LA JEUNESSE ET LES ÉLECTIONS

La jeunesse, l’autre enjeu des élections législatives

Au Sénégal, c’est la dernière ligne droite dans la campagne avant les élections législatives du 31 juillet. Les candidats parcourent le pays afin de convaincre les électeurs. Emploi, vie chère, relance économique… les promesses s’adressent notamment aux jeunes qui représentent 75 % de la population selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie. Ils espèrent être la priorité de la prochaine législature.

Ibrahima Diagne plie méticuleusement des jeans qu’il empile sur une table comportant plusieurs étagères. Installé clandestinement sur un trottoir, en face du rond-point Case Bi en banlieue de Dakar, il soigne la présentation de ses articles dans l’espoir d’attirer les passants. Dans un vacarme assourdissant et une atmosphère polluée par les pots d’échappement, le jeune homme, 20 ans, garde le sourire malgré tout. « Il m’arrive de rester deux à trois jours sans voir l’ombre d’un client, même un passant qui fait mine de s’intéresser à mes articles. Les temps sont durs. »

Ibrahima, qui a arrêté ses études en classe de 3e au collège, n’a qu’un rêve : aider sa mère, assise juste en face de lui, de l’autre côté de la chaussée, pour vendre des sachets d’eau minérale à 50 francs CFA l’unité. Il espère que les futurs députés de l’Assemblée nationale porteront la voix des jeunes. « Nous sommes oubliés par l’État. On a de grandes difficultés à trouver un emploi stable et digne. Je n’ai rien d’autre à faire que vendre des jeans. J’espère que la prochaine Assemblée va nous aider. »

La campagne pour les élections législatives au Sénégal s’est ouverte dans un climat de tensions politiques. La coalition au pouvoir Benno Bokk Yakaar, majoritaire à l’Assemblée nationale sortante, veut conserver son leadership afin de permettre au président du Sénégal, Macky Sall, de gouverner sereinement jusqu’à la prochaine présidentielle de 2024. Benno Bokk Yakaar mise sur la jeunesse pour atteindre ses objectifs, avec plus de jeunes investis sur les listes de candidats et un slogan largement diffusé sur des affiches électorales dans les rues de Dakar : « Benno mise sur la jeunesse. »

Face à eux, se présente la grande coalition de l’opposition Yewwi Askan Wi, sous la houlette des principaux opposants Ousmane Sonko et Khalifa Sall. Néanmoins, les titulaires de leur liste, parmi lesquels les principaux leaders de la coalition, ont été recalés par le conseil constitutionnel pour non-respect de la règle de la parité. Yewwi Askan Wi s’engage ainsi dans ce scrutin amoindrie, avec une liste de suppléants.

Un peu plus loin, au rond-point Case Bi, Alassane Sarr, 22 ans, vient de garer sa moto. Ce conducteur de « tiak tiak » – un livreur et conducteur de taxi-moto en wolof – vient de terminer une livraison. Absorbé par son smartphone, il jette des regards furtifs aux passants en espérant être contacté pour une nouvelle course. Masque chirurgical sous le menton et lunettes transparentes sur la tête, il s’assure que des policiers ne rodent pas dans les parages.

« Il faut que les flics nous laissent tranquilles », demande-t-il. Les conducteurs de « tiak tiak » sont l’une des cibles favorites des agents de la circulation. Roulant souvent sans respecter le code de la route, ils sont régulièrement appréhendés, leur motos confisquées ou leurs revenus soutirés. « Oui, parfois c’est certes de notre faute, on circule sans papiers au complet ou sans casque, mais c’est parce qu’on n’a pas souvent le choix. Que les hommes politiques nous aident à mieux structurer notre métier et à assurer notre sécurité sur la route. Ils ne nous ont pas donné d’emplois. Qu’ils nous aident à protéger celui qui nous fait gagner notre vie. Ils sont élus pour nous », ajoute Alassane.

