« Chaise vide » du Sénégal

Moratoire sur la peine de mort : Le Sénégal fait faux-bond aux abolitionnistes

Le Sénégal s’est signalé par une politique de la chaise vide lors du vote de la résolution consacrée au moratoire mondial sur les exécutions. Fuite de responsabilités ou réalisme économique ? La question reste posée.

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La troisième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies s’est prononcée, jeudi dernier, en faveur d’un moratoire mondial sur les exécutions. Mais, cet important événement a été marqué par le faux-bond du Sénégal qui a préféré opter pour la chaise vide. Selon un communiqué de presse d’Amnesty International, ‘le Sénégal s’est absenté pour ne pas prendre part au vote de cette résolution qui a été fortement combattue par les pays arabes, ceux du Golfe notamment’. Est-ce pour ne pas contrarier ses amis du Golfe qui sont, de plus en plus, présents dans l’économie sénégalaise que notre pays a préféré ne pas voter ce texte ? La question mérite d’être posée d’autant que le Sénégal a, depuis 2004, expurgé de sa législation pénale la peine capitale. Une cohérence dans le comportement n’aurait-elle pas voulu que le Sénégal soit à l’avant-garde du combat pour l’abolition de la peine de mort. Les réalités économiques immédiates ont peut-être pesé si lourdement sur la balance que prendre le contre-pied des Etats pétroliers du Golfe aurait été risqué à quelque quatre mois de la tenue à Dakar du sommet de l’Organisation de la conférence islamique financé, de bout en bout, par les Emirats arabes.

En tout cas, cette décision dont tous les observateurs s’accordent à dire qu’elle ‘fera date’, a bénéficié d’un appui interrégional et était soutenu par 87 Etats du monde entier. Ainsi, quatre-vingt-dix-neuf pays ont voté en faveur de la résolution, dont quatorze africains (Algérie, Angola, Bénin, Burkina Faso, Burundi, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gabon, Mali, Maurice, Mozambique, Namibie, Rwanda, Afrique du Sud). Cinquante-deux ont voté contre dont dix pays africains (Botswana, Egypte, Ethiopie, Libye, Malawi, Mauritanie, Nigeria, Soudan, Uganda, Zimbabwe) et 33 (dont la Gambie et la Sierra-Leone) se sont abstenus. L’Assemblée générale devrait entériner cette décision en séance plénière, en décembre.

 

La décision qui vient d’être adoptée appelle les Etats qui maintiennent la peine capitale à ‘établir un moratoire sur les exécutions en vue d’abolir la peine de mort’. Elle exhorte, en outre, ces Etats à respecter les normes internationales garantissant la protection des droits des personnes passibles de la peine de mort ainsi qu’à restreindre progressivement l’utilisation de la peine de mort et le nombre d’infractions pour lesquelles elle peut être infligée. Bien qu’elle ne soit pas juridiquement contraignante, cette résolution a un poids moral et politique considérable du fait qu’elle a été adoptée par le principal organe des Nations unies auquel participent tous les Etats membres des Nations unies.

 

Le communiqué signé par l’Ong de défense des droits humains renseigne qu’’Amnesty International s’oppose à la peine de mort en toutes circonstances, sans exception aucune. Elle considère que la peine capitale constitue la privation ultime des droits humains, l’homicide prémédité et délibéré d’un être humain par l’Etat, au nom de la justice’. Il rappelle qu’à ce jour, 133 pays ont aboli la peine capitale en droit ou en pratique. Seuls 25 Etats ont procédé à des exécutions en 2006. En 2006, 91 % des exécutions recensées ont eu lieu en Chine, aux Etats-Unis, en Irak, en Iran, au Pakistan et au Soudan. Selon les chiffres dont dispose Amnesty International, le nombre d’exécutions dans le monde a baissé en 2006 : il est passé de 2 148 en 2005 à 1 591 en 2006.

 

Ibrahima ANNE

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