L’arbre, un espoir pour le Sénégal

L’arbre, engrais de développement économique au Sénégal
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Face aux défis du changement climatique et de la pauvreté, des agriculteurs ont fait de l’arbre une solution de développement économique. Tribune du fondateur de Reforest’Action.
Assis en tailleur entouré d’une kyrielle d’enfants, Mamadou Marone décortique plusieurs kilos de graines de jatropha, arbre prisé au Sénégal pour ses bénéfices économiques et environnementaux. Le sexagénaire à la barbe grisonnante est trésorier de la fédération des producteurs de jatropha du département de Foundiougne, situé à 200 km au sud de Dakar.
«Le jatropha crée des emplois, s’enthousiasme-t-il. Cet arbre est venu pour enlever la pauvreté du monde rural».
Comme lui, des centaines d’agriculteurs de la région ont fait le choix de la reforestation par l’agroforesterie. Réunis en 10 groupements autour de Sokone, commune à proximité de la frontière gambienne, ils font de l’arbre un outil de développement local. Et durable. Sur place, plus de 130.000 arbres ont été plantés depuis 2011 à la faveur d’un partenariat entre Reforest’Action, Kinomé et la SOPREEF (Société pour la Promotion de l’accès à l’Energie et à l’Eau dans le département de Foundiougne), entreprise sénégalaise fondée en 2008.
Sur le plan environnemental, les arbres jouent un rôle précieux. Ils stockent chaque année environ 260 tonnes de CO2 et renforcent la biodiversité. Plantés en haie vive autour des champs ou en bosquets, les arbres enrichissent les sols et assurent une bonne infiltration de l’eau. Ils protègent également les cultures du soleil et de l’intrusion d’animaux.  « C’est comme un gardien que tu ne paies pas», s’amuse Mamadou Marone.
Filières économiques en expansion
A chaque période de plantation, les agriculteurs viennent littéralement vider les pépinières de leurs jeunes plantes. Signe que l’arbre est de plus en plus plébiscité comme outil de restauration des écosystèmes et d’essor économique.
 «L’an dernier, 2 millions de francs CFA (ndlr, environ 3.000 €) ont été distribués dans la zone par la SOPREEF dans le cadre d’achat de graines», indique Abdoulaye Diakhaté, gérant de l’entité.  Il s’agit des premières récoltes. Les productions vont augmenter à mesure que les arbres grandiront et que d’autres seront plantés ».
La société solidaire achète des graines de différentes essences d’arbres, dont celles de jatropha récoltées par les paysans. L’objectif est de les transformer en huile via une presse automatisée sortie de terre en 2012.
L’huile de jatropha servira d’ici un an de biocarburant destiné à alimenter les groupes électrogènes des zones environnantes dépourvues d’électricité. «Disposer d’électricité et donc d’énergie dans le village nous permettra de développer des activités génératrices de revenus et d’améliorer nos conditions de vie», souligne le chef de la localité de Médina Djikoy dont le générateur tournera à l’huile de jatropha en 2014. Un partenariat en cours de signature avec l’Agence Sénégalaise d’Electrification Rurale (ASER) encadrera l’arrivée prochaine de cette énergie écologique. 
La presse avale également des graines d’autres essences d’arbres tels que le moringa, le neem ou encore le baobab. Les huiles qui en sortent sont elles aussi vendues et utilisées à des fins gastronomiques, médicinales et phytosanitaires. Et plus encore. Depuis un an, une partie de ces huiles est intégrée par l’entreprise de cosmétiques naturels Chouette Mama implantée à Popenguine dans la fabrication de produits de soins du visage et du corps. Autrement dit, les arbres des agriculteurs de Sokone participent désormais au développement de filières économiques dans leur région et au-delà, à travers le Sénégal entier.
Savons et tourteaux
Autre débouché généré à partir de l’huile, le savon. Rassemblées en groupements d’intérêt économique, les femmes utilisent les huiles de jatropha, neem et sésame dans la composition de savons. Vendus sur les marchés, ces produits leur assurent des revenus complémentaires. Un pécule qui s’ajoute aux gains émanant de la vente de citrons, mangues et autres bois de construction issus des arbres fruitiers et eucalyptus, également plantés en haie vive autour des champs. 
Rien ne se perd en Afrique. Ainsi, le reliquat de matière extrait de la presse de certaines graines sous forme de tourteaux, riches en protéines, est vendu comme aliment pour le bétail aux éleveurs.
«Depuis que j’utilise le tourteau pour nourrir mes bœufs, j’ai constaté une réelle amélioration de leur forme physique », explique Erily, éleveur à Keur Seyni Guèye. «D’ailleurs les autres éleveurs du village s’y intéressent à présent et commencent à le tester».
Modèle de gouvernance innovant
Le succès du projet tient en sa recette qui se résume en un mot. Equité. Le capital de la SOPREEF est détenu à tiers identiques par les agriculteurs, des épargnants solidaires, et des experts du développement durable. Chacun prend part aux décisions et orientations stratégiques débattues en assemblée générale. Lors du vote, chaque voix a le même poids. En clair, loin de se borner à un rôle d’acteurs, les paysans sont les codécideurs du projet. Une gouvernance innovante qui rompt avec les modèles classiques de l’aide au développement.
Trois ans après le lancement du partenariat SOPREEF-Reforest’Action, les agriculteurs de la région de Sokone prennent grâce à l’arbre davantage leur destin en main. De nouvelles filières économiques voient le jour tandis que d’autres gagnent en robustesse. Pour pérenniser ce modèle et permettre au projet d’atteindre son autonomie financière, du chemin reste à parcourir. Et des arbres à planter. Si plusieurs années encore seront nécessaires, les résultats atteints à ce jour augurent un avenir prometteur.
Dans cette optique, les dizaines de milliers arbres ayant pris racine pourront à l’avenir compter sur les enfants de la région. Chaque année des écoliers sont sensibilisés à travers leur programme scol
aire au développement durable autour de l’arbre. Ils étaient 1500 l’an dernier, quatre fois plus qu’en 2011. Certaines de ces jeunes pousses en seront demain les premiers ambassadeurs et les principaux défenseurs. «L’arbre, c’est de l’engrais vert», rappelle Mamadou Marone.

Stéphane Hallaire/Fondateur de Reforest Action

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1 réponse

  1. Thierry dit :

    Connaissant bien cette région , on ne peut que féliciter cet engagement . Une chose me désole , le fait que l ASER vienne tremper son nez la dedans ……….

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