L’obsession de l’eldorado

En mars 2021, de violentes manifestations avaient éclaté après la convocation d’Ousmane Sonko, le principal opposant, arrivé troisième à la présidentielle de 2019, accusé de viol. Les jeunes étaient alors massivement sortis dans les rues pour réclamer sa libération mais aussi, et surtout, pour réclamer plus de justice sociale et d’emplois. Sévèrement réprimés, ces rassemblements avaient fait 13 morts selon le Mouvement de défense de la démocratie (M2D) et 14 morts selon Amnesty International.

En réponse, le président Macky Sall, dans une adresse exceptionnelle à la nation, avait promis la mise en place de projets au profit des jeunes et des femmes entre 2021 et 2023, pour un montant de 350 milliards de francs CFA (soit 534 millions d’euros).

Plusieurs projets ont par ailleurs été initiés ces dernières années pour insérer davantage les jeunes sur le marché de l’emploi. L’Agence nationale pour la promotion de l’emploi des jeunes (ANPEJ) et la Délégation à l’entreprenariat rapide (DER) sont parmi les structures les plus importantes mises en place pour atteindre cet objectif, avec des résultats mitigés. Le taux de chômage s’élevait à près de 25 % au Sénégal au 4e semestre 2021, selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie.

Ibrahima estime n’avoir pas encore vu les fruits de ces politiques. Casquette vissée sur la tête à l’image du rappeur américain 50 Cent, le jeune marchand commence à s’impatienter et a des envies d’ailleurs. « Si vous me voyez, vous remarquez que je suis habillé comme un Américain », plaisante t-il. Son projet est d’obtenir le visa pour les États-Unis. « Je pense sérieusement à quitter le Sénégal. S’il plaît à Dieu, j’irai aux États-Unis, faire fortune là-bas et aider ma maman. »

Ce rêve, Ibrahima le partage avec Talla, qui se voit lui, en Europe, dès que possible. Le jeune homme de 25 ans a une licence en marketing et en management, mais n’a pas réussi à trouver de travail. « Cela fait un an que je parcours les offres d’emploi sur LinkedIn sans jamais réussir à avoir ne serait-ce qu’un retour par téléphone ou par mail d’un responsable des ressources humaines. Mes nombreuses demandes d’emploi sont restées sans suite. Dès que l’opportunité se présente je quitte ce pays. »

Pour obtenir son billet pour la France ou l’Allemagne, il compte sur les paris sportifs. À la sortie d’une agence de paris à la Médina, un quartier populaire en plein centre de Dakar, il tient un ticket à la main. « Je rentre chez moi m’informer sur les matches qui auront lieu aujourd’hui. Je n’ai aucun espoir envers les hommes politiques. Je n’attends rien d’eux. Ils ont perdu toute ma confiance », précise-t-il avant de s’éclipser, espérant décrocher le jackpot et tenter sa chance sur le Vieux Continent.

Le chômage des femmes

Sous la passerelle de Ouest Foire, un quartier résidentiel de la capitale sénégalaise, une quinzaine de jeunes filles sont assises, stoïques, les yeux dans le vide. Elles se rassemblent ici tous les jours en attendant des offres d’emplois pour femmes de ménage. « Cela fait dix jours que je viens ici quotidiennement en espérant avoir du travail. Cela ne marche pas encore. J’attends toujours », raconte Aissatou, 23 ans.

Le chômage touche beaucoup plus les femmes au Sénégal, avec un taux de 35 % contre 13 % chez les hommes, selon la principale agence de statistiques sur la démographie.

« Nous les femmes, on n’est pas prises en compte par l’État. J’ai quitté mon village et j’espérais avoir des opportunités ici. Je suis désespérée, mais Dieu est grand », rajoute Oulimata, assise juste à côté. La jeune femme qui préfère taire son âge, a abandonné ses études aux portes du baccalauréat. Elle espère que les prochains députés au Parlement se soucieront d’elles. « J’interpelle surtout les femmes qui seront élues. Elles sont nombreuses vu qu’il y a la parité à l’Assemblée nationale. Qu’elles pensent à nous. Nous sommes fatiguées. On veut juste travailler dignement et aider nos familles », conclut Oulimata.

Elimane NDAO/france24.com

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3 réponses

  1. oyster dit :

    Bonjour,
    Pas une lueur d’espoir dans ce PV d’un journaliste qui déprime ?
    Le boom des naissances explique en partie la situation qui représente
    l’assurance vieillesse pour les anciens , ,et, avant de changer la vision !….

