construction de dix (10) forages dans le champ captant de Tassette et d’une conduite de refoulement vers les réservoirs de Thiès et Dakar. A cet effet, le projet vise à contribuer à l’amélioration de la disponibilité de l’eau potable dans l’agglomération dakaroise avec un volume additionnel de 20 000 m3/jour». Difficile donc de savoir si le forage de Tassette est destiné à l’agglomération dakaroise ou à la région du Saloum puisqu’il semble que les tuyaux partent en direction de Thiès. Faute de pouvoir nager dans les piscines, on
nage dans le flou total.
Étant donné la situation, les usagers, en peine depuis quatre semaines, ont sans doute le droit d’avoir une mise au point de la part des organismes mis en cause pour connaître exactement de quelle manière est géré l’approvisionnement d’eau dans leur région.
Mon second point de discussion concerne le prix de l’eau de substitution. La SEOH a consenti à baisser le prix du camion de 10 m 3 à 15 000 francs au lieu des 25 000 francs pratiqués depuis le début des rotations. Mais si l’on calcule bien, cela fait 1 500 francs du mètre cube soit cinq fois et demie plus cher que le tarif moyen domestique à 275 francs / m 3 .
Dans la mesure où la SEOH est fautive dans sa mission de distribution, c’est sans nul doute à elle à assumer les frais générés par ses carences, et non pas au consommateur. A partir du moment où une faute est source de récompense au lieu de punition, il n’y a aucune raison pour que cela ne recommence pas !
Voilà comment des négligences coupables finissent tout de même par rapporter à la SEOH dont on ne peut pas douter qu’elle se moque de ses clients.
Le bruit court qu’initialement ce sont des tuyaux de 300 mm qui étaient prévus, ce qui paraît logique. Si tel est le cas, il semble qu’ils se soient évaporés…
Tout ce joli monde semble nager en eaux troubles, et l’on se demande bien comment l’OFOR, responsable de cette bouffonnerie, a-t-elle pu être en 2017 élue lauréat du prix Ragnette de l’entreprise la plus performante!
Seth-Ankh Khormois

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3 réponses

  1. FRENAIS dit :

    Une horreur!
    Courage

  2. le chaman dit :

    L’incompétence élevée au plus haut niveau!!
    Mais comment peut-on en arriver là? Lorsque la banque mondiale mets autant d’argent dans un projet aussi considérable, n’y a t’il pas un suivi technique? On donne à un bande de bons à rien de mettre en oeuvre des travaux d’infrastructure qui doivent êtes peirennes sur le longt terme et voilà le résultat.
    Qui ,maintenant que les conneries sont là bien solidement installées, va venir au secourt des populations pour remédier à cette effroyable situation? SFR apparament va continuer à gérer son incompétence. Je me dis heureusement que Sénélec n’envisage pas de construire une centrale nucléaire sur le territoire national……

  3. le chaman dit :

    Je voulais écrire SDE et non SFR. Tournée générale donc!!

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