AUTOROUTE DE LA DISCORDE

Le malaise perdure sur l’autoroute à péage

Contestée sur ses tarifs, son modèle de réalisation et de gestion, la première autoroute à péage du Sénégal mise en service en 2013 est devenue une pomme de discorde entre ses usagers et l’entreprise SENAC, filiale du groupe Eiffage. Une de plus dans le vieil attelage franco-sénégalais que le Président Macky Sall est invité à arbitrer.
«Bouchon sur 1 km…». Pour bon nombre d’usagers de l’autoroute Dakar-Aéroport international Blaise Diagne, «l’arnaque» commence là. Ils auraient aimé que ce message qui s’affiche sur le panneau lumineux à l’entrée de la voie soit visible bien plus tôt, afin que l’usager ait le choix d’emprunter ou non le tronçon. Construite par l’entreprise française de droit sénégalais Eiffage, la nouvelle autoroute concédée SENAC cristallise des rancœurs.
«Nos exigences portent principalement sur le contrat originel qui nous semble inéquitable et désavantageux à double titre: pour l’État du Sénégal, principal bailleur de fonds, et pour les milliers d’usagers qui paient un coût excessivement cher pour son utilisation», explique à Sputnik l’ex-parlementaire Cheikh Oumar Sy.
Sy est le président du Collectif citoyen des usagers de l’autoroute à péage (CCUAP) à la pointe des revendications auprès de SENAC et de l’État.
«L’État désavantagé, les Sénégalais aussi»
L’autoroute à péage, ou Autoroute de l’Avenir, selon SENAC, sur le tronçon Patte d’Oie-Pikine-Diamniadio, soit environ 25 kilomètres, a été réalisée avec 140 milliards de francs CFA (214 millions d’euros) répartis comme suit: 79 milliards (120 millions d’euros) de fonds publics sénégalais et 61 milliards de francs CFA (40 millions d’euros) d’Eiffage. D’après l’Agence nationale pour la promotion des investissements et des grands travaux (APIX), c’est un partenariat public privé (PPP) qui donne à SENAC le droit d’exploiter l’infrastructure pendant 30 ans et ce depuis le 1er décembre 2009. À l’issue de cette période, l’autoroute retombera dans le patrimoine public. Ce modèle de PPP, dénommé CET (construction, exploitation, transfert), passe mal auprès du CCUAP.
«Dans sa forme, ce contrat ressemble à un PPP mais en réalité, il n’en est pas un. Sous le régime de l’ex-Président Abdoulaye Wade, notre pays avait investi plus de 85% des ressources qui ont permis le démarrage des travaux», souligne Cheikh Oumar Sy, non sans remettre en cause la légalité même du contrat signé entre l’État et SENAC.
Consultant sénior et expert en économie du développement, l’ingénieur Mbaye Sylla Khouma est encore plus radical contre le modèle PPP accepté par l’État sénégalais face à l’entreprise française.
«Un PPP innovant et gagnant-gagnant»
Le débat entre experts n’est pas prêt de prendre fin. L’ingénieur polytechnicien Dominique Ndong, ex-coordonnateur des grands projets à l’APIX, ne tarit pas d’éloges sur un partenariat «innovant et pertinent».
«Le montage du projet d’autoroute à péage en PPP introduit une innovation majeure dans la politique des infrastructures au Sénégal. Il ouvre de nouvelles perspectives de gestion efficace des projets en laissant une large part aux compétences du privé, permettant ainsi à l’État de se concentrer sur les missions qu’il maîtrise le mieux», fait valoir dans le magazine Réussir Business celui qui est considéré comme la cheville ouvrière de la première grande infrastructure autoroutière au Sénégal.
Au-delà du modèle, les frictions entre SENAC et le CCUAP touchent directement à la poche des milliers d’usagers qui passent à la caisse des gares de péage. Le trafic est ainsi passé d’une prévision de 35.000 véhicules par jour à 50.000 aujourd’hui, selon le site d’Eiffage. En décembre 2018, à quelques semaines de la présidentielle de février, une réduction des tarifs a eu lieu. Insuffisante, peste le collectif. «Nous avons enregistré un certain nombre de succès dont la baisse de 1.000 francs CFA (1,5 euro) sur le tronçon Dakar-AIBD. Mais en réalité, nous demandions cette baisse pour les tronçons Pikine-Thiaroye-Keur et Massar-Bargny-Rufisque qui concentrent l’essentiel du trafic», précise Cheikh Oumar Sy.
Un gouvernement mal à l’aise pour une renégociation
Les personnes ne sont pas les seuls usagers de l’autoroute de l’Avenir
Le bras de fer entre SENAC et le CCUAP se poursuit avec pour facilitateur un État qui est lui-même signataire du contrat décrié et dont les usagers attendent un vrai soutien. Mais aux yeux de Cheikh Oumar Sy, l’enjeu a pris une dimension «patriotique».
«Notre objectif est de pousser notre gouvernement vers la renégociation de ce que nous considérons comme un vol organisé et légalité de nos ressources fiscales. […] Le Président Macky Sall a donné des directives fermes pour la renégociation du contrat, mais il y a un malaise quant au leadership qui doit initier les pourparlers avec l’entreprise Eiffage-SENAC, et cette dernière en est consciente.»
Aujourd’hui, le collectif semble pris entre le refus d’Eiffage — qui n’a pas répondu à deux sollicitations de Sputnik — de renégocier le contrat et la difficulté pour le Président Macky Sall de remettre en cause son propre engagement dans cette affaire dont il a été le principal artisan considère Me Abdoulaye Wade, initiateur du projet.
Momar Dieng/sputniknews.com

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7 réponses

  1. Stephane dit :

    Faut pas jouer au grands lorsque l’on sait faire que la mendicité,faut garder des pistes en latérite

  2. Ndiaye dit :

    Il faut légiférer pour interdire que tout marché du btp soit réservé exclusivement aux nationaux ou au plus aux entreprises de la zone CEDEAO.
    60 ans après on doit pouvoir quand meme étaler du bitume sur des kilométres et acheter puis installer des caméras et portiques automatiques.
    A ce rythme les champions locaux ou sous régionaux ne sont pas pour demain.

  3. Ndiaye dit :

    Il faut légiférer pour que tout marché du btp soit réservé exclusivement aux nationaux ou au plus aux entreprises de la zone CEDEAO.
    60 ans après on doit pouvoir quand meme étaler du bitume sur des kilométres et acheter puis installer des caméras et portiques automatiques.
    A ce rythme les champions locaux ou sous régionaux ne sont pas pour demain.

  4. Galips dit :

    Comme si les compétences pouvaient se décréter.

  5. Ndiaye dit :

    De quelles compétences tu parles ici

  6. Galips dit :

    les compétences pour gèrer une entreprise de cette envergure.

  7. Ndiaye dit :

    ah ouais et cette « envergure » c’est combien d’employés ou de chiffres d’affaires

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