BIEN EXPLIQUER L’ECO AUX POPULATIONS

Du Cfa à l’Eco : et les populations ?

Les autorités en charge de la politique monétaire de l’Union ont le devoir d’expliquer aux populations l’agenda de mise en œuvre de la nouvelle monnaie unique au sein de l’espace communautaire pour éviter toutes spéculations inutiles.
L’information a fait le tour du monde le temps du week-end. Les sorties d’Emmanuel Macron et d’Alassane Ouattara, liées aux réformes de la coopération monétaire avec la France et l’adoption de la monnaie unique, Eco, ont secoué la toile et bousculé les programmes des médias. Les débats autour du FCfa repartent de belle. Et ce n’est pas demain qu’elle va s‘estomper. Depuis l’annonce de ces réformes par les Présidents français et ivoirien, presque seule la voix des économistes est entendue sur la question. Même nos hommes politiques, enclins à occuper l’espace médiatique pour épiloguer, restent muets sur cette question monétaire. Bien évidemment, ici, on est loin du terrain politique où règnent en maître la spéculation, la prédiction, les calculs et les combines. Ce débat met à nu leur manque d’attention sur les sujets aussi sérieux que ceux liés à l’économie et aux finances.
Leur silence, du moins, pour la plupart d’entre eux, montre également qu’ils ont préféré s’attarder sur des sujets de 3ème mandat, de fichier électoral au détriment des débats économiques. Quant à la société civile, elle est quasi absente dans les discussions, mis à part quelques uns de ses membres qui essaient de jouer le rôle d’avant-gardiste. La presse, après avoir assuré le relai des annonces d’Abidjan, semble, elle aussi, retrouver ses sujets de prédilection. Toutes ces catégories de leaders d’opinion étaient censées porter la voix des populations. Ces dernières ne semblent pas trop préoccupées par les séries de réformes qui devront intervenir au courant de 2020 au regard du degré de réaction de la grande masse. Dans les débats et discussions informels dans les rues ou sur les réseaux sociaux, les plus curieux restent préoccupés par l’avenir du FCFA.
Des citoyens se montrent plus angoissés avec l’annonce de l’avènement de l’Eco. Un sentiment d’incertitudes accentué surtout par la publication de certaines informations selon lesquelles, derrière cette réforme se cache une dévaluation qui ne dit pas son nom. Des gens plus audacieux vont même jusqu’à attribuer une valeur à la monnaie unique en faisant croire à l’opinion qu’un Euro serait équivalent à 1200 Ecos ; ce qui est tout à fait erroné. Jusque-là, les autorités monétaires n’ont donné aucune valeur à l’Eco par rapport à une quelconque devise. La diffusion de telles informations peut semer, le doute, la confusion et installer une panique injustifiée au sein des populations enclines à adopter des comportements d’anticipation économique. L’économiste John Maynard Keynes Keynes est considéré comme l’un des premiers auteurs ayant mis l’accent sur le rôle des anticipations des agents, dans un contexte d’« incertitude radicale ». Il estime que les décisions d’aujourd’hui dépendent de la situation de demain et des constats tirés du passé. Ceci repose le débat sur la nécessité de bien filtrer les messages que nous diffusions sur les différents supports d’information et de communication relatif aux questions monétaires. Les consommateurs ont cette tendance à se réfugier dans une attitude anticipative pour parer toute éventualité. Chacun parmi nous doit être conscient de la portée de ses communications écrites et orales afin de garder un climat stable et serein.
De même, les autorités en charge de la politique monétaire de l’Union ont le devoir d’expliquer aux populations l’agenda de mise en œuvre de la nouvelle monnaie unique au sein de l’espace communautaire pour éviter toutes spéculations inutiles. A ce titre, il faut saluer le jalon posé, mardi, par la Bceao qui s’est fendu d’un communiqué pour se prononcer sur les réformes. Dans son texte, l’institution émettrice tient à rassurer que les décisions actées le 21 décembre 2019 à Abidjan, «représentent un tournant majeur vers la mise en place de l’Eco et n’affectent en rien l’usage quotidien du F Cfa par les populations et les entreprises de l’Uemoa». Ceci est gage de confiance.
Abdou Diaw/lesoleil.sn

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