LA GARE FERROVIAIRE DE DAKAR
Un marqueur de la mémoire à l’architecture singulière

Sa restauration inaugurée en 2019 par le Président Macky Sall, plus d’un siècle après sa mise en service, la Gare ferroviaire de Dakar continue d’être le symbole d’une histoire coloniale tumultueuse, un lieu de mémoire collective. Ce bâtiment à l’architecture atypique ayant résisté au temps, vient de faire l’objet d’un ouvrage inédit signé par l’architecte Xavier Ricou et le photographe Malick Welli.
Un style colonial érodé par le temps avant d’être restauré, à la Place du Tirailleur, un bâtiment majestueux s’impose grâce à sa beauté majuscule. Avec son architecture néo-mauresque sublimée par les rayons du soleil, ses vérandas, ses grandes arches, ses façades recolorées, son imposante tour d’horloge, la Gare ferroviaire de Dakar a retrouvé son lustre d’antan. Elle trône fièrement dans ses nouveaux « habits », tout en portant dans ses entrailles ses vertiges originels. Pourtant, ce bâtiment atypique a été longtemps abandonné après la fermeture de la ligne du chemin de fer Dakar-Saint-Louis. L’édifice fantôme où s’engouffraient des courants d’air, rouillé de fond en comble et croulant sous le poids des années, concentre toute une histoire. Un symbole. Son délabrement dissimulait des pans important de l’histoire du Sénégal.
Dans un nouvel ouvrage collectif, « Gare de Dakar : Chef-d’œuvre de l’architecture au Sénégal », l’architecte Xavier Ricou (textes) et Malick Welli (photographies), explore ce symbole ambivalent d’une histoire coloniale tumultueuse. Marqueur de la mémoire et porteur de développement économique dans le passé et dans le futur, d’intégration nationale et régionale, ce monument historique a connu une renaissance en 2019 grâce au projet du Train express régional (Ter) du Président de la République, Macky Sall. Ce lieu de rencontre et d’émotion a fait l’objet d’un long cheminement historique.
PROJET DU CHEMIN DE FER DE PINET-LAPRADE
Tout commence avec l’urbanisation de Dakar et la mise en place du chemin de fer qui a favorisé l’essor de la ville. Le projet de chemin de fer a été l’idée de Pinet-Laprade, gouverneur du Sénégal, qui croyait « tellement au succès de ce mode de transport qu’il avait, à titre personnel, investi dans des actions du chemin de fer du Midi ». Indécises au départ, les autorités françaises finissent par valider le projet. Le décès de Laprade, quelques années plus tard des suites d’un choléra, n’empêchera pas de concrétiser ce projet.
Dès 1880, explique Xavier Ricou, la société de construction des Batignolles remporte l’appel d’offres. Avec l’État français, elle crée un partenariat public-privé afin de mettre sur pied la Compagnie du chemin de fer Dakar-Saint-Louis. « Au début, c’était une compagnie qui avait du mal à survivre. L’État devait combler régulièrement le déficit et favoriser le développement de cette nouvelle société », rappelle-t-il, précisant que c’est en 1884 que le clou fixant le dernier rail est posé à Ndande.
DIFFICULTES TOUT AU DEBUT
Favorable, au début, à la mise en place du projet du chemin de fer Dakar-Saint-Louis en signant le contrat de construction de cette ligne avec les Français, le puissant Damel du Cayor, Lat Dior Ngoné Latyr Diop va finalement s’y opposer, quelques années après, pour des raisons stratégiques. Il demanda l’arrêt des travaux. Ce qui déclencha les hostilités avec les troupes coloniales. Son affaiblissement puis son exil permirent de porter Samba Laobé à la tête du trône en qualité de nouveau Damel. Un nouvel accord est trouvé et les travaux se poursuivirent.
Une autre résistance venant des commerçants saint-louisiens et des Maures tenta de barrer la route à ce projet qui allait marquer un tournant décisif dans les territoires colonisés. Finalement, les travaux s’achevèrent et l’inauguration de l’ouvrage « eut lieu le 6 juillet1885 en présence des plus importantes personnalités locales ». La mise en service dans les années 1890, avance Xavier Ricou, fut un remarquable succès et suscita une adhésion populaire. Avec ce nouveau moyen de transport, la première gare de Dakar voit le jour. Elle est implantée à côté du marché Kermel. « Cette gare a vu passer, pendant une trentaine d’années, tous les ministres français de passage au Sénégal et tous les nouveaux gouverneurs. Elle a vu aussi passer, en 1895, Cheikh Ahmadou Bamba qui partait en exil ainsi que Samory Touré qui était également envoyé en exil », souligne-t-il.