  2. André Bossler dit :

    Effectivement, tous ces jeunes qui ont une vingtaine d’années sont de cette generation Wade qui sont en surnombre évident. À l’époque, les promesses de bien être social pleuvaient et les gens se sont mis à se reproduire sans s’inquiéter de l’avenir de tous ces gosses avec la complicité silencieuse des sectes religieuses. Maintenant ils sont là bien trop nombreux, sans avenir, sans travail et ils continuent de se reproduire avec la même insouciance de l’avenir de leur progéniture. La surpopulation, c’est une bombe à retardement qui va nous sauter à la gueule.

  3. issa gibb dit :

    « Je suis désespérée… mais Dieu est grand » ???
    La jeunesse Sénégalaise est sans emploi et sans avenir… On le sait !
    Mais, elle est aussi majoritairement ignare et très conne sur son sort !
    croyant comme des enfants simplets-bêtas que Dieu viendra à son secours ???
    ELLE PEUT ATTENDRE ENCORE LONGTEMPS !

    Cette jeunesse ne se rend même pas compte que les politiciens dont elle n’a plus en général confiance, sont complices et dirigés par les confréries qui ne font rien du tout pour elle et qui n’ont rien à foutre d’elle, non plus… A part soumettre les fidèles et les « opiumiser » de fausse religion en entrainant le peuple dans un Islam radical haineux des occidentaux et s’enrichir sur le dos de leurs petits talibés esclaves mendiants… Ici, Sénégal !

    Elle ne comprend toujours pas que les rares emplois sont réservés et affectés d’office aux amis, aux partisans, aux fidèles et aux progénitures des politiciens et des marabouts confrériques, même s’ils sont incompétents pour le poste…
    En ne laissant aucune part du gâteau aux enfants du peuple en désespoir de survie permanente, qui souhaitent tous, quitter le Sénégal pour trouver un avenir meilleur dans un pays occidental qui ne veut plus pourtant d’eux… Chercher l’erreur !
    L’Erreur, c’est que cette jeunesse doit rester au pays et prendre son avenir en mains en virant les salopes politiciennes et confrériques complices qui les gouvernent, les oppriment et les maintiennent dans la misère, dans l’ignorance et la soumission depuis les Indépendances…
    Même si des Sénégalais ont réussi à l’étranger et préfèrent MAJORITAIREMENT rester vivre à l’étranger ET NE PAS REVENIR VIVRE AU PAYS ???
    Il est vrai AUSSI qu’à chaque manifestation, cette jeunesse se retrouve face à des tirs à balles réelles avec des morts sur le carreau de cette soit disante démocratie Sénégalaise qui fonctionne en réalité comme une dictature ISLAMO-bananière… Y’a pas photo !

    C’est à quoi, doivent servir ces élections législatives :
    Virer les pourris corrompus, égoïstes et/ou incompétents du pouvoir
    => Ce qui n’est pas gagné !
    Vu le niveau de corruption et de magouilles qui gangrènent le pays…
    Vu la main-mise et la puissance des marabouts confrériques sur tous les niveaux de l’état avec leurs complices politiciens…
    Vu la bêtise du peuple qui se fait acheter par un teeshirt et 1 billet de 1.000 FCFA, à chaque élection, sans réflexion et vision d’un futur meilleur…
    Vu la lâcheté de tout un peuple et sa jeunesse comprise qui acceptent que leurs religieux mettent des enfants noirs, pauvres et innocents en esclavage dans la mendicité forcée avec toutes les dérives inhumaines connues et reconnues que subissent les enfants talibés dans les daaras pourries et maltraitantes sénégalaises…
    etc…

    Sans volonté de changer tout cela, par laxisme, résilience, fatalité ou lâcheté et mener aussi une vraie politique nataliste responsable et contrôlée pour éviter la surpopulation et pour que les générations futures puissent espérer un emploi sérieux et digne au pays :
    La jeunesse Sénégalaise restera dans sa merde et la misère, encore longtemps… In chà Allah !

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