PLUS GRAND CENTRE FERROVIAIRE DE L’AOF
Face à la vétusté et l’étanchéité du bâtiment, l’autorité coloniale décida de construire une nouvelle grande gare plus adaptée aux réalités de l’époque. Le site est vite repéré et les plans sont envoyés pour validation. Mais ils seront validés quelques années après. Débutés en 1912, les travaux dureront près de trois ans. L’inauguration de la gare, achevée en 1914 à la vielle de la Première guerre mondiale, n’aura pas lieu. La raison : le décès du chef de la Compagnie des chemins de fer et l’éclatement, deux mois plus tard, de la Grande guerre. Mais cela n’empêche pas à la gare d’être opérationnelle, car toutes les troupes des Tirailleurs sénégalais issues de l’Afrique occidentale française (Aof) passèrent par cet édifice avant d’être embarquées dans des navires. Le livre de Xavier Ricou et de Malick Welli explique comment, au fil des années, ce monument historique est devenu le plus grand centre ferroviaire de toute l’Afrique de l’Ouest.
Après l’Indépendance du Sénégal, note l’architecte Ricou, les crises et les politiques d’ajustement structurel sont à l’origine de l’abandon peu à peu du chemin de fer à cause d’un problème de rentabilité économique. « La gare va être fermée à partir de 2006 au public. En 2010, elle est complétement abandonnée et est dans un état de vétusté avancé », fait comprendre l’auteur. En 2016, le site va abriter une des activités de la Biennale de l’art africain contemporaine de Dakar.
RESTAURATION DE LA GARE
Inscrite sur la liste des édifices classés monuments historiques, le bâtiment est sauvé par la décision de l’État du Sénégal de mettre sur pied le projet du Train express régional (Ter). Les travaux de réhabilitation initiés par le gouvernement ont épargné ce chef-d’œuvre mémoriel. Son inauguration en 2019 par le Président Macky Sall intervient 105 ans après sa première mise en service. Aujourd’hui, au-delà de porter une nouvelle vision économique et du transport, elle a permis de sauver un patrimoine en péril qui a vu défilé plusieurs générations d’Africains, d’élites et de personnalités politiques. Le chef de l’État, qui a préfacé ce livre, souligne que « la décision de restaurer ce monument historique, tombé en ruine depuis l’interruption du trafic en 2006, de le faire revivre et d’en faire le terminus du projet novateur Train express régional, procède ainsi d’une œuvre de sauvegarde de notre mémoire ».
L’ouvrage « La Gare de Dakar : Chef d’œuvre de l’architecture au Sénégal », paru aux Editions Hémisphères/Maisonneuve & Larose, est une œuvre qui aide à fixer la mémoire. Elle est composée par une « partie historique illustrée de photos, de plans et de cartes postales anciennes » et une autre de « travaux » et le projet achevé, principalement illustrée de photos de Malick Welli ». Ce travail de sauvegarde et de valorisation du patrimoine a permis à ce jeune photographe prometteur de poser un regard d’artiste sur la gare. Et l’addition de la photographie d’hier et d’aujourd’hui ont donné à ce bouquin toute sa richesse. Non sans oublier les contributions de Mauro Petroni, Al Housseynou Ndiaye, d’historiens, de collectionneurs et de chercheurs.
Ibrahima BA/lesoleil.sn
http://lesoleil.sn/gare-ferroviaire-de-dakar-un-marqueur-de-la-memoire-a-larchitecture-singuliere/?fbclid=IwAR0zs66_9QeXq1EAPrkgfO29-7uboeCQ_bt-_i8zjyt1CdzdvsiWzAIBL_8










Moche! on peut faire beaucoup mieux maintenant
Bonjour,
Effectivement votre commentaire est moche , mais vous avez fait mieux !
Une baisse de forme ?
Reste qu’il s’agit d’humour ,sans plus ………….
N’Diaye le dépositaire du bon gout !!! :-))
… et de la mauvaise langue …!
Ces gares et autres édifices coloniaux étaient réalisés avec un vrai savoir faire architectural et une grande rigueur de construction. Celle de Dakar, construite en 1885 est un joyau qui tient encore debout malgré un total abandon, habituel au Sénégal.
Ce bâtiment fait parti du patrimoine sénégalais et devrai être revalorisé, n’en déplaise à ceux qui préfèrent les mosquées et le style mauresque, importés et typiquement sénégalais, signes d’une arabisation constante de la société du pays de l’ex téranga.